Interdiction d’un séminaire international sur les disparitions forcées

08/02/2007
Communiqué

L’Action des Chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT-France), la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), dans le cadre de leur programme conjoint, l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, expriment leur plus vive préoccupation à l’égard de l’interdiction d’un séminaire sur les disparitions forcées à Alger.

En effet, le 7 février 2007, les forces de police ont empêché la tenue d’un colloque intitulé « Pour la Vérité, la Paix et la Conciliation », organisé par le Collectif des familles de disparus en Algérie (CFDA), SOS Disparus, Djazairouna, l’Association nationale des familles de disparus (ANFD) et Somoud.

Informées et invitées au séminaire, les autorités algériennes, qui n’avaient jamais fait part aux organisateurs de leur opposition, sont intervenues à tous niveaux pour y faire obstacle. Ainsi, plusieurs experts internationaux qui devaient y participer n’ont pu obtenir l’autorisation d’entrer sur le territoire algérien, dont M. Roberto Garretón, rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’Homme en République démocratique du Congo et membre de l’organisation chilienne de défense des familles des prisonniers politiques (Organización De Defensa Popular - ODEP), et Mme Anne-Laurence Lacroix, directrice adjointe de l’OMCT. De surcroît, hier, à l’ouverture du séminaire, les autorités ont fait couper l’alimentation électrique de la salle de conférence, dans un hôtel d’Alger, autour duquel de nombreux policiers s’étaient par ailleurs déployés pour en empêcher l’accès.

Ces événements choquent les esprits au lendemain de la signature par l’Algérie de la Convention sur les disparitions forcées à Paris, et font planer les plus grands doutes quant à la volonté réelle des autorités algériennes de se conformer à ses dispositions ainsi qu’aux engagements en faveur de la protection et de la promotion des droits de l’Homme qu’elle a pris lorsqu’elle a été élue au sein du Conseil des droits de l’Homme des Nations unies, le 9 mai 2006.

L’Observatoire et l’ACAT-France rappellent que depuis plusieurs années, les organisations et les militants algériens qui luttent contre l’impunité des auteurs de violations des droits de l’Homme et qui demandent à ce que la lumière soit faite sur le sort des personnes portées disparues pendant la guerre civile sont la cible de répression de la part des autorités. Ainsi, les défenseurs qui ont critiqué l’adoption du projet de Charte pour la paix et la réconciliation nationale , le 29 septembre 2006, ont été pris pour cible par le pouvoir. Notamment, le 12 mai 2006, Me Amine Sidhoum, avocat membre de SOS Disparu(e)s, a été menacé par un représentant de la délégation algérienne, lors de la 39ème session de la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples (CADHP), pour le dissuader de s’exprimer devant la Commission. Me Sidhoum fait en outre l’objet, depuis plusieurs mois, de poursuites judiciaires pour "introduction d’objets non autorisés à la prison", tout comme Me Hassiba Boumerdassi, avocate membre du Collectif des familles de disparu(e)s en Algérie (CFDA) (Cf. appels urgents de l’Observatoire DZA 001/0506/OBS 063, 063.1 et 063.2).

L’Observatoire et l’ACAT-France soulignent que ces faits s’inscrivent en contradiction avec les dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée le 9 décembre 1998 par l’Assemblée générale des Nations unies, qui prévoient que « chacun a le droit, individuellement ou en association avec d’autres, aux niveau national et international : de se réunir et de se rassembler pacifiquement » (article 5a) ainsi que « d’étudier, discuter, apprécier et évaluer le respect, tant en droit qu’en pratique, de tous les droits de l’Homme et de toutes libertés fondamentales et, par ces moyens et autres moyens appropriés, d’appeler l’attention du public sur la question » (article 6c).

L’Observatoire et l’ACAT-France appellent les autorités algériennes à se conformer aux instruments internationaux ratifiés par l’Algérie en matière de droits de l’Homme, et à mettre un terme à tout acte de représailles à l’encontre des organisations de défense des droits et de leurs membres.

Contact presse :
FIDH : Gaël Grilhot : +33 1 43 55 25 18
OMCT : Eric Sottas : +41 22 809 49 39
ACAT-France : Sophie Crozet : +33 1 40 40 02 10

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