La RDC sous surveillance : le Conseil des droits de l’homme place le pays au centre de son attention

30/09/2016
Communiqué
RDC
en fr

(Genève, Paris) Le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a placé aujourd’hui la République démocratique du Congo (RDC) sous surveillance en adoptant une résolution qui l’inscrit au centre de son attention. Cet acte politique fort était indispensable pour répondre à la crise des droits humains qui secoue la RDC dans le contexte électoral, alors que tous les signaux sont au rouge et que les violences n’ont de cesse de se multiplier.

« C’est un message limpide que les Nations unies viennent d’envoyer au président Kabila : respectez l’État de droit, la Constitution et le processus électoral, sinon vous aurez à en répondre devant la communauté internationale. Le Conseil des droits de l’homme rappelle ainsi que le respect des échéances électorales et la protection des droits humains sont intimement liés, en RDC comme partout ailleurs. »

Dimitris Christopoulos, président de la FIDH

La résolution adoptée aujourd’hui exprime de profondes inquiétudes quant aux violences commises dans le contexte des élections, notamment l’usage disproportionné de la force contre les manifestants qui exigent le départ du président Kabila au terme de son second mandat – limite fixée par la Constitution –, le 19 décembre 2016. Elle pointe également les restrictions croissantes aux libertés fondamentales, notamment les détentions arbitraires, les menaces contre la société civile, les journalistes et les membres de partis politiques, et les entraves aux libertés d’expression et de manifestation.

La résolution prévoit l’organisation de débats publics sur la RDC à chacune des trois sessions ordinaires du Conseil en 2017 et ouvre la voie à des actions supplémentaires – notamment sous la forme d’une session extraordinaire à laquelle la FIDH avait appelé en juillet 2016. Cette attention accrue sur la RDC est conforme aux demandes que nous avions formulées au Conseil en amont de sa 33ème session, qui s’achève ce soir.

« Le Conseil des droits de l’homme a fait un pas dans la bonne direction, mais le véritable test résidera dans sa capacité à réagir aux développements sur le terrain, d’autant que ceux-ci pourraient menacer la stabilité régionale. Le Conseil doit être vigilant et se tenir prêt à contribuer encore davantage aux efforts internationaux pour la prévention d’une crise dont les conséquences pourraient être incalculables. »

Paul Nsapu, président de la Ligue des Électeurs

Le 19 septembre, la FIDH, ses organisations membres et partenaires en RDC, et les organisations membres de la coalition #MonVoteDoitCompter avaient appelé les autorités congolaises à mettre un terme à la répression et garantir les libertés d’expression et de manifestation alors que des mobilisations d’ampleur étaient en cours dans différentes villes du pays, notamment Kinshasa, pour demander le départ du président Kabila en décembre 2016.

Pourtant, les forces de l’ordre ont, à nouveau, brutalement réprimé les manifestations pourtant autorisées par le gouvernement. D’après le bilan dressé par nos organisations, entre le 19 et le 20 septembre, plusieurs dizaines de civils auraient été tués à Kinshasa par les forces de l’ordre, qui ont notamment fait usage d’armes létales et ont tiré à balles réelles sur la foule. Plus d’un millier de manifestants, notamment des membres de l’opposition politique et de la société civile indépendantes ainsi que des journalistes ont été arbitrairement arrêtés et détenus, parfois au secret. Nombre d’entre eux sont encore en détention. Des hommes, dont certains en tenue policière, ont également participé au saccage des sièges de différents partis de l’opposition, dont au moins quatre (UDPS, FONUS, ECIDE et MLP) ont été incendiés. Les sièges de deux partis de la majorité présidentielle ont aussi été visés. Dans d’autres villes du pays, notamment Kisangani et Goma, des activistes des droits humains ont été arrêtés, notamment quatre militants du mouvement Filimbi à Kisangani, à savoir Me Cathy Bosongo et MM. Simplice Kapipa, Gauthier Kasonya et Abedi Radjabu. Ils sont toujours détenus, et certains d’entre eux auraient subis des actes de torture.

Nos organisations exhortent les autorités congolaises à cesser la répression des voix opposées au maintien au pouvoir du président Kabila et à libérer de façon immédiate et inconditionnelle les personnes arbitrairement détenues ou détenues au secret.

Lire la suite