Ouganda : après les élections, justice pour les militants, les journalistes et les opposants politiques

27/01/2021
Communiqué
en fr

Kampala, Nairobi, Paris – Les forces de sécurité ont quitté la maison de l’opposant Bobi Wine, en application de la décision de la Haute Cour d’Ouganda. La FIDH et son organisation membre en Ouganda, la Foundation for Human Rights Initiative (FHRI) saluent la décision de la Cour et son application, tout en condamnant l’usage de la force, le rétrécissement continu de l’espace démocratique après le scrutin présidentiel et appelle à la fin du harcèlement des opposants politiques, des militants et des journalistes.

Le 26 janvier 2021, la police et l’armée ont quitté la maison de Robert Kyagulanyi, alias Bobi Wine, en application de la décision de la Haute Cour d’Ouganda rendue le 25 janvier en faveur de l’opposant qui avait déposé une requête pour détention illégale. [1] La Cour avait exigé la libération de Bobi Wine et de sa femme en demandant aux forces de l’ordre de quitter leur domicile qu’ils occupaient sans aucune base légale depuis le jour des élections [2].

Les élections présidentielle et législatives se sont tenues le 14 janvier à l’issue d’une campagne électorale violente lancée en novembre 2020. Sans surprise , les résultats annoncés par la Commission électorale ont donné vainqueur le président sortant, Yoweri Museveni, qui entame ainsi son sixième mandat successif.

À la veille du scrutin, l’armée s’était déployée dans Kampala et ses environs, notamment autour de la maison du principal opposant politique au président sortant, ledit Bobi Wine, qui est resté retenu illégalement, interdit de sortir de sa propriété ni de recevoir des personnes de l’extérieur [3] et cela malgré l’annonce des résultats [4]. Bobi Wine, harcelé pendant toute la campagne [5], a rejeté les résultats en dénonçant des fraudes et des irrégularités [6].

Les partisans de la Platerforme d’union nationale (National Unity Platform NUP, le parti de Bobi Wine) et les agents électoraux ont été systématiquement attaqués, intimidés, enlevés et brutalisés pendant et après les élections conduisant à la disparition et à la mort de certains [7]. D’autres candidats d’opposition ont déclaré qu’ils avaient été empêchés de s’exprimer en public par les autorités [8].

Le groupe de surveillance des élections en Afrique (African Elections Watch Group), dont l’organisation membre de la FIDH au Kenya, Kenya Human Rights Commission (KHRC) fait partie, a récemment condamné les arrestations arbitraires de 26 membres de la société civile pendant leur mission d’observation. Ils sont détenus au siège de la Direction des enquêtes criminelles et du renseignement à Kampala [9].

Des irrégularités ont été relevées par les membres de la société civile le jour de les élections. Un million d’électeurs éligibles qui, au vu de leur jeune âge, étaient plus susceptibles de voter pour Wine, n’ont pas été enregistrés par la Commission électorale nationale ougandaise. Laquelle a déclaré qu’elle n’avait pas les moyens matériels de les enregistrer [10].

L’absence de missions d’observation internationales, bloquées par les autorités ougandaises, la fermeture d’internet et des réseaux sociaux, l’intimidation militaire et la censure imposée aux journalistes par les forces de sécurité pendant tout le processus électoral confirme la tendance autoritaire suivie par le régime de Museveni [11] et le déclin de la démocratie en Afrique [12].

La FIDH et la FHRI saluent la décision de la Haute Cour et son application par les forces de l’ordre qui ont quitté le domicile de Bobi Wine et sa femme, occupé illégalement. Nos organisations appellent à aller plus loin en relâchant ses partisans et tout prisonnier politique enfermé illégalement, de mettre fin au harcèlement violent des défenseurs et des militants des droits humains et des journalistes. Et enfin, d’ouvrir des enquêtes criminelles, premier pas vers la comparution des coupables présumés devant la justice.

Nos organisations appellent également l’Union africaine, la communauté des États d’Afrique de l’est et la communauté internationale à condamner le rétrécissement de l’espace démocratique en Ouganda et l’usage excessif de la force par les forces de sécurité. Ainsi qu’à un retour au calme et au dialogue.

Contexte
Yoweri Museveni se maintient au pouvoir depuis 1986, après avoir amendé la Constitution deux fois et n’a pas l’intention de lâcher le pouvoir. Depuis le début de la campagne électorale lancée en novembre 2020, les défenseurs des droits humains, les opposants politiques et les journalistes sont confrontés à une campagne de harcèlement ininterrompue. La campagne électorale a été marquée par un usage excessif de la force, des arrestations et des détentions arbitraires, des assassinats de civils et des restrictions de communication sur internet. Le déploiement de l’armée pendant la campagne électorale a entraîné un recours disproportionné à la violence et a conduit à la mort de 50 personnes. Le gouvernement a justifié cette violence, expliquant qu’elle était nécessaire à la bonne application des mesures de sécurité exigées par la pandémie de Covid-19 [13].

Les résultats des élections législatives dressent le tableau d’une situation mitigée dans l’allocation des sièges entre le parti au pouvoir et l’opposition, alors qu’elles se sont tenues le même jour que les élections présidentielles. Les membres de l’opposition qui ont voté pour des listes d’opposition, en particulier celle du NUP, ont eux aussi subi de la violence. Dans l’ensemble, les élections des conseils locaux qui se sont tenues le 25 janvier 2021 se sont déroulées dans le calme et ont enregistré un taux de participation très faible.

Lire la suite
communique