Grèce : Ecran noir sur les fondements démocratiques de l’Union Européenne

14/06/2013
Communiqué
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La Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme (FIDH) et la Ligue Hellénique des Droits de l’Homme (LHDH) déplorent la décision du gouvernement grec de fermer de manière brutale et précipitée, ce mardi 11 juin, le groupe audiovisuel public grec, l’Ellinikí Radiofonía Tileórasi (ERT).

Les trois chaînes publiques ont ainsi cessé d’émettre, suscitant un large mouvement de grève dans le pays ainsi que l’indignation tant de la presse européenne et internationale que de responsables politiques de par le monde.

Cette fermeture s’inscrit dans un contexte particulièrement critique pour l’avenir de la démocratie grecque a déclaré Dimitris Christopoulos, Vice-Président de la FIDH. " Elle fait peser une menace sérieuse sur la démocratie ainsi que sur l’exercice de la liberté d’information" a-t-il ajouté.

En effet, cette fermeture intervient alors que la Grèce a perdu, en l’espace de trois ans, près de 50 places au classement mondial de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontière, qui souligne la « chute vertigineuse » subie par ce pays qui ne se positionne plus qu’à la 84ème place en 2013.

« Cette tendance est alarmante et l’attaque subie par le secteur public de l’audiovisuel doit inquiéter l’Union européenne qui a fait de la démocratie et du respect des droits de l’homme son fondement, lesquels ont parmi leur piliers fondamentaux l’information des citoyens, la liberté d’expression et le pluralisme des médias  » réagit Karim Lahidji, président de la FIDH. «  Pour préserver ces fondamentaux, l’Union européenne se doit en conséquence de réagir promptement et ne pas laisser un tel exemple se développer en son sein a-t-il ajouté.

La lecture des traités constitutifs de l’Union européenne et de leurs protocoles confirme l’importance que les Etats membres attachaient en 2007 à la question. Ainsi le service public de radiodiffusion y est élevé au rang d’élément fondamental pour la démocratie, présenté comme le garant de la nécessité reconnue de préserver le pluralisme dans les médias et de répondre aux besoins sociaux et culturels de chaque société [1]. Son importance est en outre régulièrement réaffirmée par le parlement européen, l’institution de l’UE directement élue au suffrage universel, qui insiste sur “la nécessité de maintenir un service public indépendant fort et vivant” lequel permet « un véritable équilibre entre diffuseurs de service public et commerciaux” [2]

L’importance d’un diffuseur public indépendant a été rappelé par un certain nombre d’organisations internationales, parmi lesquelles le Conseil de l’Europe, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme et le Rapporteur Spécial sur la liberté d’expression. Ainsi, par exemple le conseil des ministres du Conseil de l’Europe, rappelait en 2007 le rôle spécifique de l’audiovisuel public « qui est de promouvoir les valeurs des sociétés démocratiques, en particulier le respect des droits de l’homme, des cultures et du pluralisme politique. » [3]

La fermeture de l’ERT, intervient enfin dans un pays éprouvé par les politiques d’austérité. Le 1er mai 2013, l’expert indépendant des Nations Unies sur la dette extérieure et les droits de l’homme, Cephas Lumina, a prévenu « que les conditions exigées par les bailleurs de fonds internationaux pour le plan de sauvetage de la Grèce risquent d’entraver les possibilités de garantir un niveau de vie conforme aux normes des droits de l’homme pour un nombre considérable de Grecs »[4]

Justifiée par le gouvernement grec par la nécessité d’assainir les dépenses publiques, l’attaque subie par l’ERT est un nouvel indice de l’urgence pour l’Union européenne de se repositionner clairement et le plus fermement qu’il soit, pour que les coupes budgétaires ne se fassent pas au détriment des droits fondamentaux.

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