Asie - Antiterrorisme et droits humains : 10 ans d’incompatibilité ?

Les événements qui ont suivi le 11 septembre 2001, y compris une série de réformes législatives dans nombre de pays occidentaux et une nouvelle flambée d’activités terroristes dans le monde ont constitué un tournant dans la façon dont les groupes et individus qualifiés de terroristes par les autorités nationales et/ou la communauté internationale ont été traités dans de nombreux pays d’Asie.

Dans la période immédiatement postérieure aux attaques du 11 septembre, les Etats-Unis ont pu mobiliser une coalition dirigée par l’OTAN dont l’objectif était d’annihiler le régime des Talibans, accusés d’accueillir Al Qaeda sur le sol afghan. En envahissant l’Afghanistan le 7 octobre 2001, les Etats-Unis ont déclenché ce que l’administration Bush a ensuite qualifié de “ War on Terror” ou “guerre contre la terreur” qui devait favoriser, voire encourager, la conduite d’actions de contre-terrorisme de grande ampleur dans de nombreux pays d’Asie pendant toute une décennie (2001-2011).

On estime à des dizaines de milliers les victimes civiles de la guerre en Afghanistan, la mort d’un grand nombre d’entre elles résultant directement d’opérations militaires menées par les troupes internationales. Cette situation a engendré et continue d’attiser un climat de haine en incitant de plus en plus d’Afghans à rejoindre les rangs des Talibans et/ou à perpétrer des actes de terrorisme comme des attaques suicides à la bombe. Alors que les pertes touchant le personnel militaire sont largement rapportées dans la presse occidentale, il n’en est pas de même pour les pertes civiles entraînées par la lutte contre le terrorisme ou d’autres pratiques perpétrées sur le sol afghan comme la torture et la mise en détention secrète et illicite qui sont des sujets d’actualité rarement abordés ou débattus de façon adéquate.

Le Pakistan est au cœur de la guerre contre la terreur en raison des relations d’étroite collaboration nouées entre les autorités pakistanaises et les Etats-Unis afin de poursuivre Al Qaeda et les Talibans sur le sol pakistanais. Le pays est cependant confronté à d’autres insurrections intestines, en particulier au Baloutchistan, ainsi qu’à l’activisme de ses propres groupes nationaux djihadistes. Il en découle que les répercussions de la guerre contre la terreur sur la politique pakistanaise de contre-terrorisme dépassent largement le territoire de la région transfrontalière séparant le Pakistan de l’Afghanistan. Cette situation entraîne de nombreuses violations des droits de l’homme allant de la détention arbitraire à la pratique de la torture et aux exécutions extra-judiciaires.

Confrontées au terrorisme, les Philippines et l’Indonésie ont aussi fait face à des conflits internes, opposant notamment les autorités à des groupes extrémistes radicaux, et sont donc en première ligne des Etats impliqués dans la guerre contre la terreur. Les deux pays ont adopté des lois visant à lutter contre le terrorisme en élargissant les pouvoirs d’arrestation et de détention conférés aux autorités nationales. L’absence de poursuites envers les personnes coupables de violations des droits de l’homme a entraîné une hausse de l’impunité au nom de la sécurité nationale et une confusion marquée entre la lutte contre le terrorisme et d’autres formes de répression. Dès l’année 2005, le Bangladesh adoptait des politiques similaires qui font désormais l’objet d’une vive opposition de la part des groupes de défense des droits de l’homme.

En Inde, la législation adoptée pour lutter contre le terrorisme a aussi été renforcée pour répondre à l’impact croissant de ces activités dans la région mais les autorités indiennes ont aussi saisi l’occasion du contexte mondial postérieur aux attaques du 11 septembre pour accroître leurs activités de répression contre d’autres groupes, notamment contre la guerrilla maoïste et les minorités ethniques.

La guerre contre la terreur a aussi eu de vives répercussions sur l’évolution de la guerre civile qui se déroule depuis dix ans au Sri Lanka. Le gouvernement a fait complètement volte-face à partir de 2005 en appliquant une toute autre stratégie de lutte contre le LTTE. En qualifiant désormais d’organisation terroriste le groupe séparatiste tamil, il justifie les agressions et attaques militaires brutales qu’il mène sans discrimination contre les populations locales et qui se sont soldées par le massacre de dizaines de milliers de civils innocents au cours du premier semestre de l’année 2009.

Enfin et ce n’est pas la situation la moins préoccupante, la Chine a aussi utilisé ce contexte de la lutte menée contre le terrorisme à l’échelle mondiale pour intensifier ses campagnes de persécution contre les minorités religieuses, ethniques et culturelles, en particulier dans la région autonome du Tibet et la région autonome du Xinjiang Ouigour (XUAR). Elle a institué l’Organisation de coopération de Shangai (SCO) en 2001 pour renforcer la coopération régionale dans le domaine de la lutte contre le terrorisme.

L‘Association des nations de l’Asie du Sud-est (ANASE) et l’Association sud-asiatique de coopération régionale (SAARC) ont aussi adopté une convention régionale sur le contre-terrorisme.


Special 9/11_Antiterrorism and human... par fidhdailymotion

Pour plus d’information :

Pakistan : Une longue marche pour la démocratie et l’Etat de droit (2009)
http://www.fidh.org/Une-longue-marche-pour-la-democratie-et-l-Etat-de (en français)

Pakistan, a long March for Democracy and the Rule of Law (2009)
http://www.fidh.org/A-long-march-for-democracy-and-the-rule-of-law (en anglais)

Bangladesh : Criminal justice through the prism of capital punishment and the fight against terrorism (2009)
http://www.fidh.org/Report-published-on-the-occasion-of-the-World-day (en anglais)

Philippines : Fighting terror or terrorizing ? (2008)
http://www.fidh.org/Fighting-Terror-or-Terrorizing (en anglais)

Voir en ligne : Dossier spécial 11 septembre
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