DROITS DE L’HOMME CONTRE BARBARIE

31/03/1999
Communiqué

La Fédération Internationale des Ligues des droits de l’Homme (FIDH) considère les autorités serbes, et au premier chef Slobodan Milosevic, comme responsables de la situation actuelle au Kosovo. Celle-ci est l’aboutissement tragique de la politique de répression et de terreur menée depuis plus de dix ans contre la population albanaise du Kosovo et dont l’objectif final et prémédité était le nettoyage ethnique, qui se déroule depuis une semaine.

Cette situation démontre aussi l’erreur commise par la Communauté Internationale d’avoir fermé les yeux sur les crimes perpétrés en Bosnie et en Croatie, imputables notamment à Slobodan Milosevic, Vojislav Seselj, et Arkan, qui, persuadés de bénéficier d’une impunité, ont cru pouvoir réitérer, au Kosovo, des crimes similaires.

La FIDH ne peut que se féliciter de l’annonce faite aujourd’hui par le Tribunal Pénal International (TPI) de l’inculpation d’Arkan qui figurait sur la liste secrète des inculpés pour les crimes commis durant la guerre en ex-Yougoslavie, entre 1991 et 1995.

L’absence de consultation de l’ONU dans le processus ayant conduit à décider l’engagement des forces aériennes de l’OTAN, a révélé les carences de cette institution internationale, qui est censée représenter l’ensemble de la communauté internationale : la nécessité de réformer les mécanismes de contrôle internationaux est plus patente que jamais.

La FIDH rappelle qu’aucun Etat n’est fondé à ignorer les principes énoncés dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et à se soustraire à ses obligations en ce domaine, au seul prétexte du respect de sa souveraineté. Il devient de l’impérieux devoir de la communauté internationale d’intervenir lorsque sont constatées des violations graves des droits les plus élémentaires, bafouant des valeurs universelles et mettant en danger ou portant atteinte à la vie, à l’intégrité et à la sécurité d’hommes et de femmes.

Alors que des centaines de milliers de personnes sont brutalement expulsées hors du Kosovo, et que se commettent notamment assassinats, exterminations et persécutions, crimes contre l’humanité, susceptibles d’être qualifiés de génocide au sens de l’article 4 des statuts du TPI, en ce qu’ils sont commis dans l’intention délibérée de détruire la population albanaise, la FIDH :

* Demande au Conseil des Ministres de l’Union Européenne et à l’ONU de prendre d’urgence toutes mesures nécessaires de nature à assurer la protection des populations civiles albanaises encore présentes au Kosovo.

* Demande au Procureur près le TPI de La Haye de rendre publics, s’ils existent, les actes d’accusation à l’encontre notamment de Messieurs Slobodan MILOSEVIC et Vojslav SESELJ, et à défaut de mettre les personnes précitées en accusation, en application de l’article 18 des statuts du TPI, compte tenu des fortes présomptions qui pèsent sur elles, d’être responsables de crimes contre l’humanité, voire de génocide. La même demande est formulée à l’encontre de Zeljko RAZNJATOVIC, dit ARKAN, pour les crimes commis par lui au Kosovo depuis février 1998.

* Demande à la Communauté Internationale de donner au Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR), au Programme Alimentaire Mondial (PAM), au Comité International de la Croix Rouge (CICR) et à toutes les organisations humanitaires, les moyens de mettre en œuvre d’urgence un plan de sauvetage pour pourvoir aux besoins alimentaires, médicaux et d’hébergement des populations albanaises parvenues en Macédoine, au Monténégro et en Albanie.

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