Arabie saoudite : Loujain al-Hathloul, défenseure emblématique des droits des femmes, relâchée de prison

12/02/2021
Communiqué
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La FIDH se réjouit de la remise en liberté de Loujain al-Hathoul. Suite aux pressions persistantes de sa famille, des groupes de défense des droits humains et de la communauté internationale, Loujain a été relâchée sous condition après avoir passé près de trois ans derrière les barreaux sur la base de fausses accusations.

Même si Loujain a été relâchée de prison sous condition le 10 février, les fausses accusations retenues contre elles n’ont pas été levées et elle a interdiction de voyager pendant cinq ans.

La jeune femme de 31 ans a courageusement défendu le droit des femmes à conduire en Arabie saoudite et dénoncé sans relâche le système répressif de tutelle masculine en vigueur dans le royaume. Pendant ses 1001 jours de détention, Loujain a subi tortures et aux abus sexuels. Elle a été privée de soins médicaux et s’est vue refuser les contacts avec sa famille et son avocat.

La libération de Loujain a suscité le soulagement et la joie de sa famille, de ses soutiens et des défenseur·e·s des droits humains qui avaient fait campagne en sa faveur. La FIDH, aux côtés de son organisation membre saoudienne, ALQST, se mobilise depuis longtemps en faveur de Loujain et d’autres défenseur·e·s des droits des femmes saoudiennes : en 2018, un rapport qui documente les défis rencontrés par les femmes saoudiennes pour défendre leurs droits fondamentaux a été publié ; en 2020 et 2021, des campagnes de mobilisation dénonçant l’utilisation du Rallye Dakar comme outil de relations publiques pour blanchir (ou "sportswash") l’image de l’Arabie saoudite ont été organisées, ainsi que la campagne #ForFreedom de soutien aux défenseur·e·s des droits humains.

Si cette libération constitue une victoire majeure pour les droits humains et montre à quel point la mobilisation internationale peut être efficace pour influencer les régimes les plus répressifs, les responsables de ces injustices ont, jusqu’à présent, bénéficié de l’impunité. Leur responsabilité dans la persécution des combattants pour les droits des femmes doit être établie. La FIDH continuera à œuvrer pour la libération de ceux·celles qui restent emprisonné·e·s.

Walid, le frère de Loujain, a appelé à la justice dans un tweet : « Aujourd’hui est un jour de fête mais il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour que justice soit faite. »

Plusieurs autres défenseures des droits des femmes emprisonnées depuis la mi-2018 restent emprisonnées, dont Samar Badawi et Nassima El Saada. En novembre dernier, la FIDH et 33 autres groupes de défense des droits humains ont écrit au président de la Commission des droits de l’Homme en Arabie saoudite pour demander leur libération.

Loujain, devenue icône des droit des femmes en Arabie saoudite, a payé un lourd tribut pour ses prises de position courageuses et pacifiques. Elle porte le double fardeau d’être à la fois une femme et une défenseure des droits humains, dans un pays qui ne tolère ni l’un ni l’autre.

Si l’Arabie saoudite a levé l’interdiction de conduire pour les femmes en 2018, c’est grâce aux efforts de Loujain et à l’engagement d’autres militant·e·s. Pourtant, plutôt que de les soutenir, les autorités les ont puni·e·s, emprisonné·e·s et soumis·e·s au harcèlement judiciaire, à la torture et aux abus sexuels pendant leur détention.

Loujain a été reconnue pour son activisme en faveur des droits des femmes en Arabie saoudite : deux fois nommée pour le prix Nobel de la Paix, elle est également pressentie pour le prix Martin Ennals 2021 et pour le prix Václav Havel 2020.

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