Mohamed Moaada, Président du Mouvement des Démocrates Socialistes (MDS) poursuit une grève de la faim depuis le 3 juin 1998

11/06/1998
Communiqué

Depuis le 3 juin 1998, Mohamed Moaada, Président du MDS-, poursuit une grève de la faim pour protester contre le harcèlement dont il fait l’objet depuis sa libération, en décembre 1996, et ce malgré son état de santé déjà précaire.

Monsieur Moaada a effectué, du 29 novembre au 6 décembre 1997, un séjour à Paris, Bruxelles et Londres à l’invitation de députés européens et du Foreign Office britannique. Il a rencontré, au cours de ce séjour, des représentants d’institutions gouvernementales, d’organisations non gouvernementales européennes et internationales ainsi que plusieurs groupes du Parlement européen.

A son retour, Monsieur Mohamed Moaada a été interpellé les 19 et 20 décembre 1997 et a comparu devant le doyen des juges d’instruction, sans avocat. Le juge d’instruction lui a alors signifié l’ouverture d’une procédure à son encontre pour tentative de renversement du régime et intelligence avec des parties étrangères. Monsieur Moaada a ensuite reçu une convocation l’incitant à se présenter devant le juge d’instruction le 11 février, puis le 14 mars et enfin le 21 mai. Lors de cette dernière audience, Monsieur Moaada, assisté de nombreux avocats, a pu récuser les charges qui pèsent à son encontre.

Par ailleurs, depuis le 19 décembre 1997, Monsieur Moaada est entravé dans sa liberté de déplacement, sa ligne téléphonique a été coupée et son compte bancaire a fait l’objet d’une saisie-arrêt sous le prétexte de permettre le remboursement de l’amende à laquelle il a été condamné en 1996. Son état de santé s’est dégradé ces derniers mois.

Selon les informations recueillies, la procédure menée contre Monsieur Moaada ne reposerait que sur un rapport de police selon lequel il aurait rencontré une vingtaine de ressortissants tunisiens, et en particulier des dirigeants islamistes avec lesquels il aurait eu des relations à des fins subversives.

Aujourd’hui, après huit jours de jeûne, Monsieur Moaada est dans un état critique : il a été transporté à la clinique El-Menzah ; ses proches n’ont pas pu se mettre en rapport avec lui.

La FIDH condamne avec la plus grande vigueur le harcèlement systématique pratiqué par les autorités tunisiennes, tant à l’égard des opposants politiques que des militants des droits de l’Homme, comme par exemple récemment Khemais Ksila, Vice-président de la Ligue des droits de l’Homme tunisienne, condamné à trois ans de prison, ou maître Radhia Nasraoui, avocate victime de harcèlement systématique. Les dernières poursuites judiciaires dont est victime Monsieur Moaada constituent une nouvelle illustration de ces pratiques pernicieuses destinées à briser l’action des démocrates en Tunisie.

La FIDH appelle les autorités tunisiennes à abandonner la logique de la répression et de l’Etat policier pour faire de leur pays une terre de liberté respectée à l’échelle internationale.

Le MDS est un parti d’opposition qui avait adressé une lettre ouverte au Président Ben Ali en septembre 1995, rendue publique le 9 octobre de la même année. Monsieur Moaada avait été arrêté le lendemain, dans le cadre d’une machination policière et judiciaire. Condamné à 12 ans de prison ferme et à une forte amende, Monsieur Moaada avait été libéré le 30 décembre 1996, en même temps que le Vice-président du MDS, Khémais Chammari, condamné lui-même à cinq ans de prison ferme en juillet 1996. Le MDS s’est vu interdire toute activité légale par décision du Gouvernement, au profit d’une dissidence très minoritaire suscitée par le pouvoir et dirigée par Monsieur Ismail Boulahia.

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