Maroc : Harcèlement judiciaire à l’encontre de M. Omar Radi

17/07/2020
Appel urgent

Nouvelles informations
MAR 005 / 1219 / OBS 115.3
Harcèlement judiciaire
Maroc
17 juillet 2020

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, un partenariat de la FIDH et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), a reçu de nouvelles informations et vous prie d’intervenir de toute urgence sur la situation suivante au Maroc.

Nouvelles informations :

L’Observatoire a été informé de sources fiables du harcèlement judiciaire à l’encontre de M. Omar Radi, un journaliste d’investigation primé à plusieurs reprises pour son travail[1], et qui a notamment couvert les détentions et condamnations des militants du Hirak du Rif, en avril 2019[2].

Selon les informations reçues, le 15 juillet 2020, M. Omar Radi a été interrogé pour la cinquième fois par la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) dans le cadre d’une affaire d’espionnage présumé.

Le 24 juin 2020, M. Omar Radi avait reçu une première convocation de la part de la BNPJ pour le lendemain matin, sans que les motifs n’en soient spécifiés. Le soir-même, le Procureur du roi du Maroc près la Cour d’appel de Casablanca avait confirmé la convocation de M. Omar Radi qui a eu lieu dans le cadre « d’une enquête sur son implication présumée dans une affaire d’obtention de financements de l’étranger, en relation avec des services de renseignement ». Le 25 juin 2020 à 10 heures, M. Omar Radi s’est rendu dans les locaux de la BNPJ à Casablanca. Il en est ressorti libre, après six heures d’interrogatoire, sans information sur la suite de la procédure.

Cette première convocation est intervenue trois jours après que l’ONG Amnesty International a publié un rapport[3] faisant état de l’infiltration du téléphone portable de M. Omar Radi à plusieurs reprises entre janvier 2019 et janvier 2020, vraisemblablement par les autorités marocaines, à l’aide du logiciel espion Pegasus, produit par l’entreprise israélienne NSO Group.

M. Omar Radi a de nouveau été interrogé dans le cadre de cette affaire le 2 juillet 2020, le 9 juillet 2020 et le 13 juillet 2020. Lors de ces multiples interrogatoires, dirigés par le chef des renseignements, les enquêteurs l’interrogent notamment sur des mouvements sur ses comptes bancaires, sur une bourse de recherche dont il bénéficie et sur ses appels et SMS depuis 2011. Les enquêteurs ont prévenu M. Radi qu’il devait s’attendre à être interrogé une dizaine de fois.

Par ailleurs, le 5 juillet 2020, aux alentours de 23h, M. Omar Radi a été arrêté avec son collègue journaliste M. Imad Stitou alors qu’ils sortaient d’un bar. Ils sont accusés d’avoir agressé M. Karim Aloaoui, cameraman pour ChoufTV, un site d’information réputé proche du pouvoir marocain, qui était stationné devant l’établissement dans lequel se trouvaient les deux journalistes et qui aurait commencé à les filmer dès qu’ils en sont sortis. MM. Omar Radi et Imad Stitou ont passé la nuit en garde à vue avant d’être présentés, le 6 juillet 2020, devant le Procureur du Roi. Le jour-même, ils ont comparu devant le Tribunal d’Aïn Sebaâ, à Casablanca, qui a ordonné leur libération et a renvoyé leur audience au 24 septembre 2020. M. Omar Radi est poursuivi pour ébriété sur la voie publique, injure, violence et avoir filmé quelqu’un sans son consentement. M. Imad Stitou est poursuivi pour ébriété sur la voie publique, injure et avoir filmé quelqu’un sans son consentement. M. Karim Alaoui et son épouse, travaillant elle aussi pour ChoufTV et présente au moment des faits, sont quant à eux poursuivis pour injure et avoir filmé quelqu’un sans son consentement.

L’Observatoire rappelle que M. Omar Radi a déjà fait l’objet de poursuites et a été condamné par la justice marocaine en raison ses activités en tant que journaliste (voir rappel des faits).

L’Observatoire condamne fermement le harcèlement judiciaire à l’encontre de M. Omar Radi qui ne vise qu’à sanctionner ses activités légitimes de défense des droits humains en tant que journaliste, et appelle les autorités marocaines à y mettre fin.

Rappel des faits :

Le 26 décembre 2019, suite à une convocation orale et écrite dont il ignorait les raisons, M. Omar Radi s’est rendu au siège de la BNPJ de Casablanca où il a été interrogé puis déféré devant le Procureur du Roi qui l’a placé en détention provisoire. Il était alors poursuivi pour « outrage à magistrat » (Article 263 du Code pénal) et risquait entre un mois et un an de prison ainsi qu’une amende de 250 à 5000 Dirhams (approximativement entre 23 et 466 Euros) en raison d’un tweet publié en avril 2019 et critiquant le juge Lahcen Tolfi, qui a condamné à de lourdes peines les dirigeants du Hirak du Rif. La première audience de son procès s’est tenue le soir même devant le Tribunal de première instance d’Aïn Sebaâ, à Casablanca, lors de laquelle ses avocats ont demandé son placement en liberté provisoire, qui a été refusé. M. Omar Radi a finalement été libéré le 31 décembre.

Le 5 mars 2020, le Tribunal de première instance d’Aïn Sebaâ à Casablanca a examiné le dossier de M. Omar Radi, et a entendu les arguments du parquet ainsi que ceux de la défense[4].

Le 17 mars 2020, le Tribunal de première instance d’Aïn Sebaâ à Casablanca a condamné M. Omar Radi à 4 mois de prison avec sursis et 500 Dirhams marocains (environ 47 Euros) d’amende pour « outrage à magistrat ». M. Omar Radi a fait appel de cette décision.

Actions requises :

L’Observatoire vous prie de bien vouloir écrire aux autorités marocaines en leur demandant de :

i. Garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et le bien-être psychologique de M. Omar Radi et de l’ensemble des défenseurs des droits humains au Maroc ;

ii. Mettre un terme à toute forme de harcèlement, y compris au niveau judiciaire, à l’encontre de M. Omar Radi et de l’ensemble des défenseurs des droits humains au Maroc ;

iii. Se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1998, et plus particulièrement aux articles 1 et 12.2 ;

iv. Plus généralement, se conformer aux dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’Homme ratifiés par le Maroc.

Adresses :

· M. Nasser Bourita, Ministre des affaires étrangères et de la coopération, Maroc. Email : ministere@maec.gov.ma
· M. Mohamed Aujjar, Ministre de la justice, Rabat, Maroc. Email : ccdh@ccdh.org.ma
· M. Mustapha Ramid, Ministre d’état chargé des droits de l’Homme, Maroc. Email : contact@didh.gov.ma
· Mme. Amina Bouayach, Présidente du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), Email : cndh@cndh.org.ma
· Représentant Permanent du Royaume du Maroc auprès de l’Office des Nations Unies à Genève et des autres Organisations Internationales en Suisse Email : mission.maroc@ties.itu.int
· S. E. M. Alem Menouar, Ambassadeur, Mission du Royaume du Maroc auprès de l’Union européenne. Belgique. Email : mission.maroc@skynet.be

Prière d’écrire également aux représentations diplomatiques du Maroc dans vos pays respectifs.
***
Paris-Genève, le 17 juillet 2020

Merci de bien vouloir informer l’Observatoire de toutes actions entreprises en indiquant le code de cet appel.

L’Observatoire, partenariat de la FIDH et de l’OMCT, a vocation à protéger les défenseurs des droits de l’Homme victimes de violations et à leur apporter une aide aussi concrète que possible. La FIDH et l’OMCT sont membres de ProtectDefenders.eu, le mécanisme de l’Union européenne pour les défenseurs des droits de l’Homme mis en œuvre par la société civile internationale.

Pour contacter l’Observatoire, appeler La Ligne d’Urgence :
· E-mail : Appeals@fidh-omct.org
· Tel et fax FIDH : +33 1 43 55 25 18 / +33 1 43 55 18 80
· Tel et fax OMCT : +41 22 809 49 39 / +41 22 809 49 29


[1] M. Omar Radi a reçu, en 2013, le premier prix du journalisme d’investigation IMS-AMJI (International Media Support - Association marocaine pour le journalisme d’investigation) pour une enquête sur l’exploitation des carrières de sable au Maroc co-réalisée avec M. Christophe Guguen. En 2015, il a été lauréat de la Thomson Reuters Foundation.
[2] Le mouvement populaire, ou Hirak, du Rif est un mouvement contestataire émanant du Rif, dans le nord du Maroc et ayant lieu depuis octobre 2016. La répression du mouvement et les lourdes condamnations de certains manifestants (jusqu’à vingt ans de prison) ont été critiquées par les organisations nationales et internationales de droits humains. Voir par exemple le communiqué de presse de la FIDH publié le 28 juin 2018 : https://www.fidh.org/fr/regions/maghreb-moyen-orient/maroc/au-maroc-on-recycle-les-annees-de-plomb-des-peines-tres-lourdes-pour
[3] Voir : https://www.amnesty.org/fr/latest/research/2020/06/moroccan-journalist-targeted-with-network-injection-attacks-using-nso-groups-tools/
[4] Pour le résumé de l’audience, voir l’Appel urgent de l’Observatoire MAR 005 / 1219 / OBS 115.1, publié le 5 mars 2020.

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