La lutte contre le terrorisme, prétexte au musellement de la société civile

Les autorités mauritaniennes ont entamé -depuis le début du mois- une campagne de répression à l’encontre des acteurs de la société civile, magistrats, opposants politiques, représentants religieux et étudiants, toutes ethnies confondues.

Du 18 au 22 mai, plusieurs dizaines de personnalités mauritaniennes ont été arrêtées par les forces de police. On compte parmi ces personnalités, des magistrats, notamment le président du tribunal de Toujounine et le président de chambre du tribunal régional de Gorgol, arrêtés dans l’exercice de leurs fonctions, en violation des règles nationales relatives aux procédures de poursuite. Le directeur de la bibliothèque nationale, un ancien ambassadeur, le directeur de l’institut Akraa spécialisé dans la
formation professionnelle des étudiants des écoles coraniques et le directeur de l’ONG de bienfaisance des Emirats arabes unis en Mauritanie ont été également arrêtés. Le bureau des œuvres caritatives des Emirats arabes unis de Nouakchott a été fermé, plusieurs employés ont été arrêtés, le matériel et l’ensemble du mobilier ont été confisqués.
Le 22 mai 2003, plusieurs femmes ont également été arrêtées à leur domicile sans mandat d’arrêt, parmi lesquelles un professeur et un chercheur. Il semblerait que leurs arrestations aient été motivées par le fait que ces femmes se rencontraient régulièrement pour se consacrer à l’étude du Coran. L’ensemble de ces personnes est détenu au secret depuis leur arrestation, sans qu’aucune charge ne soit prononcée à leur encontre, et n’a pu avoir aucun contact avec leurs familles ou leurs avocats, au mépris le plus flagrant des règles relatives au droit à un procès équitable.
Ces actes de répression s’inscrivent dans une vague d’arrestations sans précédent qui a commencé au début du mois de mai à l’encontre de représentants politiques du parti NOUHOUD, du maire d’Arafat et d’une dizaine de représentants religieux mauritaniens (cf communiqué du 13 mai 2003). A ce jour, les imams n’ont toujours pas comparu devant le juge malgré l’expiration du délai de garde à vue et les membres de l’opposition sont maintenus en détention.
La Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) considère que ces arrestations - massives -, qui interviennent dans un contexte pré-électoral, relèvent d’une stratégie visant à museler toute forme d’opposition. Le climat qui entoure la préparation des élections présidentielles prévues pour novembre 2003 est caractérisé par des tensions entre les autorités et la société civile, avivées par la guerre en Irak et par le soutien inconditionnel apporté par l’Etat mauritanien au gouvernement américain, soutien mis en cause par la population. Dans cette stratégie de maintien au pouvoir à tout prix, les autorités mauritaniennes utilisent la lutte contre le terrorisme international pour justifier ces arrestations.
A cet égard, les propos du Premier Ministre de Mauritanie, Cheikh El-Avia Ould Mohamed Khouna, sont exemplaires : le 18 mai 2003, il a qualifié les personnes arrêtées de "terroristes islamistes à la solde de pays étrangers", et a affirmé qu’ "elles constituaient une menace réelle sur le pays". Dénonçant le "danger rampant qui se cache derrière l’Islam", le Premier Ministre a appelé tous les mauritaniens à lutter contre ce "fléau".
La FIDH est extrêmement inquiète de ce nouveau manquement de l’Etat mauritanien aux principes inhérents à un Etat de droit et considère que la lutte contre le terrorisme - légitime et nécessaire - est détournée de son objectif premier, utilisée par les autorités mauritaniennes pour renforcer leur propre pouvoir au détriment de leurs engagements en matière de droits de l’Homme. Les propos tenus par le Premier Ministre participent de cette stratégie et reposent sur un amalgame qui ne peut qu’être dénoncé.
La FIDH considère que ces détentions sont arbitraires, en ce qu’elles sont en totale contradiction avec les instruments internationaux relatifs aux droits de l’Homme universellement reconnus, qui garantissent les libertés d’expression, d’opinion et d’association, et le droit de participer à la vie politique. La FIDH note également que ces arrestations constituent une violation flagrante de la législation nationale relative à la procédure pénale.
La FIDH demande aux autorités mauritaniennes de procéder à la libération immédiate des personnes arbitrairement détenues et de garantir leur intégrité physique et morale.

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