Philippines : avancées dans le procès de l’ancien Président Rodrigo Duterte pour crimes contre l’humanité

23/04/2026
Impact
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Sem van der Wal / ANP MAG / ANP via AFP
  • La Cour pénale internationale (CPI) a confirmé les charges de meurtre et de tentatives de meurtre relevant de crimes contre l’humanité à l’encontre de l’ancien Président des Philippines Rodrigo Duterte, ouvrant ainsi la voie à véritable un procès.
  • La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et son organisation membre Philippines Alliance of Human Rights Advocates (Pahra) saluent cette décision qui constitue une première étape réelle et significative vers l’obligation de rendre des comptes pour des crimes commis dans le cadre de la campagne dite de « guerre contre la drogue », depuis l’arrivée de Rodrigo Duterte à la présidence en 2016.

La Haye, Manille, Paris, 23 avril 2026. La Chambre préliminaire de la CPI a confirmé les charges de meurtre et de tentatives de meurtre relevant de crimes contre l’humanité à l’encontre de Rodrigo Duterte, estimant qu’il y avait de bonnes raisons de croire qu’il était pénalement responsable des meurtres commis entre novembre 2011 et mars 2019, alors qu’il était maire de la ville de Davao, puis Président des Philippines. Cette affaire doit maintenant entrer en procès. Si Rodrigo Duterte a exercé son droit de ne pas assister à l’audience de confirmation des charges, sa présence au procès est obligatoire en vertu du Statut de Rome.

Pour les victimes et leur famille, cette décision constitue une avancée attendue de longue date. Elle ouvre la voie à une participation plus large des victimes aux procédures et à la possibilité d’obtenir réparation en cas de condamnation de Rodrigo Duterte. Outre les 539 victimes autorisées à participer à l’audience de confirmation des charges qui s’est tenue en février 2026, d’autres victimes peuvent désormais demander à être reconnues devant la Cour.

« La confirmation des charges est une avancée majeure en faveur de la justice pour les milliers de victimes qui attendent depuis des années que leurs voix soient entendues. Elle confirme que leurs souffrances ne sont pas passées sous silence et qu’il est possible d’obliger les responsables à rendre des comptes, même au plus haut sommet du pouvoir », a déclaré le président de la FIDH Alexis Deswaef.

Pendant près d’une décennie, aux Philippines les victimes se sont heurtées à des obstacles de taille pour obtenir justice. Les mécanismes nationaux n’ont pas permis de mener de véritables enquêtes ou poursuites, laissant les survivantes et survivants sans recours et leur famille sans réponse. Les procédures de la CPI garantissent désormais un moyen décisif d’accès à une justice indépendante et impartiale.

Cette décision intervient sur fond de désinformation continue et d’une campagne d’intimidation aux Philippines. Des victimes, leurs avocat·es, des défenseur·es des droits humains et des journalistes ont fait l’objet de menaces et de harcèlement, notamment de harcèlement sexuel, compromettant leur capacité à participer en toute sécurité à la procédure judiciaire.

« La confirmation des charges envoie un message clair : la désinformation et l’intimidation ne font pas taire les victimes. Il est essentiel que les personnes souhaitant participer aux procédures puissent le faire en toute sécurité et sans crainte », a ajouté la présidente de Pahra, Nymia Pimentel-Simbulan.

Malgré ce pas en avant, les affaires concernées sont limitées aux accusations de meurtre et tentatives de meurtre, et seule une partie des victimes seront en mesure de participer aux procédures et éventuellement d’obtenir réparation. De nombreuses victimes ont indiqué avoir subi d’autres préjudices graves, notamment des disparitions forcées, des actes de torture, des violences sexuelles, qui ne sont pas concernés par la confirmation de charges.

Dans ce contexte, la FIDH et Pahra soulignent la nécessité de poursuivre l’enquête portant sur l’ensemble des crimes qui auraient été commis par de hauts responsables de l’administration Duterte, notamment les huit coauteurs déjà cités dans le document des charges. Les organisations ont également appelé les autorités des Philippines à faire le nécessaire à l’échelle nationale pour que les autres responsables des crimes soient redevables, de manière à ce que le cadre de violations élargi soit pris en compte et que davantage de victimes puissent accéder à la justice et obtenir réparation. Cette décision devrait ouvrir la voie au principe d’obligation de redevabilité, étendu à l’ensemble des crimes commis dans le cadre de la campagne dite de guerre contre la drogue.

Cette décision confirme celle de la chambre préliminaire réaffirmant la compétence de la CPI sur les crimes commis aux Philippines entre le 1er novembre 2011 et le 16 mars 2019, malgré le retrait du pays du Statut de Rome entré en vigueur le 17 mars 2019. Ce retrait n’exonère pas de la responsabilité pour les crimes commis lorsque la Cour avait compétence.

La FIDH et Pahra exhortent les autorités des Philippines à coopérer pleinement avec la CPI alors que l’affaire entre dans sa phase de procès, en garantissant l’accès aux personnes chargées de l’enquête et en conservant et partageant les éléments de preuve, notamment en facilitant la participation sûre et réelle des victimes et en renforçant la protection des victimes et des témoins. Elles appellent également les autorités à exécuter tous les mandats d’arrêt en suspens et à s’assurer de la remise immédiate des futures personnes suspectes. Elles encouragent par ailleurs à prendre des mesures concrètes visant à rejoindre la CPI pour montrer son attachement renouvelé à l’état de droit et à la justice pour les victimes.

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