Zimbabwe : Les défenseurs des droits humains en danger à l’approche des élections

01/08/2018
Communiqué
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Paris, Geneva, Harare, 27 Juillet 2018 – En amont des très attendues élections générales au Zimbabwe prévu pour le 30 juillet, l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme (un partenariat FIDH-OCMT) publie les conclusions préliminaires d’une mission de terrain qui s’est déroulée du 9 au 13 juillet 2018 au Zimbabwe. Dans un contexte de violence intra-partis et de batailles de successions accrues, cette mission avait pour objectif d’évaluer l’environnement dans lequel les défenseurs des droits humains ont opéré durant la campagne électorale. L’Observatoire est gravement préoccupé par le climat de peur et d’incertitude qui restreint l’espace civique national et entrave le travail des défenseurs des droits humains à un moment décisif de la vie démocratique du pays.

37 années de régime autoritaire ont réduit le Zimbabwe en un État failli. Les Zimbabwéens pourront, pour la première fois, participer à une élection sans Robert Mugabe. Ce dernier s’était accroché au pouvoir de l’indépendance du pays en 1980 jusqu’au changement de gouvernement soutenu par l’armée le 21 novembre 2017.

Le 24 novembre 2017, Emmerson Mnangagwa est arrivé au pouvoir pour mener le mandat de Robert Mugabe à son terme jusqu’aux élections de 2018. Depuis, les autorités se sont dites engagées à assurer que les élections générales du 30 juillet soient ‘‘crédibles, libres, justes et transparentes’’. Malgré le fait que l’espace politique semble s’être ouvert depuis le départ de Robert Mugabe, le régime continue de réduire l’espace civique et de limiter l’exercice des libertés fondamentales. Violemment réprimés sous Robert Mugabe, les défenseurs des droits humains et les acteurs de la société civile travaillent dans un environnement qui leur est toujours hostile sous Emmerson Mnangagwa.

La mission a pu documenter que plusieurs lois répressives utilisées sous la présidence de Robert Mugabe servent encore à menacer et à intimider les défenseurs des droits humains. et plus largement, toute personne considérée comme opposée à la ZANU-PF, parti au pouvoir. Notamment, les lois sur l’ordre public et la sécurité (Public Order and Security Act – POSA) et sur l’accès à l’information et la protection de la vie privée (Access to Information and Protection of Privacy Act (AIPPA)) sont utilisées pour menacer et intimider les défenseurs des droits humains.

« Il est de la responsabilité du gouvernement actuel de s’assurer que les élections du 30 juillet se déroulent dans un environnement pacifique, transparent et juste pour que les Zimbabwéens puissent se rendre aux urnes sans crainte. La protection des défenseurs des droits humains durant cette période doit aussi être une priorité, pour garantir un exercice véritablement impartial et participatif. Les actes d’intimidation et de harcèlement signalés à leur encontre doivent immédiatement cesser »

Okay MACHISA, directeur national de ZimRights.

Les vieilles pratiques répressives demeurent en place, malgré le départ de Robert Mugabe du pouvoir en novembre 2017 et une stratégie d’ouverture d’Emmerson Mnangagwa envers la communauté internationale. La mission a pu constater, entre autres, que la ZANU-PF exerce toujours une main-mise sur l’appareil d’État ; que la vie politique est caractérisée par une violence politique se manifestant aussi bien entre les partis qu’en leur sein ; et que l’armée est souvent utilisée pour des opérations de maintien de l’ordre à la place de la police. Actuellement, la société civile dénonce le déploiement de militaires dans certaines zones rurales du pays qui paraît être une stratégie d’intimidation de la population.

« Le scrutin du 30 juillet doit être l’occasion de définitivement tourner la page d’un système qui a étouffé les Zimbabwéens durant près de 40 ans, et d’initier une réelle transition démocratique. Ceci demande de mettre un terme aux mauvaises pratiques de renforcer l’état de droit et le respect des libertés fondamentales de tous »

Arnold TSUNGA, vice-président de la FIDH.

La mission a également relevé que le peuple zimbabwéen a perdu confiance dans le processus électoral. La crédibilité et la transparence du processus sont tant mises à mal qu’aujourd’hui le risque de contestation des résultats est élevé. Des auteurs de violations des droits humains passées étant encore au pouvoir et le personnel militaire occupant des postes stratégiques importants, aussi bien au sein du gouvernement que dans l’administration, la mission de l’Observatoire exprime sa vive crainte de voir un potentiel contentieux électoral conduire à des tensions populaires et des violences.

« La SADC, l’Union africaine et l’Union européenne ont toutes envoyé des missions d’observation électorale au Zimbabwe. Ces institutions doivent maintenant accompagner le pays pour s’assurer que toute contestation des résultats électoraux sera adressée de manière démocratique à travers des moyens légaux et pacifiques, conformément aux lignes directrices sur les élections de la SADC, à la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance et aux standards internationaux en la matière »

Alice MOGWE, secrétaire-générale de la FIDH et directrice exécutive de DITSHWANELO – the Botswana Centre for Human Rights.
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