L’ACCES A L’EAU SACRIFIE SUR L’AUTEL DU MARCHE

Peut-on marchander un droit fondamental ?

Inégale répartition des ressources, accroissement démographique sans précédent, pollution des nappes phréatiques : l’eau, bien commun de l’humanité, devient de plus en plus rare, et donc de plus en plus précieuse. Pourtant, elle ne saurait être considérée comme une simple marchandise et sa mise en valeur contribue tant au bien-être social qu’à la productivité économique des Etats. Or à ce jour, 1,4 milliard de personnes n’ont toujours pas accès à l’eau potable et près de 4 milliards vivent dans des conditions sanitaires insuffisantes. Selon les estimations de l’Organisation Mondiale de la Santé, " 80 % des maladies sont transmises par l’eau contaminée ".

Alors que vient de se terminer à La Haye, le 2ème Forum Mondial de l’Eau, la FIDH s’inquiète une fois de plus du risque croissant de voir l’eau se transformer en une simple marchandise et céder ainsi à la logique du marché. En effet, la Déclaration finale, adoptée par consensus à l’issue de la conférence ministérielle, qui se déroulait dans le cadre de ce forum, revient sur un des acquis les plus importants de ces dernières années, en ne considérant plus l’accès à l’eau comme un " droit fondamental " mais comme un simple " besoin fondamental ". Cette distinction est pourtant d’une importance capitale lorsque l’on sait que la qualification de " droit " fait peser sur les Etats l’obligation juridique de protéger, promouvoir et garantir ce droit fondamental.

Pourtant, la Déclaration adoptée en 1977 à Mar del Plata à l’issue de la première grande Conférence mondiale sur l’eau organisée par l’ONU a très clairement spécifié que " tout le monde a accès à l’eau potable en quantité et en qualités égales pour ses besoins essentiels ". Ce droit a été réaffirmé en 1992 lors de la Conférence de Rio. La Sous Commission des droits de l’Homme de l’ONU a également reconnu que " l’eau potable étant une ressource vitale pour l’être humain, elle constitue par conséquent l’un des droits fondamentaux de l’Homme ".
Le non-accès à l’eau potable met en péril l’existence de millions d’individus qui, par conséquent, ne se voient pas garantir le droit à la vie. L’accès à l’eau est également directement liée au droit à la santé, au logement et à l’alimentation, droits économiques et sociaux expressément énoncés par la Déclaration universelle des droits de l’Homme.

La FIDH rappelle la suprématie des normes universelles en matière de droits fondamentaux sur tout autre traité de nature commerciale et déplore la schizophrénie des gouvernements. Réunis dans des enceintes économiques, ces derniers font en effet peu de cas de leurs engagements pris en ratifiant les traités internationaux en matière de droits humains.

Comme à Seattle ou à Montréal en janvier lors de la conférence sur la biosécurité, les ONG ont dû déployer des efforts très conséquents pour éviter la marchandisation des ressources naturelles et du vivant.
Le Forum de La Haye a permis de constater l’importance croissante des grandes multinationales de l’eau qui deviennent plus que jamais un lieu de pouvoir, auquel ne correspond pas un niveau équivalent de responsabilité juridique, sociale, politique et morale. La promotion d’intérêts commerciaux ne peut se faire au détriment des droits fondamentaux des individus.

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