Honduras : Traitement inacceptable des victimes pendant le procès de l’assassinat de Berta Cáceres

09/11/2018
Communiqué
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Tegucigalpa-Paris-Genève, 9 novembre 2018 - Nos organisations, membres de la Mission d’Observation du procès des auteurs matériels de l’assassinat, en mars 2016, de la défenseure des droits humains et environnementaliste Berta Cáceres Flores, manifestent leur profonde inquiétude concernant les graves violations des droits des victimes et les insuffisances observées au cours du procès qui a débuté le 19 octobre 2018. 

Nos organisations dénoncent le traitement inacceptable des victimes de la part de la justice hondurienne dans cette affaire. Durant l’enquête qui a duré plus de 2 ans et a été entachée de nombreuses irrégularités, les victimes n’ont pas eu accès à la totalité des rapports d’enquêtes, y compris à des preuves importantes. De plus, au début du procès le 19 octobre, les avocats choisis par les membres de la famille de Berta Cáceres pour les représenter ont été exclus du procès sans raison légitime. Ce procès pour assassinat qui se tient devant la Première Chambre du Tribunal [Tribunal de Sentencias] de Tegucigalpa est pourtant emblématique de la violence que subissent les personnes défendant les droits humains dans les Amériques.

En excluant les avocats des victimes du procès et en obligeant ces dernières à être représentées par le Ministère public, le Tribunal les a laissées sans voix autonome et a porté atteinte à leurs droits à un procès équitable, à la vérité et à la justice effective qu’exigent les standards internationaux. Les avocats des victimes doivent être réintégrés dans les plus brefs délais ”, a signalé Juan Francisco Soto, Directeur de CALDH et Vice-président de la FIDH.

Nous avons observé un grand nombre d’irrégularités et de lacunes, y compris la limitation de la publicité du procès. La presse et les victimes se sont vues empêchées de couvrir et de diffuser le déroulement des audiences, en claire violation du principe de publicité qui régit les procès en procédure pénale. Cette limitation affecte aussi les intérêts de la société, qui a le droit de connaître la vérité sur ces crimes, notamment comme garantie de non répétition.” a signalé Wilfredo Mendez, Directeur de CIPRODEH.
 
Par ailleurs, nous considérons que les conclusions d’experts indépendants obligent le Parquet à approfondir l’enquête sur les liens entre des entreprises privées et les personnes actuellement poursuivies.

Lors des audiences, le manque d’analyse du contexte des persécutions et des attaques contre le COPINH et contre Berta Cáceres Flores apparaît de façon évidente. C’est pour cela que nous exhortons le Ministère public à approfondir ce point dans l’enquête, ce qui faciliterait la détermination des structures et appareils criminels qui ont planifié, ordonné et exécuté son assassinat ; et en conséquence, permettrait l’identification des personnes à qui profite ce crime et d’enquêter, poursuivre et punir les auteurs intellectuels et les principaux responsables” a signalé Reinaldo Villalba Vargas, coordinateur du pôle pénal du Collectif d’Avocats - CAJAR.

La Mission a pu également constater la pratique répétée consistant à commencer les audiences en retard et à les suspendre pour une durée excessive.

Enfin, nous sommes particulièrement préoccupés par le climat de vulnérabilité dans lequel les défenseures et défenseurs des droits humains réalisent leur travail. Les chiffres des assassinats de défenseurs des droits humains sont au Honduras parmi les plus importants, surtout en ce qui concerne les environnementalistes. Par conséquent, nous exhortons l’ensemble de l’État à prendre les mesures nécessaires et efficaces pour garantir l’exercice de la défense des droits humains dans le pays.

Pour plus d’information, s’il vous plaît, contactez :
FIDH : José Carlos Thissen (espagnol, français, anglais : + 51 95 41 31 650 / Samuel Hanryon (français, anglais) : + 33 6 72 28 42 94 
OMCT : Miguel Martín Zumalacárregui : + 41 22 809 49 39

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