Renaud Egreteau, un expert douteux

10/06/2008
Communiqué

La suite n’est qu’un chapelet de contradictions alternant critique de la
junte et légitimation d’un processus constitutionnel décrit comme « la
seule carte politique du moment ». Certes, M. Egreteau admet que les démocrates
birmans sont « victimes d’une répression impitoyablement efficace ». Mais
c’est pour les qualifier plus loin de « stériles », ou de
« jusqu’au-boutistes », souffrant d’ « impuissance » ou d’une
« absence cruelle de renouveau ». Le désintérêt manifeste de M.
Egreteau pour le combat engagé par les forces démocratiques
est patent lorsque, évoquant la « convention nationale chargée par le
régime militaire
de proposer les principes directeurs d’une nouvelle
Constitution, que le pays attend depuis 1988 », il oublie purement et
simplement de mentionner le résultat des élections de 1990 qui consacrèrent la
victoire de la Ligue Nationale pour la Démocratie de Madame Aung San
Suu Kyi
.

Remarquant que les minorités sont « largement restées à l’écart de la
"fronde safran" » de septembre 2007, il préjuge d’une absence d’objectifs
partagés entre l’opposition démocratique et les groupes issus des minorités
nationales. M. Egreteau semble ainsi ne rien savoir des pressions des pays
frontaliers sur certains des groupes armés pour que ceux-ci renoncent à appuyer
la révolte des moines.

Pour le chercheur, rien de ce qui peut être entrepris pour ouvrir le pays
n’aboutira et toute pression est contre-productive. Il faudra donc attendre
« que l’impulsion vienne de l’intérieur même du régime ». Et c’est là que
l’auteur nous livre l’une des contradictions les plus flagrantes de son
analyse. Il n’hésite pas à affirmer qu’« il semblerait que les
possibilités d’évolution interne ne puissent provenir que d’une nouvelle
génération d’officiers, frustrés par la situation de blocage économique et
politique, et qui tenteraient de renverser les leaders d’aujourd’hui afin
d’instaurer un nouveau pouvoir militaire plus pragmatique et ouvert sur le
monde extérieur ». Or, si des tensions de cette nature sont déjà observables,
elles viennent notamment de la décision prise par les États-Unis d’interdire,
en juillet 2003, toutes les transactions entre le kyat (la monnaie birmane) et
le dollar à l’extérieur du pays. Ce qui démontre l’efficacité d’une politique
de sanctions économiques ciblées.

Enfin, M. Egreteau soutient que la junte sort renforcée de sa gestion
catastrophique du cyclone. Tout semble indiquer pourtant que l’armée birmane,
déjà sérieusement déconsidérée par les violences perpétrées en septembre 2007
contre les manifestants, est aujourd’hui clairement perçue comme l’obstacle
principal aux secours des sinistrés, allant même jusqu’à piller l’aide que la
communauté internationale n’est pas autorisée à distribuer directement. Il
paraît donc difficile d’affirmer qu’une telle attitude la renforce, même s’il
est à redouter qu’une chape de plomb ne retombe une fois de plus sur ce pays.
Aujourd’hui plus que jamais, la mobilisation doit rester entière pour que le
Conseil de sécurité des Nations unies prenne ses responsabilités s’agissant de
la Birmanie.

  • Francis Christophe, journaliste, auteur de
    « Birmanie, la dictature du pavot » et de « Total, entre marée
    noire et blanchiment », Frédéric Debomy, coordinateur du livre
    « Birmanie, la peur est une habitude », Annie Faure,
    représentante de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme
    (FIDH), Mathieu Flammarion, secrétaire général d’Info
    Birmanie.
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