La justice et la réconciliation serviront le processus de paix au Soudan du Sud

17/12/2014
Communiqué
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Tribune par Karim Lahidji, président de la FIDH et Arnold Tsunga, directeur Afrique de la Commission internationale des juristes et ancien Vice-Président de la FIDH

Les négociations de paix sur le Soudan du Sud devraient reprendre aujourd’hui à Addis Abeba. Un an après l’éruption du conflit, les parties ne sont toujours pas parvenues à un accord politique significatif, les civils continuent de vivre dans la plus grande insécurité et les responsables des crimes les plus graves restent impunis.

Dans le processus de paix en cours, la justice doit prévaloir sur les arrangements politiques.

Pourquoi ? Parce que les atrocités endurées cette année par les civils ne peuvent rester impunies si le Soudan du Sud doit se placer sur la voie d’une paix durable. Les responsables des exécutions extra-judiciaires, des disparitions forcées, des viols et autres formes de violences sexuelles, des pillages, des destructions de propriété, des arrestations et détentions arbitraires, des recrutements forcés d’enfants et du déplacement forcé de milliers de civils, ne peuvent pas rester impunis. Alors que le débat sur le séquençage entre paix et justice au Soudan du Sud est relancé, il importe de rappeler que les années d’impunité pour les crimes du passé ont contribué à la situation d’aujourd’hui et ont empêché le pays de se focaliser sur sa propre construction : construction de l’État de droit, renforcement des institutions, consolidation de l’économie, distribution des services de base à la population, protection et respect des droits et libertés fondamentaux. Cette fois, la pratique des accords de paix qui arrangent les parties mais ignorent leur responsabilité dans la commission de crimes graves doit cesser. Il est possible de briser le cycle de l’impunité dans ce pays en assurant que tout accord de paix inclut la mise en place de mécanismes de justice.

Comment ? La documentation des crimes commis pendant le conflit a été confiée à l’Union Africaine (UA). La Commission d’enquête de l’UA s’est rendue au Soudan du Sud à plusieurs reprises. Elle y a recueilli des preuves, rassemblé des témoignages de victimes, d’organisations de la société civile, de représentants de l’État et autres parties prenantes, et a probablement identifié les présumés responsables. Son rapport aurait été finalisé, etla mission d’enquête FIDH au Soudan du Sud a pu constater qu’il était très attendu par plusieurs acteurs, notamment dans ce contexte où l’impunité continue de prévaloir. Ce rapport doit être publié dans les plus brefs délais et doit être intégré dans les négociations en cours. Nous attendons de ce rapport qu’il constitue la base de l’établissement de mécanismes de justice appropriés. Compte tenu de la gravité des crimes perpétrés et de l’état de l’administration de la justice au Soudan du Sud, nous considérons que ces mécanismes devront comprendre la mise en place d’une cour spéciale au sein du système judiciaire national qui inclurait des enquêteurs sud soudanais et internationaux et permettrait à des juges sud soudanais et internationaux spécialisés de traduire en justice les responsable de crimes internationaux. Ces mécanismes devront également inclure l’établissement d’une Commission Vérité et Réconciliation qui favoriserait un processus de vérité/mémorisation et permettrait ainsi aux communautés de reconstruire des relations basées sur la confiance, d’apprendre à vivre ensemble et de reconstruire leur pays. Ces mécanismes doivent garantir la participation des victimes durant la procédure ainsi que leur protection et la protection des témoins. Compte tenu du contexte actuel, le soutien de la communauté internationale sera nécessaire pour s’assurer que ces mécanismes soient indépendants, impartiaux et qu’ils disposent des moyens matériels et humains nécessaires à la conduite de leur mission. La communauté internationale devra également veiller à ce que les victimes et témoins ne soient pas sujets à d’autres violences.

Ces mécanismes vont nécessiter l’investissement de toutes les forces du Soudan du Sud : les défenseurs des droits de l’Homme, les avocats, les travailleurs sociaux, les historiens, les leaders traditionnels devront être pleinement associés afin d’assurer une large appropriation du processus et de servir une paix durable.

Karim Lahidji est Président de la FIDH et Arnold Tsunga est directeur Afrique de la Commission internationale des juristes et ancien Vice-Président de la FIDH

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