Trafic & prostitution dans le monde

Des chiffres particulièrement
alarmants amènent la FIDH à
publier un cahier spécial sur la
question du trafic des êtres
humains et de la prostitution.
Selon l’Organisation internationale
des migrations (OIM), environ
4 millions de personnes
sont victimes de la
traite dans le monde entier,
dont 500 000 pénètrent en
Europe occidentale.
L’industrie du sexe et la prostitution
sont étroitement associées
à la traite mais la prostitution
existe également en
dehors de celle-ci. En 1995, lors
de la Conférence mondiale sur les
femmes, le concept de « prostitution
forcée » a été reconnu, contribuant
ainsi à un abandon de la
lutte contre le proxénétisme.
Aujourd’hui, les chiffres sont là
démontrant que le corps des
femmes, des hommes et des
enfants est intégré comme partie
prenante du marché mondial.
Réaffirmer les principes fondamentaux
qui nous lient ne suffit
pas. Pour réagir efficacement,
mieux vaut connaître les données
et les enjeux de ce vaste
débat.

C’est l’objet de ce cahier.

Première question : la définition
du trafic des êtres humains.

Celle-ci est au centre des négociations
relatives au
Protocole additionnel à la
Convention des Nations
unies contre la criminalité
transnationale organisée
qui s’achèveront les 6-7-8 juin
prochain à Vienne.

Deuxième question : la prostitution
et ses nouvelles formes.

Les thèses en présence sont
exposées dans ce cahier. Faut-il
dépasser ce clivage ?

Comment prévenir et lutter contre
le développement d’un système
qui porte atteinte à la dignité
humaine, poursuivre les coupables,
protéger et venir en aide
aux victimes ?
La FIDH se doit
d’apporter sa contribution en
toute connaissance de cause.

Odile Sidem-Poulain

Secrétaire générale de la FIDH

Le droit international contemporain appréhende la question du
trafic des femmes et celle de la prostitution sous l’angle de
la lutte contre la violence faite aux femmes.

Ainsi, le Programme d’action de la Conférence de Vienne soulignait
combien il est important « de s’employer à éliminer la violence
dont les femmes sont victimes dans la vie publique et privée,
toutes les formes d’exploitation, de harcèlement et de
traite ». De même, l’élimination de la traite des femmes et l’aide
aux femmes victimes de violences liées à la prostitution et à la
traite ont été un des objectifs prioritaires que la communauté
internationale s’est donnée lors de la Conférence sur les femmes
de Pékin en 1995.

Alors que se tiendra, du 5 au 9 juin prochain, une session spéciale
de l’Assemblée générale des Nations unies chargée d’évaluer la
mise en oeuvre du Programme d’action de Pékin, la question de
la traite des femmes et de la prostitution est plus que jamais
d’actualité.

Si le phénomène du trafic a toujours existé, sa forme et sa
dimension ont évolué. On est ainsi passé de la traite des blanches
au trafic du Sud vers le Nord, puis à la traite des femmes
pauvres vers les hommes riches, quelle que soit leur localisation.

Pour bien appréhender ce phénomène, il est indispensable de
l’examiner dans le contexte plus général des migrations.
En outre, trafic des femmes et prostitution ont historiquement été appréhendés de manière conjointe. Cependant, l’évolution
du phénomène du trafic appelle à repenser
la relation entre ces deux problèmes. Il faut
impérativement distinguer trafic et proxénétisme.
En effet, même si ces deux phénomènes sont
indéniablement liés en ce que la traite aux fins d’exploitation
sexuelle est certainement de nos jours la
plus répandue, on remarque un développement
de la traite aux fins de travail domestique ou de
mariage forcé. Par ailleurs, la prostitution existe
indépendamment du problème de la traite.

Il est donc nécessaire d’appréhender le problème du
trafic de manière distincte même si le trafic aux fins
de prostitution soulève des problèmes particuliers.

TRAFIC

Analyse
>> Trafic : une définition difficile [p.5]

Initiatives
>> Trafic des mineurs en France.
Le cas particulier de l’esclavage domestique [p.8]

Entretien
>> Lutter contre le trafic, soutenir les
prostitué(e)s. Entretien avec Patsy Sorensen [p.9]

PROSTITUTION

Débat
>> Prostitution et droits humains. Une atteinte
à la dignité humaine ou une forme de travail ? [p.11]
>> Le corps n’est pas une marchandise [p.12]
>> Les travailleurs du sexe ne vendent pas leur
corps : ils vendent des services [p.15]

Initiatives
>> Asie du Sud-Est : sortir les enfants de
la prostitution [p.18]

Récit
>> Tamara Svetlana et Nadja, victimes du
maintien de la paix [p.19]

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