Paris, 16 avril 2026. Publié par la FIDH, en collaboration avec Transparencia Internacional Brasil ; Transparencia por Colombia et le Colectivo de Abogados y Abogadas José Alvear Restrepo (CAJAR) de Colombie ; Acción Ciudadana et le Centro Para la Acción Legal en Derechos Humanos (CALDH) du Guatemala ; Instituto de Abogados para la Protección del Medio Ambiente (INSAPROMA), le Comité Nacional de Lucha Contra el Cambio Climático (CNLCC) et la Comisión Nacional de los Derechos Humanos (CNDH-RD) en République dominicaine ; Transparencia y Provea au Venezuela, le rapport montre comment la corruption tend à se systématiser dans de nombreux pays d’Amérique latine, en s’appropriant les structures de l’État.
Ce phénomène est rendu possible par la corruption générée par le crime organisé, dont l’objectif est d’acheter les forces de l’ordre, l’administration locale et les juges en vue de contrôler le territoire, mais également à travers des élites kleptocrates cherchant à arriver et se maintenir au pouvoir pour détourner des fonds à leur profit, et des entreprises qui manquent à leurs obligations légales ou obtiennent abusivement des marchés publics ou des concessions, en échange de pots-de-vin.
Le rapport décrit en détail certaines affaires de corruption notoires dans ces pays, qui ont été présentés publiquement lors d’une audience devant la Commission interaméricaine des droits de l’homme en 2025. L’analyse de ces cas vise à dénoncer l’impact négatif de la corruption sur les droits humains, de rendre visibles les victimes et de raconter leur histoire, afin de démentir l’idée selon laquelle la corruption n’a pas de conséquences humaines directes.
En abordant la corruption sous l’angle des droits humains, le rapport souligne qu’elle a des conséquences tangibles et directes sur la population, en creusant les inégalités sociales dans une région qui affiche les plus fortes disparités socio-économiques du monde. Les organisations autrices du rapport avertissent que cette situation – en plus d’être clairement un fardeau économique pour les pays de la région – affecte considérablement les groupes de population les plus défavorisés en augmentant les coûts et en limitant l’accès aux services publics essentiels, tels que la santé, l’éducation et le logement.
C’est le cas en République dominicaine, où le droit à un logement décent a été bafoué à la suite d’une escroquerie dans le quartier des Tres Brazos ; au Venezuela, où le cadre juridique d’urgence a favorisé la corruption au sein de programmes sociaux d’aide alimentaire, tels que le Comité Local de Abastecimiento y Producción (CLAP) ; ou au Guatemala, avec l’achat opaque et non abouti de vaccins Spoutnik V durant la pandémie, qui a mis en lumière une probable corruption de l’État ayant conduit à des milliers de morts évitables, et entraînant une grave violation du droit à la santé.
La corruption a également des effets néfastes sur le droit à un environnement sain. Dans l’affaire de la centrale électrique au charbon de Punta Catalina en République dominicaine, des pratiques frauduleuses – en détournant les processus décisionnels de l’intérêt public au profit d’intérêts privés – ont entraîné une pollution des écosystèmes, due à la construction de bâtiments de mauvaise qualité et à une mauvaise gestion des déchets toxiques. Cette situation s’est traduite par une pollution atmosphérique et une atteinte aux droits, tels que le droit à la vie, à la santé, à l’accès à l’eau et au développement complet de l’enfance en République dominicaine. Au-delà de la corruption au sens strict, ces droits peuvent également être bafoués lorsque des entreprises des secteurs alimentaire et minier manipulent les réglementations et les politiques publiques en trouvant des failles juridiques ou en cooptant des dirigeant·es, comme dans le cas de la Colombie.
De nombreux cas analysés dans le rapport sont liés à des pratiques frauduleuses de la part de l’entreprise Odebrecht qui a conclu des contrats entachés d’irrégularités sur de longues périodes avec plusieurs pays d’Amérique latine en échange de pots-de-vin. Ces pratiques ont eu des conséquences désastreuses, non seulement sur la confiance de la population en la politique, mais également sur des services publics essentiels, tels que l’accès à l’énergie et aux transports qui se sont retrouvés en situation de pénurie.
L’exemple du Venezuela, où des projets d’infrastructure inachevés ont été abandonnés par l’entreprise et des responsables politiques soudoyés pour conserver leurs concessions publiques, illustre parfaitement ce phénomène. Un autre exemple est l’affaire de la Ruta del Sol II en Colombie, où des communautés affectées ont réussi à obtenir réparation. Au Brésil, les organisations autrices mettent en lumière la destruction alarmante des preuves dans l’affaire Odebrecht, qui a mis fin à de nombreuses enquêtes internationales et a fait de ce pays un foyer d’impunité contaminant la région.
Les nombreux cas de corruption potentielle décrits dans le rapport ne sont que la partie émergée de l’iceberg dans une crise plus profonde qui affecte l’ensemble des pays du continent.
Le rapport conjoint dénonce l’impunité structurelle associée aux affaires de corruption. Il présente un plan d’action visant à empêcher de tels agissements et à lutter efficacement contre ce fléau. À cet égard, la FIDH, aux côtés de ses organisations membres signataires et en collaboration avec plusieurs antennes de Transparency International dans la région, exhorte les États à donner la priorité à la lutte contre l’impunité dans les affaires de corruption affectant les droits humains, à protéger les lanceurs et lanceuses d’alerte et les témoins d’actes de corruption, et à s’assurer que les entreprises ne se livrent pas à des actes de corruption, conformément aux obligations incombant aux États en matière de prévention et de réglementation.
Voir ci-dessous le rapport, uniquement disponible en espagnol, qui présente des analyses de cas et des recommandations détaillées.