Burundi : La communauté internationale doit agir vite pour prévenir l’irréparable

06/11/2015
Communiqué
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© JOEL SAGET / AFP

(Paris, Bujumbura) La FIDH, la Ligue ITEKA et la LDGL condamnent avec la plus grande fermeté l’assassinat survenu ce jour, de Willy Fleury Nzitonda, fils du défenseur des droits humains, Pierre Claver Mbonimpa, et s’inquiètent du risque imminent d’une généralisation de la violence au Burundi. Les propos menaçants et incendiaires tenus par plusieurs hautes personnalités burundaises conjugués à la poursuite des exécutions sommaires et extra-judiciaires contraignent aujourd’hui les habitants de plusieurs quartiers de la capitale à fuir par crainte pour leur sécurité. Alors que l’ultimatum lancé par le Président de la République à ceux qu’il qualifie de « criminels armés » arrive à expiration demain, samedi 7 novembre 2015, nos organisations exhortent la communauté internationale à agir vite pour prévenir l’irréparable.

« La rhétorique incendiaire et les menaces proférées par les autorités, sur fond de blocage du dialogue politique et de poursuite d’exactions d’une extrême gravité, laissent entrevoir une généralisation imminente de la violence au Burundi. L’Union africaine et les Nations unies doivent prendre la mesure de la situation en adoptant des sanctions individuelles contre les instigateurs de la violence et en se tenant prêtes à intervenir pour protéger les civils »

Karim Lahidji, Président de la FIDH

« Ceux qui incitent ou commettent les crimes odieux d’ores et déjà à l’œuvre au Burundi doivent comprendre que leur responsabilité pénale pourrait être engagée. Des crimes commis à grande échelle pourraient relever de la compétence de la Cour pénale internationale, comme l’a déjà déclaré la Procureure de la CPI en mai dernier. Nous lui demandons de continuer à suivre de très près l’évolution de la situation au Burundi et rappeler sa possible compétence pour prévenir la perpétration de crimes les plus graves »

Dismas Kitenge, Vice-président de la FIDH

Le lundi 2 novembre, le Président de la République, Pierre Nkurunziza a lancé un ultimatum à ceux qu’il a qualifié de « criminels armés », les appelant à déposer les armes et à se rendre d’ici au samedi 7 novembre. Dans son discours à la nation prononcé en Kirundi [1], il a précisé qu’il s’agissait du dernier appel, « sinon, vous allez regretter pourquoi vous avez rejoint les rangs des criminels armés ». Avant cela et depuis lors, plusieurs autres hauts représentants de l’État, parmi lesquels le Président du Sénat, Révérien Ndikuriyo, le Ministre de la Défense, Emmanuel Ntahomvukiye et le Ministre de la sécurité, Alain Guillaume Bunyoni, ont tenus des propos incendiaires, laissant entendre que tous les moyens seront entrepris pour neutraliser les récalcitrants.

Révérien Ndikuriyo a ainsi déclaré le 30 octobre dernier [2], « aujourd’hui, les policiers tirent au niveau des jambes pour ne pas tuer alors qu’on leur lance des grenades. Le jour où on va leur dire « travailler », ne venez pas pleurer » [3]. Emmanuel Ntahomvukiye a pour sa part déclaré, « si on attrape quelqu’un avec une arme, qu’il ne vienne pas se lamenter. Ceux qui vont pleurer ou crier seront considérés comme des complices » [4]. Quant à Alain Guillaume Bunyoni il a indiqué que « même si les forces de l’ordre ne parvenaient pas à ramener la sécurité, on a une population de 9 millions de personnes à qui il suffit de faire signe […] En quelques minutes, ils seraient ici […] Qui survivrait alors parmi ceux qui n’accepteraient pas d’aller au même pas ? » [5].

L’émission récente de mandats d’arrêts internationaux et de demandes d’extradition d’opposants politiques, de journalistes et de défenseurs des droits humains en exil, illustrent également le durcissement opéré par le régime en place et son absence de toute volonté de parvenir à un dialogue constructif et inclusif.

À la veille de l’expiration de l’ultimatum lancé par le Président de la République, les habitants de plusieurs quartiers de Bujumbura, dont les quartiers jugés contestataires du régime, tels ceux de Mutakura, de Cibitoke ou encore de Nyakabiga, fuient par crainte pour leur sécurité. Ces craintes sont exacerbées par la poursuite des cas d’exécutions sommaires et extra-judiciaires perpétrés depuis plusieurs semaines. Aujourd’hui, des cadavres continuent d’être découverts dans les rues de la capitale et dans plusieurs cas, les corps des victimes auraient été mutilés. Nos organisations s’inquiètent par ailleurs des informations faisant état de la poursuite d’actes de torture dans les lieux de détention.

Contexte


Le passage en force du président Pierre Nkurunziza pour un troisième mandat a profondément divisé le Burundi qui tentait de reconstruire une démocratie après la sanglante guerre civile qui a fait près de 300.000 morts entre 1993 et 2005. Dans leur rapport d’enquête de mai 2015, « Éviter l’embrasement au Burundi. », la FIDH et la ligue ITEKA, pointaient déjà les violences politiques en cours et les risques d’embrasement si une issue politique à la crise n’était trouvée rapidement. Depuis, l’annonce par le président Nkurunziza de sa volonté de briguer un troisième mandat, les violations des droits humains n’ont cessé de se multiplier au Burundi. La famille de l’éminent défenseur des droits humains Pierre Claver Mbonimpa avait déjà été visée le 9 octobre 2015, date à laquelle Pascal Nshimirimana, époux de Zigène Mbonimpa, fille de M. Mbonimpa, avait été assassiné devant son domicile, par un jet de grenade et des tirs d’armes à feu alors qu’il se trouvait dans son véhicule.

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