Kirghizistan : audience finale demain devant la Cour suprême pour Azimjan Askarov

12/05/2020
Communiqué
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Paris - Genève - Bishkek, le 12 mai 2020 - Après 10 ans de détention injuste, le journaliste et défenseur des droits humains Azimjan Askarov devra se rendre demain 13 mai à l’audience finale devant la Cour suprême du Kirghizstan. Condamné à la prison à vie en raison de son travail en faveur des droits humains, M. Askarov a été arrêté sur la base de fausses accusations, notamment pour incitation à la haine ethnique et pour complicité dans le meurtre d’un officier de police. Malgré la décision de 2016 du Comité des droits de l’homme des Nations unies demandant sa libération immédiate, la pandémie de Covid-19 en cours et la détérioration de son état de santé, Azimjan Askarov séjourne toujours en prison. L’Observatoire (FIDH-OMCT), le mouvement des droits de l’homme Bir Duino-Kirghizistan et le centre des droits de l’homme Kylym Shamy appellent les autorités kirghizes à le libérer immédiatement.

Le mercredi 13 mai 2020 à 14 heures, la Cour suprême du Kirghizistan examinera le recours en cassation du journaliste et défenseur des droits humains Azimjan Askarov. Ce recours porte sur le verdict du tribunal de l’Oblast de Tchouï du 24 janvier 2017, qui avait confirmé sa condamnation à vie.

Pourtant, des organisations de défense des droits humains ainsi que des experts de l’Union européenne et des Nations unies n’ont cessé de plaider en faveur de sa libération au cours de la dernière décennie.

Début mai, à la veille de la Journée mondiale de la liberté de la presse, sa situation avait été classée par la One Free Press Coalition comme étantla plus urgente. Le 8 mai, Mary Lawlor, nouvelle rapporteuse spéciale sur la situation des défenseurs des droits humains, demandait un réexamen approprié de l’appel de M. Askarov, dans le respect de toutes les garanties d’un procès équitable, ainsi que sa libération immédiate.

L’Observatoire (FIDH-OMCT), le mouvement des droits de l’homme Bir Duino-Kirghizstan et le centre des droits de l’homme Kylym Shamy espèrent que le Kirghizstan garantira enfin le droit de M. Askarov à un procès équitable et le libérera.

«  Il est honteux pour la République kirghize qu’un journaliste innocent de 68 ans, par ailleurs défenseur des droits humains, continue de languir derrière les barreaux. La dernière fois que j’ai rendu visite à Azimjan Askarov en prison, j’ai été frappée par son âge et sa faiblesse, car sa santé s’était gravement détériorée. C’était déchirant de le voir perdre espoir en un procès équitable et en une libération, alors qu’il était en grand danger à cause de sa santé déclinante et des tortures subies  », déplore Tolekan Ismailova, vice-présidente de la FIDH et présidente de Bir Duino-Kirghizstan.

M. Askarov avait été condamné pour "participation à des émeutes de masse", "incitation à la haine ethnique" et "complicité de meurtre d’un officier de police" lors des tensions ethniques de 2010. L’enquête et le procès de M. Askarov ont été entachés de graves violations, lui interdisant de fait le droit à un procès équitable. Les affirmations crédibles de M. Askarov selon lesquelles il aurait été torturé en détention préventive n’ont jamais fait l’objet d’une enquête en bonne et due forme. Sa condamnation a été confirmée après plusieurs appels, notamment par la Cour suprême.

En 2016, le Comité des droits de l’homme des Nations unies (CDH) avait demandé aux autorités kirghizes de libérer immédiatement M. Askarov, d’annuler sa peine injuste et de lui assurer une indemnisation adéquate pour cette condamnation injustifiée.

" Le Comité des Droits de l’Homme de l’ONU a en outre constaté qu’Azimjan Askarov avait été soumis à la torture et que les autorités n’avaient pas mené d’enquête appropriée à ce sujet. Bien que le Comité ait demandé sa libération immédiate, Azimjan continue de languir derrière les barreaux. Nous espérons que le Kirghizistan sera à la hauteur des attentes de la communauté internationale et qu’il appliquera enfin la décision du Comité ", a conclu Gerald Staberock, Secrétaire général de l’OMCT.

Plusieurs audiences sur le cas d’Askarov sont actuellement en cours dans les tribunaux : le tribunal interdistrict de Bichkek devait examiner hier la plainte d’Askarov sur l’inaction du gouvernement de la République kirghize concernant l’exécution de la décision du CDH en 2016. Hier également, au tribunal interdistrict de Bichkek, la juge Dosmambetova a annoncé aux représentants de la défense d’Askarov que le tribunal avait été dissous le 8 mai 2020, et ne pouvait donc pas examiner l’affaire. Son examen a donc été reporté jusqu’à ce que les autorités déterminent quel tribunal l’examinerait...

Contacts presse :
· FIDH : Eva Canan (Français, anglais), +33 6 48 05 91 57 / Email : ecanan@fidh.org (Paris)
· OMCT : Iolanda Jaquemet +41 79 539 41 06 / Email : ij@omct.org (Genève)

L’Observatoire partenariat de la FIDH et de l’OMCT, a vocation à protéger les défenseurs des droits de l’Homme victimes de violations et à leur apporter une aide aussi concrète que possible. La FIDH et l’OMCT sont membres de ProtectDefenders.eu, le mécanisme de l’Union européenne pour les défenseurs des droits de l’Homme mis en œuvre par la société civile internationale.

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