Les politiques extractivistes au Honduras font toujours peser un risque grave sur les populations indigènes

06/03/2020
Communiqué
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Les Amériques, 6 mars 2020 - Le Honduras représente un territoire en résistance constante ; un pays qui a fait de la lutte et de la résilience une composante essentielle de la défense des Droits de l’Homme et de la démocratie. Face aux menaces constantes et multiples qui pèsent sur ses territoires, ses corps, son patrimoine et ses identités, la défense des Droits de l’Homme, de l’eau et de la terre est une tâche obligatoire qui comporte souvent des risques nouveaux et plus conséquents.

Dans l’histoire du Honduras, et du monde entier, l’assassinat de la défenseure et dirigeante indigène Lenca Berta Cáceres représente sans aucun doute un jalon qui a révélé les schémas de grave violence perpétrés en toute impunité contre les défenseurs des Droits de l’Homme en Amérique latine, et qui a insufflé à la société l’indignation et le renouveau du désir de justice.

Cependant, quatre ans après son assassinat, l’État du Honduras continue de faire passer ses intérêts pour l’extraction avant le respect, la protection et la garantie des Droits de l’Homme de la population. Au moins 137 concessions minières, énergétiques et de production d’hydrocarbures ont été accordées jusqu’en 2019, dans les territoires indigènes. Maintenant, l’État prétend mettre en discussion un projet de loi sur la consultation libre, préalable et informée, qui, selon les peuples indigènes et afro-indigènes, faciliterait l’installation de grands projets d’extraction sur leurs territoires et augmenterait la violence et la violation des Droits de l’Homme des peuples.

Face à l’opposition légitime des populations à cette politique d’Etat, la réponse du gouvernement a été caractérisée par la répression de la contestation sociale par l’emploi excessif de la force, les attaques et la criminalisation. Les assassinats, le harcèlement et la persécution des membres de l’Organisation des Frères Noirs du Honduras (OFRANEH), les menaces et les attaques contre les communautés indigènes organisées Lenca du Conseil Civique des Organisations Populaires et Indigènes du Honduras (COPINH), la criminalisation des femmes défenseures de l’eau à Guapinol, ainsi que des défenseurs de la tribu Tolupán, sont autant d’illustrations de ces risques. Rien que cette semaine, une campagne a été mise en place dans les réseaux sociaux et les médias nationaux cherchant à diffamer et à stigmatiser le travail de la COPINH et des organisations nationales et internationales qui accompagnent sa quête de justice.

En ce quatrième anniversaire de la plantation de Berta Cáceres, il n’y a pas encore eu de justice. Bien que des condamnations aient été prononcées en décembre dernier contre les auteurs matériels de son meurtre, la structure criminelle responsable de la planification et du financement de ce crime continue de jouir d’une impunité absolue. À ce jour, seul David Castillo, Directeur Général de la société Desarrollos Energéticos S.A. (DESA) a fait l’objet d’une enquête en tant qu’auteur intellectuel du meurtre et la procédure a été caractérisée par des retards qui ont empêché d’avancer vers son procès.

L’intention manifeste de l’État de perpétuer l’impunité, en connivence avec les groupes de pouvoir des milieux d’affaires et de l’armée, n’a pas arrêté la lutte digne et légitime pour la justice qui a été entreprise par la COPINH, les peuples indigènes et afro-indigènes, le mouvement social et populaire du Honduras, le peuple hondurien et la famille de Berta Cáceres.

Avec sa joyeuse rébellion, la résistance des peuples est une inspiration pour ceux d’entre nous qui, depuis différentes tranchées, cherchons à tenir bon face aux diverses attaques de l’inégalité qui ne cèdent pas.

Ainsi, ce 2 mars, les organisations nationales et internationales qui veillent sur la situation des Droits de l’Homme au Honduras commémorent la vie et la lutte de Berta Cáceres qui, comme le prétendent les communautés, s’est multipliée dans les voix de millions de personnes à travers le monde.

En même temps, nous dénonçons le fait que l’État du Honduras n’a pas purgé sa dette, non seulement dans le cas de la défenseure Lenca, Berta Cáceres, mais aussi dans le cas de tous les défenseures qui ont été assassinées, violées et criminalisées et qui n’ont toujours pas obtenu justice. Garantir l’enquête, le procès et la punition de tous les responsables du meurtre de Berta Cáceres est une obligation de l’État hondurien et doit également être un pas ferme vers la rupture de l’impunité systématique qui étouffe le pays, et garantir ainsi que ces actes contre les défenseurs des Droits de l’Homme ne soient pas répétés.

Nous reconnaissons et soutenons le travail légitime de la COPINH dans la défense des droits et la recherche de la justice. Quatre ans après la disparition de son leader, la COPINH est toujours droite dans ses bottes, et avec fermeté et dignité elle fait face aux attaques qui, venant de différents fronts, tentent de mettre fin à sa lutte.

Nous soutenons également que l’articulation des organisations locales et internationales, qui surveillent et haussent le ton face aux violations des Droits de l’Homme qui se produisent dans le pays, est fondamentale pour faire face à ces contextes défavorables. Ainsi, nous réaffirmons une fois de plus notre engagement de rester vigilants jusqu’à ce que l’orientation soit claire vers la garantie du respect des Droits de l’Homme au Honduras.

En cette nouvelle commémoration de la disparition de Berta Cáceres, nous exprimons notre solidarité et notre salutation fraternelle à sa famille, aux communautés de la COPINH, au mouvement féministe et au peuple hondurien, et nous réaffirmons que la justice pour Berta est la justice pour le peuple.

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