Un ancien dictateur de plus devant la justice

24/11/2006
Communiqué

La Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) se félicite de la décision de la justice uruguayenne du 16 novembre 2006 de poursuivre M. Juan María Bordaberry, ancien dictateur uruguayen entre 1973 et 1976, et M. Juan Carlos Blanco, ministre des Affaires étrangères d’alors, pour violation de la constitution, homicides et disparitions forcées à l’encontre de quatre figures de l’opposition. En détention depuis le 17 novembre 2006, ils encourent des peines de plus de 10 ans de prison.

En 1976, M. Zelmar Michelini, sénateur, et M. Héctor Gutiérrez Ruiz, président de la Chambre des Représentants, ont été torturés puis assassinés à Buenos Aires, où ils étaient venus demander l’asile politique suite à la dérive dictatoriale du régime uruguayen de M. Bordaberry en 1973. Ces assassinats portaient un coup majeur à l’opposition en exil.

Le 16 novembre 2006, le juge Dr. Robert Timbal a lancé un mandat d’arrêt contre MM. Juan María Bordaberry et Juan Carlos Blanco, chef de la diplomatie en 1976, pour violation de la constitution, homicides et disparitions forcées à l’encontre de MM. Zelmar Michelini et Héctor Gutiérrez Ruiz, ainsi que de Mme Rosario Barredo et M. William Whitelaw, anciens membres du Mouvement de Libération National.

Après l’ouverture des archives militaires consécutive à l’élection de M. Tabaré Vasquez à la présidence de l’Uruguay en 2004, le mandat d’arrêt se fonde sur la découverte de documents signés par M. Blanco, relatifs aux quatre meurtres, et demandant aux ambassades uruguayennes de constituer une agence de renseignement pour persécuter les opposants à la dictature en dehors du pays.
Le juge rappelle que "ces meurtres font partie d’un accord ou d’une coordination entre les régimes argentin et uruguayen qui a notamment pris la forme de détentions et déplacements de personnes entre les deux pays et l’intervention de militaires uruguayens en Argentine" [1] : le Plan Condor.

Il aura fallu attendre 30 ans pour poursuivre les auteurs de ces crimes. Déclarée prescrite en 2005, cette affaire avait été rouverte en mars 2006 par une cour d’appel uruguayenne jugeant que la prescription devait courir à partir du retour à la démocratie en 1985. De plus, la loi d’amnistie pour les actes commis sous la dictature, adoptée par référendum en 1989, ne s’applique pas dans ce cas, puisqu’elle ne concerne "que" les militaires et policiers, et non les civils, tels que l’ancien dictateur M. Bordaberry et son ministre des Affaires étrangères.

La FIDH se félicite de cette décision historique qui ouvre la voie aux poursuites des crimes de droit international commis sous la dictature et constate avec satisfaction qu’un nouveau pas a été fait dans la lutte contre l’impunité et le respect des droits de l’Homme.

La FIDH rappelle que M. Gregorio Álvarez, dernier dictateur uruguayen (1981-1985), vit en liberté, tout en étant l’objet d’une enquête pour torture, disparitions forcées et excécutions extrajudiciaires sous son régime.

La FIDH appelle les autorités uruguayennes à mettre en oeuvre toutes les mesures nécessaires pour que justice soit rendue dans un délai raisonnable, dans le respect des droits des victimes et du droit à un procès équitable.

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