Egypte : Appel à la libération du chercheur Ahmed Samir Santawy

14/04/2021
Lettre ouverte
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Égypte. 74 ONG engagent les autorités Égyptiennes à libérer le chercheur Ahmed Samir Santawy

Nous, les 74 organisations signataires, appelons les autorités égyptiennes à libérer immédiatement et sans condition l’étudiant et chercheur de 29 ans Ahmed Samir Santawy, qui est détenu arbitrairement depuis le 1er février 2021 pour des accusations liées au terrorisme forgées de toutes pièces. Les organisations signataires appellent en outre les autorités à veiller à ce qu’une enquête rapide, indépendante, impartiale, transparente et efficace soit diligentée sur les allégations d’Ahmed Samir Santawy selon lesquelles il aurait été soumis à une disparition forcée et à de mauvais traitements par les forces de sécurité après son arrestation.

Les organisations signataires considèrent qu’Ahmed Samir Santawy, chercheur et étudiant en master d’anthropologie à l’université d’Europe centrale, à Vienne (Autriche), est détenu arbitrairement en raison uniquement de son travail universitaire sur les droits des femmes, notamment sur l’histoire des droits reproductifs en Égypte.

Le 23 janvier 2021, sept policiers masqués et armés ont effectué une descente au domicile de la famille d’Ahmed Samir Santawy alors qu’il ne s’y trouvait pas et ont fait savoir qu’il devait se présenter à l’Agence de sécurité nationale, un service de police spécialisé, sans fournir de motif pour cette convocation. Lorsqu’il s’y est présenté le 1er février, les forces de sécurité l’ont arrêté et l’ont soumis à une disparition forcée jusqu’au 6 février. Il a déclaré que, pendant cette période, des responsables de l’Agence de sécurité nationale l’avaient frappé, le giflant et lui infligeant des coups de poing au ventre notamment, pendant qu’il était menotté et avait les yeux bandés, au poste de police du cinquième district du Nouveau Caire.

Le 6 février 2021, Ahmed Samir Santawy a été présenté au service du procureur général de la sûreté de l’État [1] une section spéciale du parquet qui est chargée de poursuivre les auteurs présumés d’infractions liées à la « sûreté de l’État », pour être interrogé. Le procureur a accusé Ahmed Samir Santawy d’« appartenance à un groupe terroriste », de « diffusion de fausses informations » et d’« utilisation d’un compte sur les réseaux sociaux pour diffuser de fausses informations », dans le cadre de l’affaire n° 65/2021 du service du procureur général de la sûreté de l’État. Le 23 février, lors d’une autre audience, un autre procureur a déclaré qu’il faisait également l’objet d’une enquête pour « financement d’une organisation terroriste ». Les procureurs ont fondé leurs accusations sur un dossier d’enquête de l’Agence de sécurité nationale, que ni Ahmed Samir Santawy ni ses avocats n’ont été autorisés à consulter, ainsi que sur des publications sur les réseaux sociaux dont il a nié être l’auteur.

Les procureurs ont interrogé Ahmed Samir Santawy sur son travail universitaire et ses études, notamment son travail sur l’islam et l’avortement, et sur les publications antigouvernementales d’un compte Facebook dont il a nié être l’auteur. Ahmed Samir Santawy a déclaré au service du procureur général de la sûreté de l’État que, pendant sa détention, des responsables de l’Agence de sécurité nationale l’avaient également interrogé sur son travail de recherche et son implication dans une page Facebook critiquant les autorités, implication qu’il a également niée. Ahmed Samir Santawy a en outre déclaré au service du procureur général de la sûreté de l’État lors d’une audience le 23 février qu’il avait été détenu à l’isolement dans une cellule froide sans vêtements ou literie adaptés.Le service du procureur général de la sûreté de l’État n’a pas ordonné d’enquête sur les allégations d’Ahmed Samir Santawy selon lesquelles il a été soumis à une disparition forcée et frappé par des représentants de l’Agence de sécurité nationale, et n’a pas non plus donné suite aux demandes de ses avocats de le présenter aux services de médecine légale afin qu’il soit examiné.

Ahmed Samir Santawy n’est plus en détention à l’isolement et est maintenant en détention provisoire à la prison de Liman Tora. Sa détention provisoire a été renouvelée en son absence et en l’absence de ses avocats à quatre reprises, ce qui l’a privé du droit de contester la légalité de sa détention.

Les organisations signataires appellent les autorités égyptiennes à veiller à ce que, dans l’attente de sa libération, Ahmed Samir Santawy puisse immédiatement et régulièrement voir ses proches et ses avocats, bénéficier de soins médicaux adaptés et soit protégé de la torture et des mauvais traitements.

Complément d’information

L’arrestation d’Ahmed Samir Santawy intervient dans un contexte de répression sans précédent des droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique en Égypte. Ces dernières années, les forces de sécurité ont arrêté des centaines de défenseur·e·s des droits humains, de militant·e·s, d’avocat·e·s, de responsables politiques, de manifestant·e·s pacifiques, de journalistes, de membres du personnel médical, ainsi que des chercheurs et chercheuses et des universitaires, et les ont soumis à des disparitions forcées, des actes de torture et d’autres mauvais traitements et à une détention provisoire prolongée dans l’attente d’enquêtes sur des accusations infondées liées au terrorisme [2]. En février 2020, les forces de sécurité ont arrêté Patrick George Zaki, chercheur de l’Initiative égyptienne pour les droits de la personne spécialisé dans les questions de genre et étudiant en master à l’université de Bologne, en Italie, à son arrivée en Égypte. Il est depuis maintenu en détention provisoire pour des accusations infondées liées au terrorisme [3]. En mai 2018, Walid Salem, un chercheur doctorant à l’université de Washington, a été arrêté à son retour en Égypte, où il devait mener un travail de terrain. Walid Salem a été libéré provisoirement dans l’attente d’enquêtes en décembre 2018, après avoir passé sept mois en détention provisoire, mais les autorités lui ont interdit de quitter le territoire égyptien. Ces attaques contre des universitaires et des chercheurs portent encore davantage atteinte aux libertés académiques déjà limitées dans le pays [4].

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  • Co-signataires

    Amnesty International
    Human Rights Watch
    Scholars at Risk
    Association for Freedom of Thought and Expression
    Cairo Institute for Human Rights Studies
    EuroMed Rights
    FIDH, within the framework of the Observatory for the Protection of Human Rights Defenders
    OMCT(World Organisation Against Torture), within the framework of the Observatory for the Protection of Human Rights Defenders
    International Service for Human Rights
    Egyptian Front for Human Rights
    Initiative franco-égyptienne pour les droits les libertés
    Committee for Justice
    The Freedom Initiative
    Project on Middle East Democracy (POMED)
    The Tahrir Institute for Middle East Policy
    People In Need
    MENA Rights Group
    Middle East Studies Association of North America
    PEN International
    Center for Reproductive Rights
    Pan African Human Rights Defenders Network (AfricanDefenders)
    Intersection Association for Rights and Freedoms
    Regional Center for Rights and Liberties
    Human Rights First
    Hungarian Europe Society
    Clean Air Action Group (Environmental Association)
    Democracy for the Arab World Now (DAWN)
    El Nadim Center
    Ankh (Arab Network for Knowledge about Human Rights)
    Cairo 52 Legal Research Institute
    HuMENA for Human Rights and Civic Engagement (HUMENA Regional)
    Háttér Society
    Americans for Democracy & Human Rights in Bahrain (ADHRB)
    Ökotárs - Hungarian Environmental Partnership Foundation
    Kenya Human Rights Commission
    Сenter for Civil Liberties
    humanrights.ch
    Tunisian Human Rights League
    CIVICUS
    Comité de Vigilance pour la Démocratie en Tunisie - Belgique
    Mwatana for Human Rights
    Egyptian Human Rights Forum
    Tunisian Association for the Defense of Individual Freedoms
    CALAM
    DEMOCRATIC TRANSITION AND HUMAN Rights Support Center "DAAM"
    Tunisian Coalition Against the Death Penalty
    Association of Tunisian Women for Research and Development-AFTUDR
    Nachaz Association
    Utcáról Lakásba ! Egyesület
    Vigilance for Democracy and the Civic State
    Comisiones Obreras
    Hungarian Civil Liberties Union
    Réseau des Organisations de la Société Civile pour l’Observation et le Suivi des Élections en Guinée (ROSE)
    Tunisian Association of the Democratic Women (ATFD)
    Tunisian Forum for Economic and Social Rights (FTDES)
    Organisation du martyr de la liberté Nabil Barkati : Mémoire et fidelité
    MEDITERRANEAN CITIZENS’ ASSEMBLY FOUNDATION (FACM)
    Syrian Center for Media and Freedom of Expression (SCM)
    CEAR PV
    Syndicat National des Journalistes Tunisiens-SNJT
    Aufstehn
    Caminando Fronteras
    Reprieve
    Robert F Kennedy Human Rights
    ARCI
    Reporter ohne Grenzen Österreich (RSF)
    ICID (Iniciativas de Cooperación Internacional para el Desarrollo)
    Österreichische Liga für Menschenrechte
    Kvinna till Kvinna
    Ludwig Boltzmann Institute of Fundamental and Human Rights
    ZARA (Zivilcourage und Anti-Rassismus-Arbeit)
    European Training and Research Centre for Human Rights and Democracy (ETC Graz) – Host of the International Centre for the Promotion of Human Rights at the Local and Regional Levels under the auspices of UNESCO
    Epicenter.works - for digital rights
    Südwind

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