La prohibition de l’avortement est une violence faite aux femmes

24/11/2014
Communiqué
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Sur tous les continents, les législations répressives criminalisant le recours à l’avortement persistent, engendrant de graves violations des droits des femmes, dénonce la FIDH, à la veille de la Journée internationale contre les violences à l’égard des femmes.

Au Nicaragua, au Salvador, au Chili et en République dominicaine, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) est interdite sans aucune exception. En Irlande, au Sénégal, en Côte d’Ivoire ou au Bangladesh des lois extrêmement restrictives ne permettent de lever l’interdiction de l’avortement que lorsque la vie de la femme est en danger. A Malte, l’IVG est illégale, sauf en cas de viol ou d’anomalie du fœtus. En Pologne, l’IVG est interdite depuis 1997 sauf en cas de viol, d’inceste, de malformation du fœtus ou de danger pour la vie de la femme. L’Espagne a récemment échappé à une réforme similaire, grâce notamment à une mobilisation massive des défenseur-e-s des droits des femmes. Dans plusieurs autres pays, comme au Maroc, l’IVG n’est autorisée que pour « sauvegarder la santé » de la femme. Toutes ces législations comportent en outre des contraintes procédurales qui empêchent les femmes de recourir à l’avortement dans la pratique, même dans les cas prévus par la loi.

« Ces lois sont violentes et même parfois mortelles. En plus de régir le corps des femmes, elles les poussent à avorter dans la clandestinité, en prenant des risques considérables pour leur santé, et au péril de leur vie. Pour les petites filles, mener leur grossesse à terme provoque des désastres tant sur leur corps que sur leur avenir », a déclaré Karim Lahidji, président de la FIDH.

En plus de porter atteinte au droit à la santé et à la vie des femmes en limitant ou en annihilant leur droit à disposer de leurs corps, la plupart de ces pays ont fait le choix d’infliger des sanctions pénales aux femmes qui ont recours à ces interventions et au personnel de santé qui les pratiquent. Ainsi, sur tous les continents des femmes et des médecins croupissent derrière les barreaux, condamnés pour avortement clandestin. Au Sénégal, les femmes ayant recours à l’avortement encourent jusqu’à deux ans de prison. Selon les chiffres officiels, pendant les six premiers mois de l’année 2013, une quarantaine de femmes avaient été placées en détention provisoire pour avoir pratiqué une IVG. Au Nicaragua, le recours à l’IVG est sanctionné par une peine d’emprisonnement allant jusqu’à huit ans. En Irlande, les femmes risquent quatorze ans d’emprisonnement. Au Salvador, des femmes condamnées pour homicide, parfois après une fausse couche, purgent des peines de plusieurs dizaines d’années.

« Les sanctions pénales infligées en cas d’avortement clandestin accentuent la victimisation des ces femmes qui se trouvent déjà dans des situations intolérables. Conformément aux exigences des Nations Unies, ces lois insensées doivent être immédiatement abrogées », a déclaré Khadija Cherif, coordinatrice du Groupe d’action pour les droits des femmes de la FIDH.

La FIDH est également inquiète du nombre grandissant d’Etats, au sein des Etats-Unis d’Amérique, adoptant des lois qui restreignent l’accès à l’avortement légal et sans risque. Par ailleurs, la FIDH demeure profondément préoccupée par la persistance de la politique d’aide au développement des États-Unis qui encourage la prohibition de l’avortement. En effet, l’amendement Helms au Foreign Assistance Act interdit d’affecter des fonds au financement d’interruptions volontaires de grossesse en tant que méthode de planification familiale. Dans les faits, ce texte est interprété comme une interdiction absolue d’utiliser ces fonds pour procéder à tout type d’avortement.

La FIDH a effectué au début du mois de novembre une mission d’enquête au Sénégal sur les droits sexuels et reproductifs. Les résultats de l’enquête seront publiés à l’occasion du XV Sommet de la Francophonie de Dakar.

Le 25 novembre marque le début de 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes. La FIDH marquera la journée de clôture, le 10 décembre, journée internationale des droits humains, par un séminaire régional qui se déroulera à Tunis, sur les bonnes pratiques pour lutter contre les violences faites aux femmes. Cette action aura lieu dans le contexte de l’élaboration par les autorités tunisiennes d’une loi intégrale contre les violences à l’égard des femmes, première dans la région.

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