Mexique : les cas d’espionnage visant de défenseurs des droits de l’homme doivent faire l’objet d’une enquête

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’homme (FIDH-OMCT) appelle instamment le Secrétariat de la Défense nationale (SEDENA), le Parquet général de la République (PGR) et le Centre d’enquêtes et de sécurité nationale à ouvrir une instruction sur les cas d’espionnage présumés visant des défenseurs des droits de l’homme et des journalistes au Mexique.

Général Salvador Cienfuegos Zepeda,
Secrétaire de la défense nationale,

Monsieur Raúl Cervantes Andrade,
Procureur général de la République,

Monsieur Eugenio Ímaz Gispert,
Directeur général du centre d’enquêtes et de la sécurité nationale,

La Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), dans le cadre de leur programme commun l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’homme – l’Observatoire – expriment leur préoccupation au sujet d’allégations selon lesquelles au Mexique on aurait eu recours à des programmes d’espionnage à l’encontre de défenseurs des droits de l’homme et de journalistes [1] Pour cette raison, elles appellent instamment le Secrétariat de la Défense nationale (SEDENA), le Parquet général de la République (PGR) et le Centre d’enquêtes et de la sécurité nationale à donner suite aux demandes d’enquête et à sanctionner les responsables.

Conformément aux informations publiées par le Réseau de défense des droits numérique (R3D), article 19 et Social TIC avec l’assistance technique de Citizen Lab, un centre d’enquêtes de l’Université de Toronto, des cas ont été signalés où le gouvernement mexicain aurait recours à des programmes sophistiqués d’espionnage informatique à l’encontre de défenseurs des droits de l’homme et de journalistes [2]

L’espiogiciel, connu sous le nom de Pegasus, espionne toutes les informations à caractère personnel du propriétaire du téléphone portable infecté, y compris ses courriers électroniques, ses appels, son calendrier et ses SMS, et ce pour un coût unitaire de 77 000 dollars américains, montant supporté par les contribuables.

Cette méthode, à laquelle ont déjà eu recours d’autres gouvernements latino-américains, comme cela a été rapporté en Colombie dans le cas DAS [3] qu’au Brésil dans les cas Vale et Belo Monte [4], représente une atteinte à la liberté d’expression et d’association, au droit à la vie privée, et surtout elle pénalise le travail des journalistes et des défenseurs des droits humains en faisant d’eux la cible de programmes déployés à l’échelon mondial contre les délinquants et les terroristes.

C’est pourquoi l’Observatoire appelle instamment les autorités mexicaines précitées à diligenter des enquêtes appropriées, indépendantes et exhaustives à ce sujet, pour que soient dûment sanctionnés les responsables et afin de protéger le travail des défenseurs des droits de l’homme et des journalistes qui se trouvent exposés aux menaces et aux intimidations.

Dans cette attente, nous vous prions, Général, Messieurs, de recevoir l’expression de notre considération distinguée.

Dimitris Christopoulos, Président de la FIDH

Gerald Staberock, Secrétaire général de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT)

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’homme (l’Observatoire) est un programme créé en 1997 par la FIDH et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT). Il a pour mission d’intervenir afin de prévenir les cas de répression à l’encontre des défenseur.e.s des droits humains et d’y remédier. La FIDH et l’OMCT sont toutes deux membres de ProtectDefenders.eu, le mécanisme de l’Union européenne pour les défenseurs des droits humains mis en œuvre par la société civile internationale.

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