Kirghizistan : par une décision épouvantable, la Cour suprême confirme la condamnation à vie d’Azimjan Askarov

13/05/2020
Communiqué
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Paris - Genève - Bishkek, 13 mai 2020 - La Cour suprême du Kirghizistan a confirmé aujourd’hui la condamnation à une peine de prison à vie du journaliste et défenseur des droits humains Azimjan Askarov, lors d’une nouvelle audience entachée d’irrégularités. Askarov est détenu arbitrairement depuis 10 ans et restera donc en prison, où sa santé se détériore rapidement et ce, malgré l’épidémie de Covid-19. L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme (partenariat FIDH-OMCT), le mouvement des droits de l’Homme Bir Duino-Kirghizistan et le centre des droits de l’Homme Kylym Shamy appellent les autorités kirghizes à libérer immédiatement Azimjan Askarov pour des raisons humanitaires.

Le mercredi 13 mai 2020 à 14 heures, la Cour suprême du Kirghizistan a examiné le recours en cassation déposé par le journaliste et défenseur des droits humains Azimjan Askarov. Ce recours visait un précédent verdict de la Cour de l’Oblast de Tchouï, qui avait confirmé sa condamnation à une peine de prison à vie le 24 janvier 2017.

L’audience, à laquelle de nombreux représentants de missions diplomatiques ont été empêchés d’assister, a été entachée de graves irrégularités. Une foule hostile y était en revanche bien présente, et autorisée à insulter et accuser M. Askarov et les autres défenseurs des droits humains présents.

C’est dans ce contexte que la Cour suprême a finalement confirmé la condamnation de M. Askarov à une peine de prison à vie. Le journaliste et défenseur des droits humains fera appel de cette décision devant le Comité des droits de l’Homme des Nations unies.

" Je suis choquée par ce qui s’est passé à la plus haute cour du Kirghizistan aujourd’hui ! L’impunité dans l’affaire Askarov continue. Il n’y a pas de volonté politique au Kirghizistan pour les réformes et la mise en œuvre des décisions des Nations unies ", a déclaré Tolekan Ismailova, vice-présidente de la FIDH et présidente de Bir Duino-Kirghizistan, qui a assisté à l’audience aujourd’hui. " Face à cette pandémie de Covid-19, nous demandons aux autorités de libérer immédiatement Azimjan Askarov pour des raisons humanitaires ", a-t-elle ajouté.

Les avocats de M. Askarov et Mme Tolekan Ismailova ont reçu des menaces de mort de la part des proches du policier tué. Les officiers de police présents à l’audience n’ont pris aucune mesure contre le comportement agressif de la foule, approuvant ainsi les menaces violentes et les insultes contre l’équipe chargée de la défense de M. Askarov.

Âgé de 68 ans, le journaliste souffre depuis des années d’une détérioration de son état de santé, notamment de problèmes cardiaques et respiratoires. Lors de sa détention, il n’a pas reçu de soins médicaux appropriés et adéquats. Par son profil, M. Askarov fait partie des personnes risquant le plus de mourir du Covid-19.

" Au vu des nombreuses violations des droits à un procès équitable, des tortures qu’il a subies et de la détérioration de son état de santé, M. Askarov ne devrait pas passer un jour de plus derrière les barreaux ", a conclu Gerald Staberock, Secrétaire général de l’OMCT.

M. Askarov avait été condamné pour "participation à des émeutes de masse", "incitation à la haine ethnique" et "complicité dans le meurtre d’un officier de police" lors des tensions ethniques de 2010.

L’enquête et le procès de M. Askarov ont été entachés de violations du droit à un procès équitable. Les allégations crédibles de M. Askarov selon lesquelles il aurait été torturé en détention préventive n’ont jamais fait l’objet d’une enquête en bonne et due forme. Sa condamnation a été confirmée après plusieurs appels, notamment par la Cour suprême. En 2016, le Comité des droits de l’Homme des Nations unies a demandé aux autorités kirghizes de libérer immédiatement M. Askarov, d’annuler sa peine injuste, et de lui assurer une indemnisation adéquate pour le préjudice enduré.

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