Bombardement israélien à Beyrouth : questions-réponses sur la plainte pour crime de guerre déposée en France par l’artiste franco-libanais Ali Cherri et la FIDH

Ali Cherri

Le 2 avril 2026, Ali Cherri et la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) ont saisi la justice française après le bombardement, par les autorités israéliennes, d’un immeuble résidentiel à Beyrouth le 26 novembre 2024, ayant causé la mort de sept civil·es, dont le père et la mère de l’artiste. Voir le communiqué de presse

Quels sont les faits à l’origine de l’affaire ?

Le 26 novembre 2024, un bombardement israélien a frappé un immeuble résidentiel situé dans le quartier de Burj Abou Haidar, à Beyrouth (Liban). L’appartement de l’artiste franco-libanais Ali Cherri, situé au 9ᵉ étage, a été entièrement détruit. Ses deux parents, Mahmoud Naim Cherri et Nadira Hayek, qui y résidaient, ont été tués, ainsi que Birki Negesa, qui travaillait pour le couple.

Ce bombardement s’inscrit dans le contexte plus large de l’offensive militaire menée par Israël au Liban depuis le mois d’octobre 2023. Initialement limités à des affrontements transfrontaliers, les combats entre le Hezbollah et l’armée israélienne se sont rapidement mutés en un conflit armé de plus grande ampleur.

En septembre 2024, le ministre israélien de la Défense de l’époque, Yoav Gallant, a annoncé le lancement de l’opération militaire baptisée « Flèches du Nord », dans le cadre de laquelle d’intenses bombardements ont été menés sur le territoire libanais, notamment sur des infrastructures civiles et des zones d’habitation. Les autorités israéliennes justifiaient prétendument ces attaques au nom de la lutte contre le Hezbollah et de la présence de cibles terroristes.

Fin novembre 2024, un accord de cessez-le-feu a été conclu entre Israël et le Hezbollah. Le 26 novembre 2024, veille de l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, l’armée israélienne a mené des bombardements sur plusieurs quartiers de Beyrouth et de sa banlieue sud, dont celui où se situait l’immeuble résidentiel dans lequel se trouvait l’appartement d’Ali Cherri, où résidaient ses parents.

L’explosion a détruit intégralement l’appartement d’Ali Cherri ainsi que ceux situés aux 7ᵉ et 8ᵉ étages de l’immeuble.

Le 2 avril 2026, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et Ali Cherri ont déposé une plainte pour crime de guerre contre X auprès du Pôle crimes contre l’humanité, crimes et délits de guerre du Tribunal judiciaire de Paris.

Selon l’Unicef, plus de 4 000 personnes ont été tuées au Liban entre le début des hostilités et l’entrée en vigueur du cessez-le-feu le 27 novembre 2024. Depuis cette date, de très nombreux·ses civil·es ont été tué·es par l’armée israélienne au Liban, plus particulièrement depuis la reprise intensive des bombardements début mars 2026.

Aucune procédure judiciaire n’a pour l’instant été ouverte au Liban ou dans d’autres États concernant ces attaques.

Quelle infraction est dénoncée dans la plainte ?

Sur la base de travaux de reconstitution numérique menés par l’organisation Forensic Architecture, ainsi que de la documentation d’Amnesty International, la plainte met en évidence le caractère délibéré de l’attaque contre l’immeuble résidentiel dans lequel se trouvait l’appartement d’Ali Cherri, et établit la responsabilité de l’armée israélienne dans ce bombardement.

Ces éléments mettent également en évidence une violation manifeste du droit international humanitaire, qui impose le respect strict du principe de distinction entre objectifs militaires et personnes et biens civils en période de conflit armé.

La plainte avec constitution de partie civile a ainsi été déposée sur le fondement du crime de guerre d’attaque délibérée contre un bien de caractère civil, sanctionné en droit pénal français d’une peine de 15 ans de réclusion criminelle.

Pourquoi la plainte ne vise pas l’infraction d’atteinte volontaire à la vie ?

Les juridictions françaises sont traditionnellement compétentes pour connaître des faits commis sur le territoire de la République. Elles le sont également lorsqu’une infraction a été commise par un·e auteur·e français·e ou à l’encontre d’une victime française.

En l’espèce, aucune des trois victimes décédées à la suite du bombardement ne possédait la nationalité française, ce qui ne permet donc pas à la justice française de se saisir du chef d’atteinte volontaire à la vie.

La double nationalité franco-libanaise d’Ali Cherri permet néanmoins de solliciter l’ouverture d’une enquête concernant le bombardement de l’appartement dont il était propriétaire.

Quelle sont les prochaines étapes de la procédure ?

La plainte avec constitution de partie civile, à la différence d’une plainte simple, permet à la victime de saisir directement un·e juge d’instruction afin d’obtenir l’ouverture d’une information judiciaire.

Il appartiendra en premier lieu au Procureur de la République de demander au ou à la juge d’instruction soit l’ouverture, soit le refus d’ouverture d’une information judiciaire. Les réquisitions du parquet marqueront, le cas échéant, le point de départ de la phase d’enquête judiciaire et en détermineront l’étendue.

Si une information judiciaire est ouverte, elle sera confiée aux juges d’instruction spécialisé·es du Pôle crimes contre l’humanité, crimes et délits de guerre du Tribunal judiciaire de Paris. Ces dernier·es disposeront alors de pouvoirs d’investigation étendus – notamment pour ordonner des expertises, procéder à des auditions ou délivrer des mandats, y compris des mandats d’arrêt – afin d’identifier et d’établir l’étendue des responsabilités pénales liées au bombardement du 26 novembre 2024 ayant ciblé l’appartement d’Ali Cherri.

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