Un éminent défenseur des droits humains gravement menacé de mort en Guinée équatoriale

19 mars 2019

Un groupe d’organisations de la société civile des droits de l’homme et de lutte contre la corruption* est consterné par la détention illégale et l’assignation à résidence du défenseur des droits humains Alfredo Okenve Ndoho le jour même où il était censé recevoir le Prix franco-allemand des droits de l’homme lors d’une cérémonie organisée par l’Ambassade de France à Malabo vendredi dernier. Des sources et des incidents antérieurs indiquent qu’il fait face à de graves menaces de mort.

Alfredo est un éminent défenseur des droits de l’homme qui a dénoncé sans relâche les pratiques de corruption et les violations des droits de l’homme en Guinée équatoriale, en soulignant notamment les problèmes de transparence liés aux industries extractives. Il est vice-président de l’ONG Centre des études et des initiatives pour l’éducation (CEID).

Alfredo est rentré dans son pays, la Guinée équatoriale, le 16 février 2019, après avoir bénéficié de soins de santé intensifs en Espagne à la suite d’un précédent assaut brutal opéré par les forces de sécurité le 27 octobre 2018.

Le 15 mars, jour où Alfredo devait recevoir le prix des droits de l’homme, son cousin, dirigeant du parti politique Unión Popular (UP) Joaquín Mangué Obama, a été arrêté par les forces de sécurité à son domicile à Malabo pour avoir refusé de révéler des informations concernant les allées et venues d’Alfredo.

La même jour, alors qu’il cherchait à quitter le pays de toute urgence, craignant pour sa vie, Alfredo a été arrêté au bureau de contrôle des passeports de l’aéroport de Malabo. Huit agents de sécurité l’ont secrètement emmené à Bata et menotté à bord d’un avion militaire. Une fois à Bata, il a été conduit dans un lieu tenu secret jusqu’à ce que ses chauffeurs décident de rentrer en ville pour le conduire à son domicile de Bata, où il est assigné à résidence depuis. Il a reçu pour instruction de ne quitter son domicile en aucune circonstance. Son passeport et son téléphone portable ont été saisis par la police.

«  Nous sommes profondément préoccupés par la situation d’Alfredo et par les graves menaces qui pèsent sur sa vie ", a déclaré Elisa Peter, directrice exécutive de la coalition Publish What You Pay. «  Nous sommes préoccupés par le fait que ces attaques ne sont pas des incidents isolés. Plusieurs défenseurs des droits humains et militants politiques de premier plan en Guinée équatoriale ont été la cible d’attaques ces derniers mois, malgré les appels répétés de la communauté internationale à s’abstenir de réprimer systématiquement les voix dissidentes.  »

Les organisations de la société civile craignent particulièrement que ces attaques ne s’intensifient à la perspective du prochain Examen périodique universel (EPU) – dans le but de réprimer toute voix dissidente – auquel sera soumise la Guinée Equatoriale en mai à Genève.

Nous appelons :

Le gouvernement de la Guinée équatoriale à libérer immédiatement Alfredo et à mettre fin à tous les actes d’intimidation à son encontre, à l’encontre de ses collègues et des membres de sa famille, mais aussi à l’encontre de tous les militants du pays. Nous demandons également à la Guinée équatoriale de respecter ses obligations internationales en matière de droits de l’homme, et en particulier les articles 19, 21 et 22 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), qui garantissent le droit à la liberté d’expression, le droit à la liberté de réunion pacifique et le droit à la liberté d’association, respectivement.

Le Conseil de l’Initiative sur la transparence des industries extractives (ITIE) – dans le cadre de la réouverture des négociations d’adhésion à l’initiative – d’envoyer un message clair à la Guinée équatoriale selon lequel la répression contre les militants de la société civile viole les normes de l’ITIE, ne sera pas tolérée et compromettrait de manière significative les perspectives d’approbation de la candidature du pays.

Les Nations Unies, en particulier le Conseil des droits de l’homme dans le cadre de l’EPU à venir, se doivent de réagir de manière urgente et de faire la lumière sur la répression systématiquement orchestrée des dissidences politiques indépendantes dans le pays.

Les sociétés pétrolières opérant en Guinée équatoriale, notamment Exxon Mobil, Kosmos Energy, Marathon, Noble Energy, Clontarf, Ophir Energy, en particulier celles représentées au conseil d’administration de l’ITIE et d’autres entreprises soutenant l’ITIE, à immédiatement dénoncer ces pratiques, inacceptables pour un État souhaitant rejoindre l’initiative.

Le Fonds monétaire international (FMI) à exhorter le gouvernement à satisfaire aux exigences d’inscription de la norme ITIE, notamment en ce qui concerne la nécessité de créer un environnement favorable à la participation de la société civile, y compris dans le secteur des ressources naturelles.

Informations de contexte :

La Guinée équatoriale, pays riche en pétrole de l’Afrique de l’Ouest, est en proie à une corruption généralisée et des violations systématiques des droits de l’homme. La plupart des dissidents sont victimes de harcèlement, d’intimidations, de menaces, de détentions arbitraires, ainsi que d’agressions physiques et d’homicides. La plupart d’entre eux doivent quitter le pays pour pouvoir mener leurs activités dans le domaine des droits de l’homme. L’autocensure est la règle pour la plupart des militants et des journalistes, toujours en activité dans le pays.

La Guinée équatoriale a tenté à deux reprises de rejoindre l’ITIE – une initiative multipartite de premier plan pour la transparence et la bonne gouvernance dans le secteur de l’extraction. Ces demandes, en 2010 et 2014, ont toutes deux été rejetées en raison de mesures répressives injustifiées à l’encontre d’activistes de la société civile, notamment à l’encontre de l’organisation d’Alfredo qui a été suspendue en 2016. Alfredo a aussi été victime d’une série de détentions arbitraires en 2017. Le pays a récemment annoncé son intention de rejoindre l‘initiative publique, et a reçu des informations complètes sur les exigences de candidature incluses dans la norme ITIE de la part du secrétariat de l’ITIE . Contrairement au communiqué de presse du gouvernement, il convient de noter que la Guinée equatoriale n’a pas reçu le soutien officiel de l’ITIE sur sa candidature.

La Guinée équatoriale sera examinée lors de la session de mai lors de l’examen périodique universel du Conseil des droits de l’homme et est actuellement membre du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

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