Le soleil se couche sur Aube Dorée : fin d’un procès exemplaire contre l’extrémisme en Europe

28/10/2020
Communiqué
en fr

La condamnation de Nikolaos Michaloliakos, chef d’Aube Dorée, et de six autres membres du Conseil politique du parti d’extrême droite grec, pour direction d’une organisation criminelle, et celle de onze anciens députés du parti, mettent fin à cinq ans d’un procès qui résonnera bien au-delà des frontières grecques.

Six membres du bureau du parti néo-nazi grec Aube Dorée ont été condamnés à 13 ans de prison ; un septième à 10 ans tandis que les onze anciens députés se sont vus condamnés à des peines allant de 5 à 7 ans de prison. La Cour les as reconnus coupables d’avoir dirigé, ou d’avoir participé, à « une organisation criminelle » dont les méthodes ont mené à des nombreux actes criminels, dont l’assassinat de Pavlos Fyssas, rappeur antifasciste, le 18 septembre 2013, dont les auteurs ont également été tenu responsables.

« Ce verdict envoie un signal fort à tous les extrémistes en Europe », avertit Alice Mogwe, présidente de la FIDH.

« Partout où des crimes sont commis – peu importe par qui, homme de la rue ou politicien - au nom d’une idéologie raciste, la justice finit par passer. »

Alice Mogwe, présidente de la FIDH.

En 2015, à la veille de l’ouverture du procès d’Aube Dorée, le parti est encore la troisième force politique du pays. Ses militants entrent alors dans le box des accusés comme adhérents à un parti politique ; cinq ans après, ils ressortent du tribunal comme membres d’une organisation criminelle. C’est bien là la grande victoire de ce procès, surtout après l’appel à l’acquittement prononcé par la procureure en décembre 2019 qui disait ne pas disposer de preuve de « la planification centrale des attaques », ni de l’implication des dirigeants du parti dans les crimes pour lesquels ils sont poursuivis.

Dimitris Christopoulos, président de la FIDH au moment de son audition en 2018, était cité comme témoin au procès qui s’est tenu à Athènes. Dans son intervention, il a tenu à souligner cette distinction fondamentale entre les idées et les actes : « Les membres d’Aube Dorée ne sont pas dans le box des accusés à cause de ce qu’ils pensent mais à cause de ce qu’ils ont fait [...] appartenant à une organisation dont l’idéologie cible les êtres humains qu’elle considère comme des sous-humains. Ces idées morbides conduisent à des comportements criminels qu’aucun État ne doit, ni ne peut laisser faire », a-t-il expliqué.

« Les condamnés ne vont pas aller en prison pour leurs slogans, leurs saluts nazis ou leurs croix gammées mais pour des actes criminels constatés dans le cadre d’une procédure pénale, devant un tribunal indépendant et dans le respect des normes internationales en matière de procès équitable. En effet, les crimes pour lesquels ils ont été jugés ne sont rien par rapport à ceux qu’ils auraient commis et qui n’ont pas été signalés ou n’ont pas fait l’objet d’une enquête ou de poursuites », a souligné Giannis Ioannidis, le président de la ligue grecque (HLHR).

Le procès, qui a jugé non des idées mais des actes criminels bien précis commis au nom d’une idéologie odieuse car incitant à la haine envers une partie de la population, vise à la condamnation de ces mêmes actes et de la menace que ceux ci, et ceux qui les commettent, constituent pour la société dans son ensemble.
Le verdict a, dans ce sens, la valeur d’un engagement solennel de la société entière, et des institutions qui sont censés la soutenir, contre la violence raciste et la haine de l’autre. Il représente aussi un premier pas vers la réparation pour les victimes des ces actes, ainsi qu’un rappel important des dangers que l’instrumentalisation des peurs collectives, la propagande et la stigmatisation peuvent constituer pour l’ensemble de la société, et envers les valeurs de justice et responsabilité sur lesquelles se fondent les sociétés démocratiques.

« Chaque citoyen d’une démocratie est concerné par le procès d’Aube Dorée. Son issue va servir de tremplin à la défaite du radicalisme d’extrême-droite en Europe. C’est un événement majeur pour la démocratie grecque, et bien au-delà. »

Dimitris Christopoulos, ancien président de la FIDH

« Nous espérons que cette décision, la première depuis le procès de Nuremberg qui vise des actes criminels fascistes commis par des représentants politiques assis à la table du gouvernement, aura un impact non seulement en Grèce, mais partout en Europe, en contribuant à dissuader et à prévenir des actes semblables inspirés par cette idéologie odieuse » a conclu Alice Mogwe.

Lire la suite
communique