Paris-Genève, 3 septembre 2026. Le 3 septembre 2025, le tribunal de première instance de Rabat avait condamné Betty Lachgar à 30 mois de prison ferme et à une amende de 50 000 dirhams (environ 4 645 euros) pour « atteinte à l’Islam », sur le fondement de l’article 267-5 du Code pénal marocain. La militante avait été arbitrairement arrêtée le 10 août 2025 après avoir publié sur les réseaux sociaux une photographie d’elle portant un tee-shirt « Allah is lesbian ».
Un an après cette condamnation, Ibtissame Lachgar est toujours détenue à la prison d’El Arjat, près de Rabat, et son état de santé s’est gravement détérioré. Survivante d’un cancer des os et porteuse depuis 1996 d’une prothèse humérale totale, elle souffre de douleurs importantes liées au descellement de cette prothèse au niveau de l’épaule et du coude. En l’absence de soins appropriés d’urgence, son état pourrait entraîner des conséquences irréversibles, notamment une amputation et potentiellement des complications mettant sa vie en danger.
Le 10 juin 2026, les conclusions d’une expertise médicale établie par l’International Rehabilitation Council for Torture Victims (IRCT) ont notamment alerté sur la gravité de sa situation médicale et sur ses conditions de détention. Après un an de détention, Ibtissame Lachgar ne bénéficie toujours pas d’une prise en charge médicale à la hauteur de ses besoins.
L’Observatoire rappelle que la condamnation de Betty est directement liée à l’exercice de sa liberté d’expression et à ses activités légitimes de défense des droits humains, Cofondatrice du Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI), militante engagée depuis les années 1990 pour les droits des femmes et des personnes LGBTQI+, Betty Lachgar a porté un t-shirt qui reprend un slogan féministe connu depuis les années 70 et utilisé à travers le monde pour demander le respect des droits des femmes lesbiennes.
L’Observatoire rappelle ainsi que le Maroc est partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), dont l’article 19 protège le droit à la liberté d’expression et l’article 10 prévoit que toute personne privée de sa liberté doit être traitée avec humanité et avec le respect de la dignité inhérente à la personne humaine. Le Maroc est également partie à la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, qui impose aux États de prévenir les actes de torture ainsi que les autres formes de traitements cruels, inhumains ou dégradants.
L’Observatoire condamne le maintien en détention de Betty Lachgar un an après sa condamnation pour l’exercice de sa liberté d’expression et exprime sa plus vive inquiétude face à la dégradation de son état de santé.
L’Observatoire appelle les autorités marocaines à mettre immédiatement fin à sa détention, à garantir son accès sans délai aux soins médicaux spécialisés dont elle a besoin et à veiller à ce que les défenseur·es des droits humains puissent exercer leurs activités légitimes en toute sécurité.
En particulier, l’Observatoire enjoint le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), en sa qualité d’institution nationale indépendante chargée de la protection et de la promotion des droits humains, à examiner d’urgence la situation de Betty Lachgar, à effectuer une visite à la prison d’El Arjat afin de s’assurer de ses conditions de détention et de son accès effectif aux soins médicaux, et à prendre toutes les mesures relevant de son mandat pour protéger son intégrité physique et psychologique.