La finance mondiale réunie en sommet au mépris des Droits Humains

09/11/2020
Déclaration
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Les 11 et 12 novembre, les plus grandes banques de développement du monde vont se réunir à Paris pour un sommet baptisé « Finance in Common » organisé par l’Agence Française de Développement (AFD). Au menu des discussions, grands enjeux de demain, pandémie et crise climatique. La FIDH, le Réseau DESC et la Coalition pour les droits humains dans le développement déplorent que les droits humains ne figurent pas à l’agenda et à peine dans la déclaration finale.

« Le sommet prétend réfléchir au monde de demain. Il prétend améliorer la gouvernance des banques publiques et veiller à la durabilité de la relance économique. La vraie question est de savoir comment on peut prétendre atteindre l’un de ces objectifs en refusant d’entendre la voix des laissés-pour-compte, en rejetant toute référence au cadre normatif fondé sur le principe de dignité humaine universel et en refusant de s’engager avec les communautés. Pour la société civile, de sérieuses interrogations demeurent : quel changement ? Avec quelle volonté politique réelle ? Et pour quels bénéficiaires ? », interroge Eléonore Morel, directrice générale de la FIDH.

Des centaines d’organisations de la société civile regrettent qu’avant même d’avoir commencé, ce sommet ressemble déjà à une occasion manquée : ceux qui sont immédiatement concernés par les projets de développement, les peuples autochtones, les communautés locales, les défenseurs des droits humains n’ont pas été invités.
« Dans le monde entier, des communautés continuent d’être affectées par des projets qui se développent au mépris des droits humains, de leur droit au consentement libre, préalable et informé et en l’absence de processus participatifs adéquats. Les populations locales se trouvent dépossédées de leurs terres ou précipitées dans la pauvreté. Le modèle capitaliste de développement tel qu’il est structuré et soutenu par ces banques est incompatible avec les droits humains tant il renforce l’injustice économique et sociale et affecte le climat. Dans l’Appel à action approuvé par les 135 membres du Réseau DESC (Réseau international pour les Droits économiques, sociaux et culturels) et 40 organisations alliées de plus de 60 pays, il est demandé que toutes les réponses qui seront trouvées en faveur d’une reprise juste et d’un développement durable soit centrée sur les droits humains et les droits environnementaux, conformément aux principes d’universalité, de participation, de transparence, d’égalité et de responsabilité », explique Binota Moy Dhamai, du réseau ESCR-Net.

Au cours de la dernière décennie, les activités financées par les banques publiques de développement ont donné lieu à de nombreuses violations des droits humains documentées dans des centaines de rapports. Les défenseurs des droits humains qui dénoncent ces projets désastreux sont accusés de freiner le développement, ils sont menacés, attaqués et souvent, tués. Malgré la reconnaissance mondiale de leurs droits à un consentement libre, préalable, informé et continu, les peuples autochtones voient leurs territoires pillés. Des communautés rurales et urbaines font l’objet d’expulsions forcées.
Un groupe de cinq rapporteurs spéciaux des Nations Unies et le groupe de travail « Business et droits humains » des Nations Unies ont adressé deux lettres au président de l’AFD, demandant urgemment de faire des droits humains et du développement mené par les communautés concernées les priorités du sommet de Paris. Les représentants de la finance internationale refusent toujours de s’engager significativement auprès de la société civile et de prendre en compte ses inquiétudes.

« Les communautés locales, les peuples autochtones et les défenseurs des droits humains connaissent mieux que tout le monde leurs priorités en matière de développement et la façon de les appliquer. Les banques de développement doivent s’appuyer sur cette expertise sans quoi elles continueront de causer toujours plus de dommages à la planète et à nous tous »

Siddharth Akali, directeur de la Coalition pour les Droits de l'homme dans le développement.
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