Législatives : l’Algérie doit retrouver le chemin de l’État de droit

09/06/2021
Communiqué

PARIS - Alger 11 juin 2021 - La contestation et les tensions organisées par les autorités, s’accroissent en Algérie, alors que le journaliste Khaled Drareni et deux figures du Hirak ont été arrêtées arbitrairement dans la nuit du 10 au 11 juin. Le jour même, le président Tebboune a élargi la notion de terrorisme par ordonnance pour faciliter la répression. Pourtant, le pouvoir Algérien organise de nouvelles élections législatives le samedi 12 juin 2021. Une nouvelle manœuvre du pouvoir pour stimuler un renouvellement des institutions, qui dissimule mal sa crise de légitimité. La FIDH et EUROMED RIGHTS appellent à en finir avec les violences policières, à la libération immédiate des prisonniers d’opinion arbitrairement détenus par le régime et à la fin du harcèlement judiciaire et des blocages infligés aux médias indépendants.

Depuis le début du Hirak et de manière plus rude à l’approche du nouveau scrutin législatif ce samedi, 12 juin 2021, les autorités interdisent et répriment par force les manifestations. Celles et ceux qui osent critiquer les agissements du pouvoir sont aujourd’hui cibles d’arrestations, de poursuites judiciaires, d’emprisonnement, d’intimidation, de violences et autres mauvais traitements. Pourtant le gouvernement Algérien se revendique de l’Etat de droit, respectueux de la démocratie et de la constitution. 

D’ailleurs depuis le référendum constitutionnel du 1er novembre 2020, la nouvelle constitution feint de reconnaître les aspirations exprimées par le Hirak, mouvement citoyen pacifique, revendiquant un changement politique profond pour la mise en place d’une Deuxième République, et l’établissement d’un Etat de droit démocratique respectueux des libertés fondamentales. Mais en pratique, c’est surtout par la coercition que le pouvoir répond aux frustrations de la jeunesse et aux aspirations démocratiques exprimées par une société civile demandeuse de « mutations politiques et sociales profondes ». Depuis la reprise du mouvement le 26 février 2021, on compte au moins 4 100 arrestations de manifestants pacifiques. Le 10 juin, à quarante-huit heures des élections, Karim Tabou et Ihsane El Kadi, deux figures de la liberté d’expression et de la contestation sociale ont été arrêtées, ainsi que le journaliste Khaled Drareni . 

Les Défenseur.es des Droits Humains reconnu.es par leur implication dans le Hirak sont pris pour cibles par des médias et une justice proche du régime. Visés par une législation floue, journalistes et activistes sont accusés d’atteinte à l’ordre public, à la sûreté de l’Etat, voire de soutien au terrorisme. Parmi les cas emblématiques, l’on peut citer ceux de Said Boudour, Kaddour Chouicha et la journaliste Jamila Loukil ainsi que l’avocat Abderraouf Arslane, membre du collectif de défense des détenus du Hirak, ce dernier en détention provisoire depuis mercredi 26 mai. Le 22 mai, le secrétaire général du Parti Socialiste des Travailleurs (PST) Mahmoud Rechidi annonçait que le pouvoir a engagé les poursuites judiciaires en référé pour la suspension provisoire du PST, de toutes ses activités politiques et la fermeture de ses locaux. A son image, plusieurs opposants politiques font également face à des arrestations arbitraires et à la violence policière.

Au lieu de vouloir étouffer les libertés d’expression, de manifestation, d’association et de réunion, les autorités algériennes gagneraient à s’attaquer aux causes profondes de la colère populaire pour donner des réponses positives aux aspirations légitimes de pans entiers de la société : Justice sociale, égalité et dignité humaine. Ni la répression, ni les mesures de façade n’apaiseront les frustrations d’une population déterminée pour un changement réel et profond.

Afin que la situation se stabilise et qu’un apaisement démocratique vienne satisfaire les exigences légitimes du peuple, la FIDH et EUROMED demandent :

  • La libération immédiate et sans condition des personnes détenues arbitrairement et la fin des arrestations et détentions arbitraires.
  • L’abandon de toutes les démarches administratives et des actions de harcèlement judiciaire engagées contre les associations de droits humains dont notamment le Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ) et l’association Bab Eloued ;
  • La fin immédiate de la censure et du blocage des médias indépendants et le strict respect de la liberté d’expression. L’interruption du harcèlement judiciaire des journalistes, de la société civile et des militants pacifiques ; 
  • L’ouverture rapide d’enquêtes, impartiales et rigoureuses sur les violations des droits humains commises et les allégations de violences physiques, sexuelles et psychologiques en détention et demander des comptes aux coupables ; 
  • La fin de l’usage inutile et disproportionné de la force contre des manifestants pacifiques et la garantie du droit de réunion pacifique tel qu’il est inscrit dans la Constitution algérienne et dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP). 
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