Lettre à M. James D. Wolfensohn, président de la Banque mondiale

21/09/2000
Rapport
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Monsieur le président,

Le conseil d’administration de la Banque mondiale a donné son feu vert le 6 juin dernier pour financer au Tchad un vaste projet d’exploitation pétrolière. Votre organisation s’est engagée à faire en sorte que les recettes futures de l’Etat tchadien soient prioritairement consacrées à la lutte contre la pauvreté dans l’un des pays les plus démunis de la planète.
Vous n’ignorez pas que les Tchadiens ne souffrent pas seulement de la misère, mais aussi de la répression à laquelle se livre le gouvernement de M. Idriss Déby.

Dans la région où demain coulera le pétrole, c’est le sang qui vient encore d’être versé. Engagée dans la lutte contre la rébellion de M. Moïse Ketté, l’Armée nationale tchadienne (ANT) terrorise les populations et assassine. Le jeudi 10 août 2000, le pasteur Nestor Service, de retour d’une mission d’évangélisation, a été exécuté près de la localité de Pao par des éléments de l’armée régulière. Le même jour, le chef du village de Bendho, M. Nadji Robtol, ainsi que M. Raphaël Mbeurdé, père de onze enfants, ont été abattus par des hommes de l’ANT. Le 6 septembre dernier, c’est M. Moïse Nodji Ketté lui-même, qui a été assassiné dans des circonstances non encore déterminées. Outre des exécutions extrajudiciaires, les enquêtes des organisations de défense des droits de l’homme qui viennent de nous parvenir du Tchad signalent des cas d’arrestation arbitraire, de torture, de rafles, de pillages et de biens incendiés.
Le révérend Nestor Service, de l’église protestante de Ngaramgolé, au sud du Tchad, torturé puis assassiné par les forces armées.
Par la présente, nous vous prions instam-ment, monsieur le président, de surseoir à tout décaissement de la Banque mondiale au profit du projet pétrolier tant que la politique de répression à l’encontre des populations civiles n’aura pas cessé, et que les responsables des cri-mes commis dans la région n’auront pas été jugés et punis. Nous ne pouvons accepter que les fonds de la Banque mondiale, qui sont d’abord les nôtres, comme citoyens et comme contribuables, servent aveuglément un Etat dont le degré de corruption et de violence ruine tout effort de déve-loppement économique et social.
Il y va aujourd’hui de la crédibilité de la Banque mondiale
et des objectifs qu’elle s’assigne que de donner ce signal très clair au gouvernement de M. Déby.

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