Égypte : Vers la guerre civile ?

15/08/2013
Communiqué
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La FIDH est consternée par les rapports faisant état de pertes massives résultant des actions des forces de sécurité du gouvernement pour déloger les manifestants pro-Morsi sur deux sites différents du Caire le 14 Août 2013.

Tôt le matin du 14 Août, les forces de police, appuyées par l’armée, ont violemment dispersé la foule rassemblée sur la place Nahda, à proximité de l’Université du Caire, ainsi qu’a Rabaa Al Adawiyah. C’est là que les partisans du président déchu Morsi manifestaient depuis ce qu’ils considèrent être un « coup d’état », lorsque l’armée égyptienne à déposé Mohamed Morsi au début du mois de juillet et a arrêté un certain nombre de dignitaires des Frères musulmans.

Il existe des rapports contradictoires sur le nombre de victimes, allant de 327 à 2500 morts selon les sources. Selon les organisations membres de la FIDH en Egypte qui enquêtent actuellement sur le terrain/dans ces localités ainsi que dans les morgues et les hôpitaux, plus de 200 personnes auraient été tuées, la plupart par balles ou par suffocation après avoir inhalé des gaz lacrymogènes. Les statistiques pourraient bien s’élever à plusieurs centaines d’ici quelques heures.

« En dépit des rapports faisant état de comportement violent de la part des manifestants, parfois lourdement armés, les chiffres que nous avons obtenus, relatant des centaines de personnes tuées dans la foule, tendent à démontrer un usage excessif de la force par les forces de sécurité », a déclaré Karim Lahidji, président de la FIDH.

« C’est la troisième fois en moins d’un mois que l’armée et la police égyptiennes ont utilisé des gaz lacrymogènes et ont tiré sans discernement sur ​​les manifestants, tuant ainsi un grand nombre de personnes. A l’exception d’une enquête ouverte par le procureur public, aucun comité officiel n’a encore commencé à se pencher sur les deux premiers bains de sang et nous craignons qu’il pourrait en être de même cette fois encore. Le fait qu’aucune enquête n’ait été ouverte, reflétant une absence totale de prise de responsabilité et une impunité permanente pour les forces de sécurité impliquées dans le meurtre de manifestants depuis le début du soulèvement en janvier 2011, contribue à l’augmentation des troubles et de la violence » a ajouté Karim Lahidji.

Bien qu’elle reconnaisse la nécessité de reprendre le contrôle de la situation et assurer la paix et la sécurité, la FIDH est préoccupée par l’annonce de l’état d’urgence pour une durée d’un mois à compter du 14 août par la présidence égyptienne. Celui-ci accorde aux policiers des pouvoirs extra-judiciaires, comme l’arrestation et la détention d’individus sans charges ce dont jadis la police, puis l’armée ont largement usé en référant un grand nombre de civils devant des tribunaux militaires. Des arrestations massives ont d’ailleurs commencé à être signalées dans tout le pays au cours de la journée d’hier.

La violence se répand maintenant dans tout le pays et des églises sont mises à feu dans différentes régions, ce qui augmente considérablement le risque pour l’Egypte de glisser dans la violence sectaire et potentiellement dans la guerre civile.

  • La FIDH exhorte les autorités égyptiennes à s’abstenir d’user excessivement de la violence et à s’abstenir d’arrêter arbitrairement et de détenir des personnes sans inculpation pendant toute la durée de l’état d’urgence ;
  • La FIDH appelle les autorités à ouvrir une enquête indépendante et impartiale, et d’en publier les résultats ;
  • La FIDH appelle les autorités à informer le public sur la situation du président déchu Morsi ;
  • La FIDH demande aux autorités égyptiennes de respecter et de garantir le droit à la liberté d’assemblement pacifique ;
  • La FIDH exhorte les autorités ainsi que tout groupe religieux et politiques à s’abstenir de toute incitation à la violence et à la chasse aux sorcières, ciblant des groupes spécifiques sur la base de leur religion, leur appartenance politique ou leur race ;
  • La FIDH appelle la population égyptienne à s’abstenir de recourir à la violence, notamment l’utilisation d’armes à feu et d’armes de toutes sortes.
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