Le prix Rafto 2011 est attribué à l’association « Minorités Sexuelles d’Ouganda » (MSO) via leur président Frank Mugisha

13/10/2011
Communiqué
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Des défenseurs admirables de l’humain

Le prix Rafto 2011 est attribué à l’association « Minorités Sexuelles d’Ouganda »1 (MSO), via leur président Frank Mugisha, pour son travail afin que les droits de l’homme les plus élémentaires soient ceux de tous et pour que personne ne soit discriminé en raison de son orientation sexuelle ou de son identité de genre.

En Ouganda, la situation des droits de l’homme s’est détériorée ces dernières années en général, mais en particulier pour les minorités sexuelles. Elles sont pointées du doigt comme étant la cause de problèmes sociaux et sont un « ennemi facile » pour les politiciens qui les attaquent afin de récolter plus de soutien. Dans ce contexte, le travail de MSO est d’une grande importance. Leur lutte concerne un des buts les plus élémentaires des droits de l’homme : protéger chaque individu contre les attaques de l’autorité et de la majorité. La fondation Rafto souhaite, par son prix, apporter son soutien à la lutte contre ce que l’ex-président de l’association, Victor Juliet Mukasa, a qualifié d’indigne « soutien de l’Etat à l’homophobie qui se répand sur tout le continent africain ».2
Ce texte est un extrait de la justification de la Fondation Rafto.

L’ensemble de la justification est disponible en norvégien sur le site de la fondation Rafto (www.rafto.no) MSO est une coalition d’associations qui travaille pour les droits de l’homme des lesbiennes, homosexuels, bisexuels, transsexuels ou intersexuels (personnes LHBTI, ou « minorités sexuelles » selon l’appellation de MSO). Depuis sa création en 2004, MSO a su s’établir comme puissant canal de communication pour ces minorités stigmatisées et persécutées. La coalition a été un acteur central dans la lutte contre une « loi contre l’homosexualité »,3 et utilise l’ensemble de l’appareil judiciaire pour porter devant les tribunaux des cas de violences ou d’harcèlement de la part de l’Etat ou d’acteurs privés. De plus, MSO aide également des personnes privées qui sont exposées à des attaques.

Les minorités sexuelles « polluent la société »

Frank Mugisha et ses collègues de MSO mènent avec un grand engagement le combat pour le respect des droits de minorités sexuelles. Les personnes qui rompent avec les normes en ce qui concerne l’identité de genre ou l’orientation sexuelle s’exposent actuellement à de graves attaques en Ouganda. L’homosexualité est publiquement qualifiée de « non africaine » et de « pollution contagieuse » qui détruit la société et doit donc être éliminée.4 Les lesbiennes, homosexuels, bisexuels, transsexuels ou intersexuels sont exclus de leur famille et de la société locale. Ils se retrouvent sans filet de sécurité social. Beaucoup d’entre eux perdent leur travail ou leur bourse d’étude, et doivent dès lors habiter dans des bidonvilles.5 Un activiste de MSO a été tué.

Frank Mugisha dit qu’il vit constamment dans la peur : « I don’t know what could happen to me at any minute. I do not know who wants to hang me, I do not know who wants to attack me ».6 David Kato, un activiste de MSO a été assassiné dans sa maison en janvier 2011. Cet assassinat a fait suite à la publication de la photo de Kato en première page d’un journal local « Rolling Stone » qui avait pour titre « Les 100 homosexuels les plus connus d’Ouganda. Pendez-les ! ». Kato et deux autres activistes ont intenté une action en justice et ont obtenu la condamnation du journal.7 Mais peu de temps après il fut assassiné.

Viktor Juliet Mukasa, un de fondateur de MSO s’identifie comme une personne lesbienne et transsexuelle. Pendant son enfance il était battue par son père parce qu’il se conduisait comme un garçon. Il fut encouragée à chercher de l’aide auprès de l’église. Là, il fut déshabillée et frappée devant un grand nombre de personnes afin que « les mauvais esprits sortent de mon corps ». 8 En 2005, sa maison a été perquisitionnée illégalement par la police. Mukasa a intenté un procès et a gagné mais il a dû quitter le pays.9

Une femme lesbienne qui a dû quitter le pays après avoir été frappée et menacée par une foule et avoir vu sa maison brûlée, explique : « They would point and shout at us in the street. They would swear or say ’You lesbians, that is disgusting. It is against nature. Heaven will not accept you ».

Elle s’inquiète de ce qui va se passer à son retour en Ouganda depuis que l’asile politique lui a été refusé en Angleterre.10

Loi contre l’homosexualité

Frank Mugisha et ses collègues ne peuvent pas compter sur une protection de la part des autorités ougandaises. Les rapports sexuels entre personnes de même sexe sont interdits depuis l’époque coloniale, et peuvent, en principe, être punis d’emprisonnement à vie.11 Un projet de loi d’Octobre 2009 - « loi contre l’homosexualité » - propose l’emprisonnement à vie comme peine minimale et la peine de mort en cas de récidive ou si la personne est séropositive, ou a eu des rapports sexuels avec un mineur.12
Ceux qui ne signalent pas les « actes homosexuels » aux autorités, ou qui « promeuvent l’homosexualité », par exemple en soutenant un travail éducatif en faveur de l’homosexualité, risquent l’emprisonnement. Le projet de loi n’a pas encore été adopté, mais les débats répétés ont radicalement aggravé les conditions des minorités sexuelles, et on s’attend à ce que le projet de loi puisse en tout temps être à nouveau examiné. Beaucoup expriment que les lesbiennes et les homosexuels n’ont pas valeur d’êtres humains et qu’ils doivent être tués. Peu osent faire entendre leurs cas. Dans cette situation, le travail de Frank Mugisha et MSO est vital.

Distraction politique

La situation pour les minorités sexuelles en Ouganda doit être vue dans le contexte des développements politiques du pays où le président Yoweri Museveni est au pouvoir depuis 25 ans. Des politiciens ougandais tels que David Bahati, se servent des minorités sexuelles comme boucs émissaires pour justifier les problèmes sociaux. Les minorités sexuelles servent de paratonnerre utile contre les violations des droits humains, la corruption et la mauvaise gestion du pays. En tirant avantage des préjugés des gens, les forces anti-démocratiques disposent d’une plus grande latitude. Il est important que la communauté internationale ait une vision générale de la situation et que le gouvernement ougandais ne puisse pas utiliser la « loi contre l’homosexualité » pour éviter qu’elle ne se concentre sur d’autres violations des droits humains.

La situation en Ouganda n’est malheureusement pas unique. La mobilisation politique et sociale contre les minorités sexuelles est en augmentation dans de nombreuses parties de l’Afrique – souvent, comme en Ouganda, soutenu par les églises conservatrices américaines. Une majorité de pays en Afrique et au Moyen-Orient ont des lois strictes en ce qui concerne la sodomie et les homosexuels risquent la peine de mort dans plusieurs pays musulmans.13 La discrimination et le harcèlement des minorités sexuelles est toujours un problème dans de nombreuses parties du monde, même lorsque la législation respecte formellement ce qui concerne l’orientation sexuelle et l’identité de genre dans le cadre du droit à la vie privée.

La responsabilité internationale

En attribuant le prix Rafto 2011 à MSO et Frank Mugisha et leur lutte pour les le respect de minorités sexuelles, la fondation Rafto veut souligner que les droits humains concernent tout le monde et qu’il est inacceptable de persécuter ou de discriminer quiconque en raison de son orientation sexuelle ou de son identité de genre.
Les autorités norvégiennes ont déclaré que la protection des droits des minorités sexuelles a la priorité dans la lutte contre les discriminations.14 La fondation Rafto approuve cette décision et veut par son prix soutenir mais encore responsabiliser les autorités norvégiennes ou d’autres autorités dans ce travail. Nous souhaitons également contribuer à ce que la lutte contre la discrimination contre les minorités sexuelles soit une priorité pour les organisations privées et les entreprises travaillant en Ouganda et dans d’autres pays où ces groupes sont soumis à des violences.

La fondation Rafto veut aussi mettre l’accent sur la situation très grave des droits de l’homme en Ouganda et soulignent que la lutte de MSO et Frank Mugisha pour la dignité humaine pour un groupe particulièrement vulnérable, fait partie d’une grande lutte pour la démocratie et la justice sociale. La fondation Rafto décernera le prix Rafto 2011 à Frank Mugisha et ses collègues reconnus pour leur travail en faveur des droits de l’homme, et espère que cette attribution aidera à améliorer leur protection et sera une source d’inspiration pour leur travail à venir dans une situation vulnérable et difficile.

Fondation Rafto, Bergen, mercredi 17 août 2011

Le prix Rafto 2011 sera remis au Théâtre National (Den Nationale Scene), à Bergen, Norvège, dimanche 6 Novembre. La cérémonie aura lieu de 18h à 19h30.

En 1986, suite à au décès du professeur Thorolf Rafto est née la foundation Rafto à Bergen, Norvège. Cherchant à poursuivre l’œuvre du professeur, cette fondation est une reconnaissance de son engagement en faveur des oppressés et persécutés de ce monde.
Le Rafto est un prix des droits de l’Homme remis en mémoire du professeur Thorolf Rafto.
Ce prix est remis chaque année par la fondation Rafto. Certains lauréats ont ensuite reçu un prix Nobel de la paix : Aung San Suu Kyi, Burma (Prix Rafto 1990), « people of East‐Timor » de Josè Ramos‐Horta (Prix Rafto 1993), Kim Dae‐jung, Corée du Sud (Prix Rafto Prize in 2000) et Shirin Ebadi, Iran (Prix Rafto Prize 2001). Le prix Rafto contribue à pointer du doigt des violations des Droits de l’Homme et des peuples et communautés qui requièrent l’attention de la communauté internationale.
Www.rafto.no

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