Honduras : assassinat de la militante emblématique des droits humains Berta Cáceres

03/03/2016
Communiqué
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Paris-Genève - L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, programme conjoint de la FIDH et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), condamne fermement l’assassinat de Mme Berta Cáceres, leader de la communauté indigène Lenca. Cet assassinat dévoile le manque de volonté des autorités honduriennes de garantir la protection des militants des droits humains.

Mme Berta Isabel Cáceres Flores, membre du peuple Lenca, cofondatrice et coordinatrice du Conseil civique des organisations populaires et indigènes du Honduras (COPINH), a été assassinée par balles vers 23h45 le mercredi 2 mars à La Esperanza, sa ville natale située dans l’Intibucá (sud-ouest du pays). L’identité des meurtriers est inconnue. Selon des sources locales, les assassins ont attendu qu’elle dorme pour forcer la porte de sa maison et l’abattre. Le militant des droits humains Gustave Castro de l’ONG Otros Mundos Chiapas (Autres mondes Chiapas) et du MAPDER (Mouvement mexicain des personnes affectées par les barrages et pour la défense de Rivers), organisations membres du Mouvement mésoaméricain contre le modèle extractiviste minier M4 et de la REDLAR (Réseau latino-américain contre les barrages et pour les rivières, leurs communautés et l’eau), se trouvait au Honduras pour s’entretenir sur les énergies alternatives avec le COPINH afin de faire entendre la voix des indigènes sur ce sujet. Il a également été blessé lors de l’agression.

Mme Berta Cáceres luttait pour les droits du peuple indigène Lenca. Elle protestait contre la construction sur le Río Blanco, Intibucá, sur les terres lencas, du barrage hydroélectrique Agua Zarca par l’entreprise DESA (Desarrollos Energéticos S.A.). Le peuple Lenca a mené une lutte constante pour défendre ses terres et pour protéger le Río Blanco. Suite à de multiples protestations, les indigènes sont devenus la cible de nombreuses persécutions, au point d’être obligés d’abandonner leurs terres. Certains d’entre eux ont été blessés et en 2014, quatre Lencas ont été assassinés à cet endroit. Ces attaques furent menées en toute impunité.

À de nombreuses reprises, Mme Cáceres a dénoncé l’expropriation de ces terres et les failles des systèmes agricoles et sanitaires. Elle a également rejeté la construction de bases militaires américaines sur les terres lencas. La semaine précédant sa mort, elle avait participé à une conférence de presse lors de laquelle elle avait dénoncé l’assassinat de quatre dirigeants de sa communauté et le fait que certains d’entre eux avaient reçu des menaces. Récemment, Mme Cáceres avait reçu le Prix Goldman 2015 pour l’Amérique latine, en récompense de sa lutte constante pour les droits humains.

L’Observatoire est extrêmement préoccupé et dénonce fermement l’augmentation d’agressions et de crimes envers des personnes et des communautés qui défendent leurs droits, et surtout leur droit à la terre, en cette période d’investissements majeurs au Honduras (hydroélectricité, mines, monocultures…) qui s’apparentent à des techniques d’intimidation et de privation de travail, comme le montre le rapport “Criminalización de defensores de derechos humanos en el contexto de proyectos industriales : Un fenómeno regional en América Latina”, où l’on retrouve une analyse du cas de Mme Cáceres.

De même, l’Observatoire dénonce le manque de volonté des autorités honduriennes de mettre en place et de maintenir des mesures de protection pour les militants. Mme Berta Cáceres comptait sur des mesures préventives octroyées par la Commission interaméricaine des droits de l’homme depuis le 29 juin 2009.

À la vue du contexte actuel, l’Observatoire incite les autorités du Honduras à respecter la lutte des défenseurs des droits humains, et à assumer leurs obligations avec sérieux et responsabilité : garantir la mise en place de mesures urgentes de protection efficaces et y allouer une enveloppe budgétaire appropriée.

Finalement, l’Observatoire incite instamment les autorités honduriennes à s’assurer que des enquêtes soient immédiatement menées sur toutes les attaques perpétrées contre les militants et militantes — et cela, de manière indépendante, exhaustive et impartiale, pour que ces crimes ne restent pas impunis.

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