Besma Khalfaoui ou la volonté de liberté d’un peuple

08/03/2013
Communiqué
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Après l’assassinat le 6 février de son mari et père de ses deux filles, Chokri Belaid, avocat, militant démocrate, la FIDH rend hommage au courage et à la résistance de Besma Khalfaoui, militante de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD).

Ceux, et celles surtout, en Tunisie comme à l’étranger, qui ont salué l’admirable attitude de Besma Khalfaoui depuis le meurtre de son époux ont raison. Sa réponse à la forme la plus odieuse de la mort, le crime, est de rester droite, le bras levé en signe de victoire à l’adresse de l’assassin. Oui, il a tué Chokri Belaïd. Non, ils n’ont pas gagné.

Ceux, et celles surtout, qui ont vu dans les photos de Besma de ces derniers jours la marque de "l’exception" tunisienne, ont raison. Car, au-delà de son courage personnel qui la fait tenir debout en ce temps de tragédie, c’est l’histoire des femmes tunisiennes que ces images incarnent mieux que tous les discours. Cette exception, elles la revendiquent et continueront de la défendre.

Besma Khalfaoui a l’âge du féminisme tunisien. Elle avait une dizaine d’années quand un groupe de femmes, reprenant le flambeau des générations qui les avaient précédées, décidait au milieu des années 70 de se réunir au Club Tahar Haddad à Tunis pour réfléchir à la meilleure façon de faire avancer les droits des Tunisiennes. Depuis la première réunion, le mouvement ne s’est plus arrêté. Dès avant la création officielle de l’ Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), Besma en est une militante engagée, puis elle a fait partie de ses structures dirigeantes.

En 1989, la légalisation de l’ATFD, dont nous sommes toutes trois fières d’être des militantes, et désormais membre de la FIDH, donne une solide structure au féminisme tunisien. Car l’ATFD n’a jamais craint de s’en revendiquer. Au-delà des stigmatisations dont le terme fait l’objet de la part de ceux qui en ont peur, être féministe c’est être pour l’égalité totale entre les sexes, c’est refuser que la différence biologique soit génératrice de discriminations sexuelles et sociales, c’est croire que les principes d’égalité en droits et en dignité doivent transcender la diversité des cultures, c’est refuser l’inférorisation des femmes au nom des dogmes de quelque religion que ce soit.

L’ATFD a porté ces principes, y compris aux heures les plus sombres du pays, en refusant entre autres que la dictature de Ben Ali n’instrumentalise la cause des femmes à son profit. Nombre de ses militantes en ont payé le prix. Aujourd’hui, alors que la Tunisie traverse une des phases les plus difficiles de son histoire, Besma - s’inscrivant dans une longue lignée - montre une nouvelle fois que l’audace d’une femme peut incarner la volonté de liberté d’un peuple.

Souhayr Belhassen, Présidente de la FIDH
Sophie Bessis, Secrétaire générale adjointe de la FIDH
Khadija Cherif, Secrétaire générale de la FIDH

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