The Road to Guantanamo

29/05/2006
Communiqué

OURS D’ARGENT DU MEILLEUR RÉALISATEUR - FESTIVAL DE BERLIN 2006

Un film de : Michael Winterbottom et Mat Whitecross
Avec : Riz Ahmed, Farhad Harun, Waqar Siddiqui, Arfan Usman
Et les témoignages de : Ruhel Ahmed, Asif Iqbal et Shafiq Rasul
Directeur de la photographie : Marcel Zyskind
Son : Stuart Wilson
Décors : Mark Digby
Un film produit par : Andrew Eaton et Melissa Parmentier
Distribution France : CTV International
Durée : 1 h 35.
Sortie Nationale : 7 juin 2006

Synopsis

En septembre 2001, quatre amis, Ruhel, Asif, Shafiq et Monir partent de Tipton, en Angleterre, pour assister à un mariage au Pakistan et prendre quelques jours de vacances.
Seuls trois d’entre d’eux en reviendront... deux ans et demi plus tard.

Mêlant témoignages, documents d’archive et reconstitutions, The Road to Guantanamo raconte l’incroyable odyssée de ceux que l’on a pris coutume d’appeler les « Trois de Tipton ».

Des banlieues anglaises aux camps de Guantanamo, en passant par l’Afghanistan en guerre, The Road to Guantanamo raconte l’histoire de trois jeunes gens qui ont eu le tort de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. C’est aussi un réquisitoire contre les dérives indéfendables de la « guerre contre le terrorisme », et le monstre qu’elles ont créé.

Propos de Michael Winterbottom, réalisateur

Michael Winterbottom est l’un des cinéastes britanniques les plus talentueux et les plus prolifiques de sa génération. Il est notamment l’auteur de Jude (1996), Welcome to Sarajevo (1997), In this world (Ours d’argent au Festival de Berlin 2003), et plus récemment de Nine Songs et Tournage dans un jardin anglais (A cock and bull story).
Il signe avec son collaborateur Mat Whitecross son film le plus engagé à ce jour.

« On nous dit que les gens détenus à Guantanamo sont les terroristes les plus dangereux du monde, et que c’est pour se protéger d’eux que l’Amérique a été obligée de créer cette prison d’exception en dehors de tout cadre légal. Quand nous avons rencontré ces trois garçons, ils étaient tout ce qu’il y a d’ordinaire. Nous avons voulu montrer le gouffre entre ce que l’on pense des gens qui sont à Guantanamo et la réalité de cette rencontre.

La manière la plus simple et la plus efficace de raconter leur histoire était de les laisser le faire eux-mêmes dans le film, avec leurs propres mots.

Nous nous sommes efforcés de raconter leur version de ce qui leur est arrivé, exactement comme le ferait un avocat. Nous n’avons pas essayé de recroiser les faits ni de les vérifier. Notre seul objectif était de livrer un témoignage. Nous avons aussi essayé de ne pas trop dramatiser les relations entre les personnages.

La simplicité avec laquelle tout a basculé pour est déconcertante. Ces garçons se trouvaient dans une mosquée au Pakistan, l’imam a demandé à l’assistance d’aider les Afghans, la mosquée organisait le transport des personnes volontaires. Le lendemain, ils prenaient un car...

Comme pour Welcome to Sarajevo, nous avons choisi d’insérer dans le film des images d’actualités télévisées. A travers ces images et ces reportages, et que nous voulions rappeler aux gens de quoi il s’agit. Mais ce qui nous intéressait était aussi le contraste entre l’expérience de ces trois jeunes gens piégés sur le terrain, et notre regard extérieur. Quasiment toutes les informations que nous voyons à la télévision sont données du point de vue des caméras et des équipes de journalistes qui se trouvaient avec les Américains ou l’Alliance du Nord, et non aux endroits où étaient les garçons. On a ainsi une double perspective, la leur sur le sol bombardé, et celle des reporters aux côtés de ceux qui lâchent des bombes. »

Repères chronologiques

2001

- 13 septembre. George W. Bush demande au régime des Talibans l’extradition du chef d’Al-Qaïda, Oussama Ben Laden, cerveau présumé des attentats du 11 septembre.
- 7 octobre. Début de l’intervention américaine en Afghanistan. Violents bombardements sur les principaux fiefs talibans (Kaboul, Kandahar, Jalalabad).
- 26 octobre. Signature par George W. Bush du Patriot Act, qui crée des statuts d’exception pour les terroristes (notamment ceux de « combattant illégal » et de « combattant ennemi »).
- 7 décembre. Le régime des Talibans s’effondre avec la prise de la ville de Kandahar par l’Alliance du Nord, alliée des États-Unis.
- Décembre 2001, Donald Rumsfeld, le ministre de la Défense américain, décide de faire de la base navale américaine de Guantanamo le principal centre de détention pour les membres présumés d’Al Quaïda.

2002

- 10 janvier. Les premiers prisonniers capturés en Afghanistan arrivent au camp X-Ray à Guantanamo.
- 13 janvier. Asif et Shafiq arrivent à Guantanamo Bay.
- Fin janvier 2002 : La FIDH saisit le Groupe de travail sur la détention arbitraire des Nations unies. Elle fait valoir que l’illégalité autant que les conditions de détention à Guantánamo impliquent la libération des détenus et la fermeture du camp.
- 7 février. Un décret de George Bush permet aux Etats-Unis de se soustraire aux conventions de Genève « dans ce conflit »
- 10 février. A son tour, Ruhel arrive à Guantanamo Bay.
- 28 avril. Transfert des prisonniers du camp X-Ray vers le nouveau camp, « Delta ».

2004

- 5 mars. Shafiq, Asif et Ruhel sont ramenés en Angleterre. Interrogés par la brigade anti-terroriste. Ils sont libérés le lendemain sans qu’aucune charge ait été retenue contre eux.
- 10 mars. Le Comité International de la Croix Rouge estime que Washington use à Guantanamo de méthodes « frôlant la torture »
29 juin : The Center for Constitutional Rights (CCR), affilié américain de la FIDH, obtient de la Cour suprême la
reconnaissance du droit des détenus de Guantanamo à l’Habeas corpus, qui leur permet de contester la
légalité de leur détention devant une juridiction ordinaire indépendante. Aucun n’y est encore parvenu à ce jour.

2005

- 25 mai. Amnesty International publie sur Guantanamo un rapport qui évoque un « goulag de notre époque ».
- Juin-juillet. Des dizaines de détenus de Guantanamo entament une grève de la faim pour protester contre leurs conditions de détention.
- 30 décembre. Le Detainee Treatment Act retire toute compétence aux cours fédérales pour examiner la situation des détenus de Guantanamo.

2006

- 15 février. Un rapport de l’ONU demande de "Fermer les installations de détention de Guantanamo Bay sans délai supplémentaire" et que "soient jugés rapidement tous les détenus de Guantanamo" ou "libérés immédiatement"
- 3 mars. Publication par le Pentagone, à la suite d’une décision de justice, de 5000 pages de comptes-rendus d’audiences judiciaires militaires.

Guantanamo et au delà : les faits

On estime le nombre de détenus à être passés par Guantanamo à 760. La plupart ont été capturés en Afghanistan. Ils sont de 42 nationalités différentes (dont sept Français), mais les Afghans, les Yéménites et les Saoudiens sont très majoritaires.
490 prisonniers seraient encore incarcérés. Les autres ont été soit envoyés dans d’autres centres de détention, américains ou étrangers, soit libérés sans autre forme de procès (le Pentagone estimant qu’ils ne représentaient plus d’intérêt en terme de renseignement).

Guantanamo Bay est une base militaire américaine située au sud de l’île de Cuba. Les Etats-Unis la louent à Cuba depuis 1903 pour un loyer annuel de...4085 dollars, que Fidel Castro a toujours refusé d’encaisser en signe de protestation.
Ce statut d’extraterritorialité fait que les détenus ne sont pas soumis aux lois américaines.
Sous prétexte qu’ils n’appartiennent pas à un état signataire de la Convention, ils échappent également, par décision du gouvernement américain, au statut de prisonnier de guerre défini et protégé par la Troisième Convention de Genève (1949), ratifiée par les Etats-Unis. Celle-ci interdit notamment de soumettre les combattants capturés à des interrogatoires et décrète qu’ils ne peuvent être poursuivis que pour crime de guerre, à moins d’être déférés devant un « tribunal compétent ».

Guantanamo n’est pas un cas isolé : c’est un des maillons d’une chaîne de camps de détention qui comprend également la prison d’Abu Ghraib en Irak, les bases de Kandahar et de Bagram en Afghanistan et d’autres lieux secrets dirigés par les services de renseignement américains ou leurs alliés.

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