Les organisations mettent en garde l’OCDE contre le recul de la protection des droits humains et de l’environnement au Brésil

Des ONG critiquent la candidature du Brésil pour rejoindre l’Organisation pour le développement et la coopération économique tandis que l’administration Bolsonaro démantèle les politiques sociale et environnementale

Brasília, Brésil – Plus de soixante organisations de la société civile ont adressé, ce mercredi, un courrier au Secrétaire général élu de l’OCDE, Mathias Cormann, exprimant leurs inquiétudes concernant le recul du président brésilien Jair Bolsonaro sur les questions des droits humains et de l’environnement, au moment où l’adhésion du Brésil à la prestigieuse organisation multilatérale est envisagée.

L’une des principales questions soulevées par ce courrier, cosigné par des organisations brésiliennes et internationales, concerne une proposition de loi (PL 3.729/2004) soutenue par l’administration Bolsonaro et un lobby conservateur de l’industrie agroalimentaire (connu sous le nom de « ruralistas ») qui doit être autorisée à tout moment par la chambre basse (Chambre des députés) du Congrès national. Le projet de loi pourrait remettre en jeu des éléments déterminants de la législation fédérale concernant les autorisations environnementales, notamment les études d’impact, en envisageant l’approbation accélérée de projets à haut risque.

Le courrier met également en garde contre les dangers d’un autre projet de loi (PL 910) qui permettrait l’ouverture de chantiers d’exploitation minière, d’exploration de gaz et de pétrole, de barrages hydroélectriques, de grandes exploitations agroalimentaires et d’autres activités ayant des effets délétères sur les terres indigènes, qui sont les régions les plus préservées du pays et dont les fonctions sont essentielles pour la protection de la biodiversité et la régulation du système climatique.

De plus, les organisations dénoncent les dangers d’un autre projet de loi qui a été qualifié par ses détracteurs de « loi sur l’appropriation illicite des terres » (PL 510 au Sénat, PL 2.633 à la chambre basse du Congrès). Celui-ci faciliterait la concession de titres de propriété privée à de gros spéculateurs et éleveurs qui ont envahi et déboisés illégalement les forêts et les terres publiques, notamment en Amazonie.

Comme le soulignent les organisations signataires du courrier : « nous assistons à l’une des attaques institutionnelles les plus importantes contre la protection de l’environnement, du climat, des peuples indigènes, des communautés quilombolas et d’autres peuples et communautés traditionnels de l’histoire du Brésil ».

« Ignorer la régression récente de la protection des droits humains et de l’environnement au moment d’examiner la candidature du Brésil à l’OCDE reviendrait à envoyer un message négatif à l’administration Bolsonaro, et encouragerait une escalade des conflits sociaux et environnementaux déjà intenses, notamment la déforestation et le brûlage sauvages des terres en Amazonie et d’autres biomes en danger »

a précisé Brent Millikan, directeur du programme Amazonie à International Rivers, l’une des organisations signataires du courrier.

Dans ce courrier, les organisations de la société civile soulignent que les projets de loi élaborés par l’administration Bolsonaro et les partisans au Congrès du lobby ruralista menacent les droits collectifs à un environnement écologiquement équilibré, garantis par l’article 225 de la Constitution fédérale, notamment les efforts visant à lutter contre le changement climatique.

APIB (la plus grande organisation de défense des peuples autochtones du Brésil), Conectas Human Rights, International Rivers, Center for Economic and Policy Research, Greenpeace Brésil, WWF Brésil, Center for Research on Multinational Cooperation, sont parmi les organisations signataires.

Absence de réaction face à la pandémie

Le courrier qui a été également envoyé au Secrétaire général sortant de l’OCDE, Angel Gurría, souligne la gestion désastreuse de la pandémie de Covid-19 par l’administration Bolsonaro, l’année dernière. Il indique que : « Le président Bolsonaro a sous-estimé à maintes reprises la gravité de la maladie, a soutenu le recours à des traitements inefficaces et non fondés, a ignoré la nécessité urgente d’acheter des vaccins, a attaqué des responsables locaux pour avoir adopté des mesures visant à lutter contre la pandémie et n’a pas encouragé les politiques visant à utiliser les masques et à inciter la population à rester chez elle, dans le but de contenir la contagion ».

Après avoir fait part de leurs préoccupations aux États membres de l’OCDE, le courrier conclut que la candidature du Brésil à l’adhésion à l’OCDE ne saurait être un encouragement aux coups portés par Bolsonaro aux politiques sociales, environnementales et en matière de droits humains. Si la candidature du pays devait aboutir, « il convient d’accorder une attention particulière au renforcement – et non à l’affaiblissement - des politiques publiques, concernant la législation en matière sociale et environnementale, ainsi qu’à la défense de l’espace démocratique. »

Adhésion à l’OCDE

Le Brésil, qui est invité aux réunions de l’OCDE en qualité d’observateur depuis 1999, n’a toujours pas adhéré à l’organisation en tant qu’État membre. Bolsonaro fait pression pour que son pays adhère à l’organisation depuis 2018, lorsqu’il était en campagne présidentielle, et a fait des concessions à plusieurs pays, notamment les États-Unis, dans le but de renforcer ses soutiens pour l’aider à intégrer l’OCDE.

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