Les défenseures des droits des femmes au coeur de la transition politique en Algérie et au Soudan

02/08/2019
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L’égalité femme-homme, et plus généralement les droits des femmes sont des étapes critiques de l’évolution d’une société vers l’Etat de droit et la démocratie. Mais dans toute transition, de nouveaux risques et défis émergent pour les femmes et les défenseur.e.s de leurs droits. Afin de consolider leur participation dans les processus de transition, notamment en Algérie et au Soudan, un séminaire organisé par la FIDH a rassemblé des défenseures de toutes nationalités afin de partager leurs expériences, et établir une feuille de route pour le progrès des droits des femmes à chaque étape de la transition.

Depuis le début du mouvement de protestation en février 2019, aussi appelé “mouvement du 22 février”, l’Algérie est le théâtre d’une forte mobilisation populaire. Initialement provoquée par la candidature du président au pouvoir Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat, cette vague de protestation réclame la mise en place d’une Deuxième République, et le départ des dignitaires du régime.

Marqué par sa diversité et son intelligence collective, ce mouvement s’illustre aussi par la présence massive de femmes, et la mobilisation de nombreuses associations et collectifs féministes inscrivant dans la volonté de changement leurs exigence de dignité, d’émancipation et d’égalité. 17 associations et collectifs de femmes signent le 21 juin 2019 la Déclaration des femmes algériennes en lutte pour l’égalité et l’émancipation.

« Il n’y a pas de peuple libre sans femmes libres »

Georgia*, participante au séminaire

Afin de renforcer la participation des défenseures des droits des femmes dans les processus de transition, la FIDH organisait à Tunis un séminaire rassemblant des défenseures algériennes et soudanaises, avec des défenseures issues de pays faisant ou ayant fait face à des défis similaires au Kenya, en Espagne, en Libye, en Irak, en Iran ou encore au Tadjikistan.

Cette collaboration entre défenseures a permis de faire émerger une feuille de route commune formulant des recommandations d’actions à mettre en oeuvre afin de s’assurer de l’inclusion et de la mise en avant des droits des femmes à chaque étape de la transition. Elle repose sur 3 piliers d’actions :
- Consolider le mouvement féministe, en mobilisant les jeunes, en renforçant la transmission intergénérationnelle et en encourageant un travail collaboratif, uni, oeuvrant à la liberté d’association et la protection des femmes défenseures. L’implication dans la transition passe aussi par l’anticipation des réponses du mouvement, la mise en place de revendications collectives et de groupes de travail inter-associations.
- Renforcer les relations avec les autres acteurs de la société civile, en identifiant des alliés (jeunes hommes féministes, professionnels, étudiants, artistes...), en sensibilisant les organisations de défense des droits humains généralistes à la nécessité de promouvoir l’égalité femme-homme dès le début de la transition , et en défendant l’égalité comme principe transversal et non négociable dans les relations avec les acteurs politiques “démocrates”.
- Assurer la participation des femmes aux instances de transition, et ce dès le début, en favorisant notamment la présence des femmes à des hauts postes, en créant un Conseil de Sécurité des Femmes permanent et plaidant pour un Pacte Républicain, tout en refusant de renégocier les acquis.

« On nous dit qu’il n’y a jamais de bon moment pour revendiquer les droits des femmes, pour inverser les discriminations à l’encontre de plus de la moitié de la population mondiale. Pourtant, un véritable changement révolutionnaire fondé sur les droits humains ne saurait se passer d’une totale refonte des rapports sociaux et de la consécration de l’égalité entre les femmes et les hommes tant dans les pratiques que dans les loi »

Yasmine Laveille, directrice bureau Afrique du Nord et Moyen-Orient, FIDH

En accompagnant les défenseures des droits des femmes en Algérie et au Soudan, la FIDH lutte avec ses ligues à travers la région pour l’inclusion des droits des femmes à toutes les étapes des processus de transition, pour ancrer leur respect et leur protection de manière durable.

*Les prénoms des participantes ont été changés pour préserver leur anonymat

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