Mali : Les luttes de pouvoir au Sud et au Nord laissent craindre une nouvelle escalade de la crise

A la suite des affrontements de ces derniers jours à Bamako, la FIDH et son organisation membre au Mali, l’Association Malienne des Droits de l’Homme (AMDH) restent profondément préoccupées par cette nouvelle étape de la crise malienne, caractérisée par la lutte pour le contrôle de la transition politique au Sud et l’opposition grandissante entre les groupes rebelles pour la maîtrise du Nord. Nos organisations appellent la communauté internationale à agir pour éviter l’enlisement de la crise et de nouveaux affrontements.

Le lundi 30 avril, plusieurs unités de commandos parachutistes, les Bérets rouges fidèles à Amadou Toumani Touré, ont attaqué plusieurs lieux stratégiques de la capitale et de ses alentours, notamment la ville-garnison de Kati, l’aéroport international de Bamako-Senou et le siège de la télévision nationale (ORTM). Il semblerait que cette attaque ait été précipitée à la suite d’une rumeur d’arrestation imminente d’Abidine Guindo, le chef des commandos parachutistes. S’en sont suivis jusqu’au 1er mai au matin, de violents affrontements à l’arme lourde opposant les Bérets rouges aux militaires fidèles à la junte, principalement les Bérets verts et la gendarmerie. Selon la plupart des médias, on dénombrerait une vingtaine de victimes, tandis que l’AMDH avance un bilan bien plus lourd. Des centaines de blessés ont afflué vers les hôpitaux de la capitale. Une dizaine d’hommes armés présentés comme des mercenaires étrangers se battant aux côtés des Bérets rouges ont été arrêtés et seraient toujours détenus au camp de Kati par les éléments de la junte.

« Le calme est revenu à Bamako, mais l’on retrouve encore des corps gisant ça et là dans les rues », a déclaré Moctar Mariko, président de l’AMDH. « La population civile est la première victime de ce conflit entre factions militaires », a-t-il déploré. « La communauté ouest-africaine, et plus largement, la communauté internationale doivent intervenir, notamment en apportant leur aide à l’armée républicaine malienne, afin de s’interposer entre les belligérants avant que la situation ne tourne au règlement de comptes. La population civile malienne est prise en otage, tant au Nord du pays qu’à Bamako . Les violences et tensions n’ont que trop duré, les pertes humaines ne font que s’accroître. Nous condamnons à nouveau tous ces actes et appelons à un cessez-le-feu durable qui permettra au gouvernement civil d’achever la transition », a-t-il ajouté.

« Les manœuvres pour la prise de pouvoir et le contrôle de la transition politique doivent cesser immédiatement », a déclaré Souhayr Belhassen présidente de la FIDH. « Il faut garantir au gouvernement civil de transition la possibilité de mener à bien ses missions sans que plane le risque permanent d’un coup d’État ou d’un contre-coup d’État », a-t-elle ajouté.

La situation au Nord du pays connaît de nouvelles tensions malgré un calme apparent. Ançar Dine semble contrôler les grandes villes et le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) leurs périphéries. D’autres mouvements s’organisent et entrent dans la lutte pour la prise du pouvoir dans cette région. Le 25 avril, un nouveau groupe rebelle créé par des tribus arabes, le Front national de libération de l’Azawad (FNLA), s’est opposé à Ançar Dine à Tombouctou. Ançar Dine leur a déjà ordonné de quitter les lieux et parallèlement, semble vouloir se rapprocher du MNLA pour s’assurer le contrôle de la région et ainsi dissuader tout autre groupe d’occuper la ville.

Au lendemain d’un sommet des chefs d’État de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) à Dakar, nos organisations appellent la communauté internationale à se mobiliser plus massivement pour assurer une gestion de la transition politique par un pouvoir civil dégagé de toute pression des militaires. « Il faut sortir de la passivité. Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine et le Conseil de sécurité des Nations unies doivent imposer aux acteurs de l’instabilité, le respect de la feuille de route pour la sortie de crise qui passe par l’organisation des élections », a déclaré Sidiki Kaba président d’honneur de la FIDH.

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