Grève de la faim de plusieurs personnalités politiques et défenseurs des droits de l’Homme

21/10/2005
Communiqué

L’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) expriment leur vive inquiétude devant la décision de plusieurs personnalités politiques et défenseurs des droits de l’Homme tunisiens d’entamer une grève de la faim illimitée.

Le 18 octobre 2005, MM. Ahmed Néjib Chabbi, Secrétaire général du Parti démocratique progressiste (PDP), Abderraouf Ayadi, Secrétaire général du parti du Congrès pour la république (CPR), Hamma Hammami, Porte-parole du Parti communiste ouvrier tunisien (PCOT), Mohamed Nouri, Président de l’Association internationale de soutien aux prisonniers politiques (AISPP), Ayachi Hammami, Président du Comité de soutien à Me Mohamed ABBOU et Secrétaire général de la section de Tunis de la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’Homme (LTDH), Samir Dilou, membre du bureau de l’AISPP et du Comité de défense de Mohammed Abbou, Mokhtar Yahyaoui, magistrat et Président du Centre pour l’indépendance de la justice (CIJ), et Lotfi Hajji, Président du Syndicat des journalistes tunisiens (SJT), ont décidé d’entamer une grève de la faim illimitée en signe de protestation contre la détérioration de l’état des libertés en Tunisie, et ce, à l’étude de Me Hammami, à Tunis. Ils revendiquent, entre autres, le respect du droit de réunion et d’association, la reconnaissance de tous les partis politiques, le respect des droits d’opinion, d’information, de communication et le libre accès à l’Internet, et demandent la libération de tous les prisonniers politiques.

Dès que les autorités tunisiennes ont eu connaissance de cette action, un important dispositif policier a été mis en place. Des policiers en civil et en uniforme ont encerclé le local de la grève et en ont interdit l’accès aux personnes venues soutenir les grévistes, dont Me Mokhtar Trifi, président de la LTDH, M. Mohamed Salah Khérigi, membre du comité directeur de la LTDH, MM. Mongi Ellouze, Issam Chebbi et Mme Maya Jéribi, membres du bureau politique du Parti démocratique progressiste (PDP), ainsi qu’un nombre important de militants de la société civile. Le 18 octobre, trois médecins qui essayaient d’accéder au local des grévistes pour les ausculter ont été injuriés par les forces de police présentes. Le 19 octobre à 10h, suite à la visite d’une délégation de la présidence de l’Union européenne, le siège du lieu de la grève de la faim a été levé.

Cette grève vient dénoncer une situation inégalée de répression et d’étouffement des libertés en Tunisie, se traduisant par une fuite en avant sécuritaire des autorités tunisiennes. Les partis politiques et des composantes toujours plus nombreuses de la société civile (syndicalistes, universitaires, avocats, jeunesse estudiantine, magistrats et défenseurs des droits de l’Homme) sont depuis plusieurs mois, et de manière croissante, marginalisés et asphyxiés. Cette dégradation préoccupante de l’état des libertés a récemment été illustrée par la condamnation et l’emprisonnement arbitraire de Me Mohamed Abbou, sanctionnant l’exercice de sa liberté d’expression, par les attaques répétées contre la LTDH allant jusqu’à l’agression physique de ses membres, par l’interdiction du congrès constitutif du SJT et par le coup de force contre l’Association des magistrats tunisiens (AMT).

La FIDH et l’OMCT rappellent que, depuis deux semaines, un mouvement de grève de la faim a été entrepris dans plusieurs prisons tunisiennes par des prisonniers politiques en signe de protestation contre leur maintien en prison depuis, pour certains d’entre eux, plus de quinze ans.

La FIDH et l’OMCT expriment leur plus vive préoccupation à l’égard de ces faits, et réaffirment leur soutien à l’ensemble des personnes et des mouvements en proie à la répression et à l’arbitraire. La FIDH et l’OMCT appellent le gouvernement tunisien à respecter ses engagements relatifs aux libertés fondamentales, notamment la liberté d’expression et d’association, garanties par les instruments internationaux ratifiés par la Tunisie, ce d’autant plus que la Tunisie accueille le Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI), qui doit s’y tenir du 16 au 18 novembre 2005.

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