Egypte : 4 ans après la révolution, la dégradation alarmante des droits humains

23/01/2015
Communiqué
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La situation des droits humains en Égypte s’est détériorée à un rythme sans précédent, a déclaré la FIDH, aujourd’hui, alors que le pays célèbre le 4ème anniversaire de la “révolution“. Dansun document publié sur son site internet, la FIDH explique comment les autorités tentent par tous les moyens de réduire au silence toute velléité de contestation ou de critique visant le gouvernement, protestation, manifestation, journalisme indépendant ou publication sur les réseaux sociaux. La FIDH s’inquiète aussi tout particulièrement de la mise en œuvre d’une politique antiterroriste renforcée, qui ne prend absolument pas en compte des libertés fondamentales.

« Tout au long des derniers mois, l’Égypte s’est engagée sur une pente dangereuse quant au respect des droits humains. La communauté internationale est restée totalement silencieuse et il semble que cette situation ne soit pas près de changer » a déclaré Karim Lahidji, président de la FIDH. « Tout cela est très préoccupant. »

Les libertés acquises après la révolution du 25 janvier sont aujourd’hui bafouées et en particulier le droit de manifester pacifiquement. Les défenseurs des droits humains, journalistes et dissidents politiques, sont encore et toujours des cibles et continuent d’être mis en prison. Les médias indépendants continuent d’être censurés et la plupart des droits inscrits dans la Constitution égyptienne de 2014 restent lettre morte, d’autant que les autorités judiciaires chargées d’appliquer la loi sont devenues le principal outil de la répression étatique.

Le système judiciaire égyptien s’est révélé adepte du double langage en matière de justice, exonérant les agents de l’état de toute culpabilité pour des violations des droits humains d’une part, mais condamnant aussi à de lourdes peines d’emprisonnement d’autre part, ceux qui exercent leurs droits civils et politiques, notamment les défenseurs des droits humains et les militants pour la démocratie.

La plupart des procès se fondent sur des accusations liées à l’exercice des libertés fondamentales et notamment, les libertés d’expression, d’association et de réunion. De lourdes peines de prison, allant jusqu’à la détention à perpétuité ou la condamnation à mort, ont été prononcées, en particulier à l’encontre des partisans des Frères musulmans, au cours de procès entachés d’irrégularités et de vices de procédure. Le nombre de condamnations à mort est en augmentation massive depuis l’été 2013.

Suite à l’adoption du décret présidentiel élargissant la compétence de la juridiction militaire en octobre 2014, des centaines de civils ont été traduits devant des tribunaux militaires, ce qui est en totale contradiction avec les normes internationales. De plus, en septembre 2014, le président a fait voter des amendements au Code pénal afin de renforcer la peine encourue au motif d’un financement extérieur perçu dans l’intention de “nuire à la sécurité nationale“ et de la commuer en prison à vie. Motif exprimé en termes vagues pouvant facilement être utilisés pour cibler des organisations de la société civile indépendantes.

Des groupes vulnérables incluant notamment la communauté LGBT, sont aussi devenus une cible pour le régime, et une vague d’arrestations et de procès arbitraires sans précédent a déferlé sur le pays. Des accusations de "débauche” ont été régulièrement utilisées pour poursuivre les personnes LBGT et ce, en violation flagrante des droits à la non-discrimination et à la vie privée. Malgré l’annonce, par le gouvernement, de mesures visant à faire cesser les violences contre les femmes et malgré quelques poursuites judiciaires contre des personnes accusées de violences sexuelles à l’égard des femmes, les femmes continuent d’être victimes d’une épidémie de violences sexuelles.

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