En amont de la visite du président de l’Ouzbékistan en France, les Européens doivent appeler les autorités du pays à enquêter sur les disparitions forcées

30/08/2018
Communiqué
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© AFP Images

Paris. En cette Journée internationale des victimes de disparition forcée, la FIDH et son organisation membre "Club des Cœurs Ardents", ainsi que le Conseil de coordination de la société civile "Ouzbékistan alternatif", appellent la communauté internationale à exiger des autorités ouzbèkes qu’elles procèdent à des enquêtes complètes, objectives et transparentes sur les cas de disparitions forcées survenus dans le pays. Alors qu’approche la date de la visite du président de l’Ouzbékistan en France — ce sera le premier pays de l’UE dans lequel Shavkat Mirziyoyev se rendra, depuis son arrivée au pouvoir il y a deux ans —, nos organisations appellent les autorités françaises à accorder une attention particulière, lors de leurs discussions avec les plus hauts représentants de ce pays, à la question des disparitions forcées.

Les disparitions forcées ont commencé en Ouzbékistan dans les années 1990. Elles concernent essentiellement des opposants politiques et religieux.

Si la plupart des activistes de groupes d’opposition ou de défense des droits humains, ainsi que de journalistes indépendants, disparus, ont pu finalement être libérés après une forte mobilisation, les disparitions forcées de citoyens, généralement de musulmans croyants, passent pratiquement inaperçues aussi bien en Ouzbékistan qu’à l’étranger. Le sort de plusieurs croyants et leaders religieux disparus reste inconnu encore à ce jour.

Par le passé, les familles des personnes disparues redoutaient de rendre public les situations dont elles étaient l’objet en alertant des défenseurs des droits humains ou des journalistes indépendants. C’est pourquoi l’ampleur du phénomène demeure difficile à chiffrer , etla société dispose de peu d’informations relatives aux affaires les plus médiatisées. Le secret qui plane sur le nombre de disparitions forcées sous le régime de Islam Karimov s’explique aussi par les mesures que le pouvoir a prises dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

"Ce problème n’est pas traité avec l’attention qu’il mérite, que ce soit à l’intérieur de l’Ouzbékistan ou à l’étranger. Malheureusement, aucune de ces affaires n’a donné lieu à une enquête. Et cela, alors que nous sommesparvenus à rassembler des informations sur 24 cas de personnes dont on ignore le sort à ce jour. Certains d’entre elles ont disparu il y a plus de 25 ans"

Moutabar Tadjibaeva, fondatrice et présidente de l’organisation internationale de défense des droits humains "Club des Cœurs Ardents", qui mène depuis 2015 une campagne intitulée « N’oublions pas les victimes de disparitions forcées"

Les changements politiques intervenus dans le pays après la mort du président Islam Karimov ont permis à la société civile et aux familles des victimes d’interroger les autorités — notamment à travers des appels publics adressés au nouveau président Shavkat Mirziyoyev — sur les raisons pour lesquelles les disparitions forcées ne donnent pas lieu à des enquêtes. Nos organisations regrettent que nos demandes soient jusqu’ici restées sans réponse.

"Nous saluons la reconnaissance par le président Mirziyoyev qu’il est important de changer la situation en matière de droits humains en Ouzbékistan. Les efforts qu’il consacrera à faire toute la lumière sur les disparitions forcées survenues sous Islam Karimov seront un important indicateur de la détermination du gouvernement en faveur des avancées pour les droits humains"

Dimitris Christopoulos, Président de la FIDH.

Les autorités ouzbek ont l’obligation d’enquêter sur les disparitions forcées et de traduire en justice leurs auteurs. Elles doivent rechercher le lieu où se trouvent les victimes, les libérer immédiatement et, en cas de décès, s’assurer que leurs dépouilles soient identifiées et restituées à leur famille. Les victimes de disparitions forcées et les familles de victimes doivent recevoir des réparations appropriées. Le respect du droit à la vérité, à la justice et à la réparation des victimes constitue une garantie essentielle pour que de tels crimes ne se répètent pas.

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