Enquête sur le charnier de Yopougon du 26 octobre 2000

22/12/2000
Rapport

Six gendarmes inculpés de "meurtre" et "assassinat"La FIDH et RSF s’étonnent que les gendarmes ne soient pas placés en détention préventiveLa Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) et Reporters sans frontières (RSF) se félicitent de l’inculpation pour "meurtre" et "assassinat" de six gendarmes de la caserne d’Abobo dans le cadre de l’enquête sur le charnier de Yopougon.

Cependant, les deux organisations s’étonnent que les six hommes n’aient pas été mis immédiatement aux arrêts. Si le procureur de la République du tribunal de Yopougon, Joachim Yua Koffi, a déclaré qu’il n’excluait pas de délivrer contre eux des mandats de dépôt, il n’est pas normal que des gendarmes inculpés de meurtre et assassinat puissent se déplacer en toute liberté dans le pays et continuer à exercer leur métier.
De plus, les deux organisations s’inquiètent pour la propre sécurité de ces gendarmes qui pourraient être soumis à de fortes pressions et à des menaces.Selon les informations recueillies par les deux organisations, les six gendarmes suivants ont été inculpés : le commandant Be Kpan, le maréchal des logis chef Irié Bi Ba Célestin, le maréchal des logis N’Guessan Blé Nicaise, le maréchal des logis Seri Doukadji, le maréchal des logis Wodié Hervé Joël et le maréchal des logis Naza Yao Jacques. Le procureur Joachim Yua Koffi a déclaré à la FIDH et à RSF que d’autres gendarmes de la caserne d’Abobo pourraient être inculpés dans les prochains jours. "Plus d’une dizaine au total", a-t-il affirmé. Il a ajouté que des témoignages et des expertises balistiques avaient fourni suffisamment d’éléments pour procéder à ces inculpations.Par ailleurs, le procureur a déclaré au quotidien Notre Voie que "ce n’est pas la gendarmerie qui est en cause mais des éléments d’un escadron de gendarmerie. Il ne faut donc pas faire de confusion."

La FIDH et RSF estiment qu’il est très improbable que la hiérarchie de la gendarmerie ait pu rester dans l’ignorance de tels agissements. En effet, dans un rapport rendu public en décembre 2000, les deux organisations expliquaient que selon le commandant Christophe Batté, chef de cabinet adjoint du commandant supérieur de la gendarmerie, le 26 octobre, comme chaque jour depuis l’élection présidentielle du 22, une "cellule des opérations", installée dans les locaux du commandement supérieur de la gendarmerie et dirigée par le général Georges Déon en personne, fonctionnait 24 heures sur 24. "Comme tout responsable d’une circonscription, en l’occurrence la commune d’Abobo, le commandant Be Kpan rendait compte, à tout moment, de ce qui se passait sur le terrain, à la cellule des opérations", expliquait le commandant Christophe Batté. Il ajoute qu’il y avait "des patrouilles toute la nuit. On ne pouvait pas faire sortir des unités sans en référer à la cellule. Quant à nos hommes, ils ne pouvaient pas, bien évidemment, utiliser un véhicule d’une caserne sans en référer à leurs supérieurs."

Il semble donc que des responsables au plus haut niveau de la gendarmerie aient couvert les agissements des hommes du camp d’Abobo. Les autorités judiciaires en charge de l’enquête ne doivent pas se contenter d’inculper les exécutants de ce massacre mais également déterminer le rôle et les responsabilités exacts de chacun pendant et après les événements.

Le procureur de Yopougon précise, à ce sujet, qu’il n’hésitera pas à "aller plus haut s’il y a des éléments suffisants".Le 27 octobre 2000, un charnier de cinquante-sept personnes avait été découvert à Yopougon, un quartier populaire du nord-ouest d’Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire. Cette découverte est intervenue dans un contexte politique insurrectionnel. Cinq jours plus tôt, le dimanche 22 octobre, une élection présidentielle avait opposé notamment le général Robert Gueï à Laurent Gbagbo, le leader du Front populaire ivoirien (FPI). Quand le président Laurent Gbagbo avait reçu la délégation FIDH-RSF, en décembre 2000, il avait demandé qu’on le " juge sur pièces ".

Les résultats de l’enquête sur le charnier de Yopougon en seront l’occasion.

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