Lettre ouverte à l’Honorable Jack Straw, Ministre de l’Intérieur du Royaume-Uni

Monsieur le Ministre,

La Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme est extrêmement préoccupée par votre dernière décision de libérer le dictateur chilien, Augusto Pinochet, pour " raisons médicales ". La FIDH trouve cette décision choquante car elle implique que l’état de santé déclinant de Pinochet constitue une excuse absolutoire de toute responsabilité concernant les crimes commis pendant sa dictature.

En outre, bien qu’il soit dit que la décision est fondée sur des rapports d’experts médicaux concluant que " Pinochet ne serait pas à même de passer en jugement, et qu’aucun changement à cet état n’est à attendre ", la FIDH s’inquiète du fait que ces rapports ont été réalisés confidentiellement à la demande du Ministère de l’Intérieur, plutôt que par un tribunal, et ce sans aucune possibilité pour le ministère public d’en examiner le contenu.

A plusieurs reprises, votre administration a soutenu que l’affaire Pinochet était une question judiciaire devant être traitée par les tribunaux. Cependant, il s’avère que les examens et rapports médicaux portant sur la santé d’Augusto Pinochet n’ont pas fait l’objet d’un contrôle judiciaire.

Ainsi, la FIDH demande qu’un contre-examen médical soit effectué et que le ministère public soit autorisé à examiner et éventuellement contester le bien fondé des rapports médicaux. De plus, ce devrait être aux tribunaux et non à l’exécutif de décider si Augusto Pinochet est à même d’être jugé pour tortures et crimes contre l’humanité.

L’arrestation de Pinochet en octobre 1998 et les procès qui ont suivi ont non seulement démontré l’engagement du Royaume-Uni en faveur des droits de l’Homme, mais ils ont aussi contribué dans une grande mesure à une évolution importante du droit international et dans le domaine de la lutte contre l’impunité. Dans ce contexte, laisser Pinochet rentrer chez lui, sans un examen judiciaire approfondi de son état de santé, ne constituerait pas seulement un précédent extrêmement regrettable mais serait une insulte à toutes ses victimes et aux principes d’une justice équitable.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de notre très haute considération.

Patrick Baudouin
Président

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