Égypte : le Président de l’ère post-révolutionnaire prêt à marcher sur les traces de Mubarak ?

01/02/2013
Communiqué
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« Nous sommes extrêmement préoccupés par l’aggravation des violences durant les manifestations et condamnons la réponse apportée par les autorités égyptiennes, qui ont une nouvelle fois eu recours à une force excessive contre les manifestants » a déclaré mercredi 31 janvier 2013 Souhayr Belhassen, Présidente de la FIDH.

La FIDH (Fédération internationale des Ligues des droits de l’homme) déplore les évènements tragiques qui ont fait au moins 53 morts et 1.757 blessés depuis le 25 janvier 2013, à l’issue de quatre journées d’affrontements violents ayant opposé manifestants et forces de sécurité dans les principales villes d’Egypte, notamment au Caire, à Suez et Port Saïd. Tirs de balles réelles ou de grenaille (d’oiseau) et suffocations dues aux gaz lacrymogènes font partie des causes à l’origine de ces décès. Selon les chiffres provenant des juristes de l’Association pour la liberté de pensée et d’expression et de ceux du Réseau arabe pour une information relative aux droits de l’homme, 153 protestataires au moins ont comparu devant le procureur du Caire, 33 ont été placés en liberté provisoire et 11 présentés au procureur d’Al-Mahalla. Le Groupe « Pas de procès militaires pour les civils » a fait état de 42 protestataires emprisonnés à Alexandrie.

Les affrontements ont débuté le 24 janvier, date à laquelle un peu partout dans le pays, les protestataires sont descendus dans la rue à l’occasion du deuxième anniversaire de la Révolution égyptienne. La situation s’est détériorée à Port Said, Suez et Ismailiya le 26 janvier, avec pour cette seule journée 38 morts et plusieurs centaines de blessés après que le Tribunal eut rendu son verdict dans l’affaire relative aux 74 supporters de football tués dans le stade de Port Said le 1er février 2012. En effet, le tribunal a condamné à mort 21 membres du club de football Al Masry alors qu’il reportait au 9 mars 2013 le prononcé d’une sentence contre 9 hauts responsables de la police mis en examen.

« Cette sentence, scandaleuse en soi, ouvre aussi la voie à l’échauffement des esprits, à la violence et la répression. La peine de mort est une violation flagrante du droit à la vie, considérée comme un châtiment cruel, inhumain et dégradant » a déclaré Souhayr Belhassen.

Les familles des accusés se sont retrouvées devant la prison où ces derniers étaient incarcérés et auraient tenté de la prendre d’assaut pour libérer les prisonniers. Le 27 janvier, une procession funéraire organisée pour les victimes tombées durant les premiers affrontements, survenus à Port Said, a été attaquée à l’aide de balles réelles. Des affrontements s’en suivirent rapidement entre les manifestants et les forces de sécurité, conduisant à une escalade de la violence et à la mort d’au moins 6 personnes. La FIDH prend note de l’annonce faite par le Procureur, selon laquelle une enquête était ouverte au sujet de ces violences, tout en insistant auprès des autorités judiciaires égyptiennes pour qu’elles-mêmes diligentent une enquête impartiale et rapide dans le but de s’assurer que les auteurs répondent de leurs actes.

Par ailleurs, elle éprouve quelques inquiétudes quant à la régularité du procès en raison du fait, notamment, qu’aucun des 9 policiers n’a été condamné, malgré le rapport établi par la commission d’enquête qui évoquerait la responsabilité des forces de sécurité dans la fermeture des issues du stade, principale cause de la suffocation d’une majorité des personnes tuées à cet endroit. De surcroît, la semaine dernière, avant le prononcé du verdict, le Procureur a demandé la réouverture de l’enquête, le dépôt de nouveaux éléments de preuve, la possibilité de présenter de nouveaux arguments et l’ajout de 6 nouveaux accusés au dossier de l’affaire, suite au dernier rapport de la commission d’enquête mise en place par le gouvernement.
La FIDH en appelle instamment aux autorités égyptiennes pour qu’elles rendent public le rapport de la commission d’enquête de façon à garantir le droit des victimes à connaître la vérité et à se pourvoir en justice pour obtenir réparation.

La FIDH est extrêmement préoccupée aussi par la décision du Président Morsy, qui a décrété l’état d’urgence à Suez, Port Said et Ismailia pour une durée de 30 jours, car elle constitue un pas en arrière important pour la révolution égyptienne qui réclamait l’abrogation de la loi sur l’état d’urgence, vieille de 30 ans, dont l’application octroyait aux forces gouvernementales des pouvoirs exorbitants, systématiquement utilisés pour empiéter sur les libertés fondamentales du peuple égyptien. Elle s’inquiète également de la décision prise par le Conseil Shura, qui a adopté le projet de loi du gouvernement autorisant l’armée à arrêter des civils dans le but de préserver la ’sécurité de l’Etat et de ses principales institutions’. En dépit de la déclaration selon laquelle tout civil arrêté en application de cette loi serait renvoyé devant des procureurs civils, la FIDH craint que l’armée n’abuse de pouvoirs aussi exceptionnels, ce qui pourrait risquer d’entraîner, là encore, une dégradation de la situation et de nouvelles violations de la liberté de réunion à des fins pacifiques.

Enfin, la FIDH prend note de la dernière décision du Conseil Shura, qui a créé une commission d’enquête chargée d’enquêter sur les récentes violences. « Nous espérons que ces commissions récemment créées feront éclater la vérité quant au déroulement des événements et serviront à poursuivre jusqu’au bout tous les responsables des violations des droits de l’homme » a ajouté Souhayr Belhassen.

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