Les autorités algériennes doivent cesser de violer les droits civils et politiques, de multiplier les détentions arbitraires et relacher tous les détenus d’opinion

14/12/2015
Communiqué

(Alger, Paris) La FIDH et son organisation membre la LADDH dénoncent les graves violations des droits humains commises par les autorités algériennes dans le cadre d’une répression menée suite aux affrontements meurtriers qui se sont déroulés dans la wilaya (département) de Ghardaïa au mois de juillet 2015.

Dans la nuit du 7 au 8 juillet 2015 à Guerrara, des massacres inter communautaires et l’intervention des forces de sécurité avaient fait au moins vingt-quatre morts et des centaines de blessés.

Décès en détention, harcèlement judiciaire, instrumentalisation de la justice, détentions arbitraires, procès à charge : plus de 65 détenus arrêtés suite au massacre de Guerrara et dont la liste continue de s’alourdir, font aujourd’hui face à l’arbitraire des autorités judiciaires dans le cadre de procédures politiquement motivées.

Comme Kamel Eddine Fekhar, Nacer Eddine Hadjaj, Noure Eddine Lakhbiti, Kacem Soufghalem, Noure Eddine Kerrouchi, ils sont des dizaines d’activistes emprisonnés sans jugement pour délit d’opinion.

Selon les avocats des détenus , des dossiers judiciaires inconsistants et vides de preuves sont montés contre des militants politiques, des activistes indépendantistes et des défenseurs des droits humains à titre de mesures de rétorsion à l’encontre de leurs activités politiques ou au service de la défense des droits humains et de leurs critiques à l’encontre du gouvernement. Les arrestations, menées au lendemain du massacre, ont pour but de les empêcher de dénoncer les violences contre la communauté mozabite et de questionner le rôle des services de sécurité dans ces violences.

C’est notamment le cas de l’activiste kamel Eddine Fekhar qui une semaine avant son arrestation, avait adressé une lettre au Secrétaire Général de l’ONU pour appeler à la protection des mozabites.

« Mon client n’a en aucun cas pris part aux affrontements. »

Maître Salah Dabouz, avocat de kamel Eddine Fekhar, et président du bureau national de la LADDH

Les détenus, déjà condamnés pour plusieurs d’entre eux, dont Kamel Eddine Fekhar, à des peines allant de six mois à un an de prison ferme suite à leur rôle dans l’organisation de mouvements de contestation en mars 2013 à Ghardaïa risquent aujourd’hui la peine capitale pour des charges extrêmement graves, comme « atteinte à la sûreté de l’Etat » lors des événements de juillet 2105.

Deux membres exécutifs du parti d’opposition Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) à Ghardaïa sont notamment détenus : Nacerddine Hadjaj et Noureddine Kerrouchi.

« Ce qui est en réalité reproché aux accusés, c’est leur appartenance à un parti politique ou leurs activités en faveur des droits humains. Le but est d’éradiquer la contestation politique et les défenseurs des droits humains. »

Maître Sadat Fetta, avocate de deux détenus membres du bureau exécutif du RCD

Signe de la détérioration des conditions de détention : deux détenus, Affari Baouchi et Aissa Benchcheikh sont décédés en détention dans la région de Ghardaïa entre juin et septembre 2015. La famille de Nacerddine Hadjaj dénonce le refus des autorités de lui donner accès à des soins médicaux alors qu’il risque de de perdre la vue.

La FIDH exhorte les autorités à relâcher immédiatement les détenus, à respecter les droits de la défense, à apporter les preuves des crimes qui sont attribués aux personnes incriminées, à identifier et poursuivre les auteurs des crimes qui ensanglantent de manière récurrente la région de Ghardaïa conformément aux normes de protection des droits humains, et à enquêter sur les raisons qui ont conduit les forces de police à ne pas empêcher ces heurts.

« Il revient au gouvernement algérien d’empêcher et de prévenir la répétition de tels heurts communautaires qui se produisent de manière récurrente depuis 2013, d’en identifier les auteurs en toute légalité au terme d’une enquête qui fasse la lumière sur l’implication alléguée des forces de sécurité et de ne pas en tirer prétexte pour persécuter les opposants politiques. »

Karim Lahidji, président de la FIDH

La FIDH demande aux autorités algériennes de veiller à ce que les défenseurs des droits humains et les militants politiques puissent exercer pleinement leurs droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique sans crainte de harcèlement ou d’ingérence.

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