Le 23ème Sommet de l’Union africaine doit être placé sous le signe de la Paix, de la Sécurité et de la Justice

20/06/2014
Communiqué

Le 23ème Sommet ordinaire de l’Union africaine (UA), qui s’ouvre aujourd’hui à Malabo, doit être placé sous le signe de la paix, de la sécurité et de la justice en Afrique.

Pour Karim Lahidji, Président de la FIDH, « dans un contexte de dégradation alarmante de la situation sécuritaire sur le continent africain, la priorité du Sommet de l’Union africaine doit être de décider de mesures concrètes pour enrayer et prévenir les cycles de violences qui n’épargnent aucune région du continent et affectent en premier lieu les populations civiles ».

En République centrafricaine (RCA), les populations civiles continuent de faire l’objet des pires atrocités. Les enquêtes récentes menées par la FIDH et ses organisations membres et partenaires dans ce pays, révèlent que des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ont été perpétrés et continuent de l’être par les anti-balaka et les séléka. Ces enquêtes démontrent également que les plus hauts responsables des crimes commis en RCA il y a quelques années, sont aujourd’hui les principaux acteurs du conflit en cours. Pour enrayer la violence, l’UA doit soutenir et renforcer les effectifs et le budget de la MISCA en attendant la mise en place de la MINUSCA et adopter des sanctions contre les présumés responsables des crimes commis. Pour un rétablissement durable de la paix et de la sécurité dans ce pays, elle doit soutenir les efforts des justices nationale et internationale pour lutter contre l’impunité des auteurs de crimes.

La dégradation de la situation politique et sécuritaire au Soudan, à l’approche d’élections générales à hauts risques officiellement prévues en 2015, devra également faire l’objet de toutes les attentions lors de ce Sommet. L’UA doit condamner fermement et publiquement la poursuite des bombardement indiscriminés, par les forces de défense et de sécurité nationales, contre les populations civiles du Sud Kordofan et du Nil Bleu, de même que la poursuite des affrontements au Darfour et réclamer justice et réparations pour les victimes. L’UA doit s’insurger contre la multiplication des arrestations et détentions arbitraires d’opposants politiques et de défenseurs des droits humains, réclamer leur libération et s’assurer que les autorités soudanaises répondent aux allégations d’actes de torture dont seraient victimes plusieurs des détenus. L’UA doit par ailleurs demander justice pour les victimes de la répression sanglante des manifestations de septembre 2013 qui aurait causé la mort d’au moins 170 personnes.

La forte instabilité politique et sécuritaire qui prévaut en Libye a connu des développements particulièrement préoccupants ces dernières semaines et ce alors que les élections législatives doivent se tenir le 25 juin. L’UA a un rôle clé à jouer afin d’encourager une solution politique respectueuse des droits humains et des libertés. Le nombre d’exécutions illégales ne cesse d’augmenter en particulier dans le cadre d’affrontements entre les différentes milices actives dans le pays. Les voix osant critiquer ces milices sont également l’objet de répression allant jusqu’au meurtre dans plusieurs cas. Le personnel judiciaire, et en particulier les femmes, sont l’objet de harcèlements et tentatives d’isolement. L’insécurité entrave sérieusement le fonctionnement de la justice et l’impunité des auteurs de crimes les plus graves reste la norme. L’UA doit appeler à des mesures effectives afin de mettre en fin à l’insécurité qui déstabilise la Libye. Elle doit également encourager le rétablissement d’un système judiciaire efficace, indépendant et respectueux des standards internationaux afin de mettre un terme à cette impunité généralisée.

Concernant le Soudan du Sud, la FIDH se félicite de la mise en place et du déploiement d’une Commission d’enquête de l’UA mandatée pour faire la lumière sur les violations des droits humains commises dans le cadre du conflit qui a éclaté en décembre 2013. Alors que la paix reste fragile dans ce pays, notre organisation attend que des recommandations concrètes en matière de lutte contre l’impunité des auteurs et responsables des crimes commis soient formulées à l’issue de cette enquête et que des mécanismes de soutien à des processus de justice soient établis sans délais par l’UA.

« Le dénominateur commun de toutes ces situations de conflits demeure l’impunité. Aux côtés des efforts de restauration de la paix et de la sécurité, l’Union africaine doit apporter un soutien politique, technique et financier à la lutte contre l’impunité des auteurs de crimes. Si elle veut être cohérente avec les objectifs qu’elle s’est fixés, elle doit soutenir le renforcement de l’appareil judiciaire national dans tous ces pays, coopérer avec la Cour pénale internationale et soutenir la mise en place de mécanismes de justice transitionnelle effectifs » a déclaré Sheila Muwanga Nabachwa, Vice Présidente de la FIDH.

Dans toutes les situations de conflits, l’UA doit par ailleurs poursuivre ses efforts dans la lutte contre les violences sexuelles et basées sur le genre. Elle doit en particulier développer une stratégie de lutte contre les discriminations à l’égard des femmes inscrites dans la loi et dans la pratique, contre la stigmatisation des victimes, l’impunité généralisée des auteurs de ces crimes ou encore le manque de représentation des femmes dans les processus de négociations de paix. L’UA doit également appeler ses États membres à garantir les droits et la protection des défenseurs des droits humains qui documentent et dénoncent les violations commises dans les situations de conflits et de crises et dont la sécurité est bien trop souvent menacée.

De même, dans un contexte de prolifération du terrorisme sur le continent, notamment au Mali, au Nigeria ou encore au Kenya, l’UA doit de toute urgence développer une stratégie globale de lutte effective contre ce fléau tout en appelant ses États membres à s’abstenir de légiférer et d’agir prétendument au nom de la lutte contre le terrorisme au mépris des conventions régionales et internationales de protection des droits humains.

L’UA doit enfin agir préventivement dans des situations qui sont aujourd’hui sources d’inquiétudes. À l’approche des élections générales d’octobre prochain au Mozambique, elle doit prendre au sérieux la menace de la reprise d’affrontements entre Frelimo et Renamo. Parallèlement, elle doit hausser le ton avec les autorités du Burundi, pays où les tensions entre et au sein des partis politiques, les conditions de sécurité dégradées et les entraves répétées aux libertés fondamentales, sont de nature à remettre en cause la tenue d’élections générales libres, transparentes et sécurisées en 2015. L’UA, dont plusieurs représentants se sont rendus ou exprimés récemment sur la situation au Burundi, doit en particulier appeler à la libération immédiate du défenseur des droits humains Pierre Claver Mbonimpa, dont l’arrestation et le maintien en détention illustre de manière préoccupante le durcissement en cours du régime. « Nous savons que les élections en Afrique sont des sources potentielles de crises graves voire de conflits. L’Union africaine doit prendre la mesure de ces risques et activer tous les leviers dont elle dispose, qu’ils soient politiques ou légaux, pour garantir la tenue de scrutins libres, transparents et sécurisés » a déclaré Mabassa Fall, Représentant de la FIDH auprès de l’Union africaine.

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