Le prix à payer pour s’être exprimé : Nabeel Rajab condamné à 5 ans de prison pour des tweets au Bahreïn

23/02/2018
Communiqué
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Beyrouth -Genève -Paris, 21 février 2018 - Aujourd’hui, l’éminent défenseur des droits humains Nabeel Rajab, président du BHCR et secrétaire général adjoint de la FIDH, a été condamné à 5 ans d’emprisonnement sur la base d’accusations fallacieuses après avoir publié des tweets dénonçant la torture de détenus à la prison de Jaw et l’assassinat de civils au Yémen par la coalition menée par l’Arabie saoudite. Ce verdict surréaliste, après un procès qui était déjà une parodie de justice, témoigne une fois de plus de la répression qui s’abat actuellement sur toute voix dissidente au Bahreïn, où nombre d’opposants sont actuellement emprisonnés. L’Observatoire (FIDH-OMCT) et le BHCR renouvellent leur appel aux autorités bahreïni pour qu’elles libèrent immédiatement Nabeel Rajab ainsi que tous les autres défenseurs de droits humains incarcérés.

Nabeel Rajab a été condamné aujourd’hui au titre des articles 133 ("propagation de fausses nouvelles en temps de guerre", 215 ("propos offensants envers un pays étranger [l’Arabie saoudite]") et 216 ("injures envers une institution officielle") du code pénal bahreïni. Parmi les accusations retenues contre Nabeel Rajab figure un tweet du 26 mars 2015, jour où la coalition menée par l’Arabie saoudite avait lancé des frappes aériennes contre le Yémen, dans lequel il dénonçait la guerre qui "sème la haine, la destruction et l’horreur". Le 4 décembre 2017, dans une déclaration publique annonçant la nomination d’un groupe d’experts pour enquêter sur les violations des droits humains au Yémen, Zeid Ra’ad al-Hussein, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, décrivait la situation au Yémen dans des termes quasiment identiques : "depuis trois ans la population du Yémen est exposée à la mort, à la destruction et au désespoir".

"Nabeel Rajab n’est pas un criminel mais un éminent défenseur des droits humains et un prisonnier politique. Cette nouvelle condamnation scandaleuse représente un pas de plus vers la fermeture de l’espace de la société civile dans le pays",

Dimitris Christopoulos, président de la FIDH

"Il faut que cesse ce harcèlement permanent qui illustre une fois encore l’acharnement dont fait preuve le gouvernement bahreïni pour réduire au silence l’ensemble de la société civile du pays. La communauté internationale doit de toute urgence veiller à ce que les autorités bahreïni ne puissent plus réprimer impunément les défenseurs des droits humains,"

Secrétaire général de l'OMCT Gerald Staberock

Le Bahreïn est actuellement sous une chape de plomb, empêchant les militants locaux des droits humains de s’exprimer ou de se déplacer et interdisant aux journalistes et militants des droits humains étrangers d’enquêter. En octobre 2017, une délégation composée de représentants du Bureau international de la FIDH et d’anciens représentants du Bureau souhaitant manifester leur solidarité avec Nabeel et d’autres défenseurs des droits humains incarcérés s’est vu refuser l’entrée dans le pays.

L’affaire judiciaire en cours contre Nabeel Rajab, qui a démarré en avril 2015, a été reportée 20 fois et à plusieurs reprises le tribunal a contrevenu au code de procédure pénale en annonçant la tenue du procès avec seulement quelques jours de préavis, sans fournir d’explications aux avocats de Nabeel Rajab. Ceux-ci ont donc déclaré qu’ils n’étaient pas en mesure de préparer sa défense, ni de faire venir leurs témoins à la barre.

Depuis le 13 juin 2016, Nabeel Rajab est maintenu en détention préventive arbitraire et soumis à l’isolement cellulaire malgré la détérioration de son état de santé. Après avoir été hospitalisé, son retour en prison a été marqué par de nouvelles persécutions ainsi que par des conditions de détention dangereuses, humiliantes et dégradantes. Il a été battu à son arrivée, réveillé et fouillé en pleine nuit, ses affaires personnelles ont été confisquées et sa tête a été rasée. Depuis le 20 novembre 2017, il est détenu à la prison de Jaw dans une aile isolée avec des terroristes de Daech condamnés, ce qui met en danger sa sécurité.

Notre organisation réitère ses craintes concernant l’état de santé de Nabeel, et renouvelle son appel aux autorités pour qu’il soit autorisé à recevoir un traitement médical approprié et libéré immédiatement et sans condition.

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